Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Vendredi 8 décembre 2000, 14 h
Je viens de déjeuner avec Véronique. Je lui ai expliqué que j’ai relu la première partie de ce journal (de janvier 2000 jusqu’au 13 novembre) ce matin. Danielle Lemeunier me l’a rendu tiré sur papier hier, avec une disquette. L’ensemble fait une centaine de pages. Hier soir, Georges qui s’était invité à la suite de sa conférence dans les séminaires regroupés de Lucette et moi-même a lu ce journal d’un trait. Il trouve que cela se lit bien, mais que le début souffre d’un manque de contextualisation. «Au journal, il faut adjoindre un récit», m’a-t-il dit. «Et tu sais raconter, tu sais faire un récit…». Pour Georges, c’est la condition pour qu’un lecteur extérieur puisse entrer dans cette histoire. «Au début, les histoires de Paris VIII ne sont compréhensibles qu’à un lecteur averti. Comme je le suis… et c’est pour cela que cela m’intéresse». Georges pense que je peux faire un livre qui s’intitulerait: Après Lourau. Mais pour lui, la logique serait de partir de la rentrée 1999-2000. Cela correspond au départ en retraite de René. Le départ en retraite est un bon commencement qui peut justifier ensuite l’entrée dans le conflit du troisième cycle. En relisant la première partie du journal, pour la corriger et la mettre en pages, j’ai compris ce que Georges voulait me dire. J’ai lu que je souhaitais faire une présentation académique de l’œuvre de Lourau en développant mon texte du Dictionnaire des philosophes. J’ai donc demandé à Véronique de le taper, ce qu’elle est en train de faire. Ce peut être un point de départ pour ce livre.
Georges imaginait que j’adjoigne à ce journal celui de Mayotte. Il me citait l’exemple de Péguy qui a publié un livre où se croisent deux textes de nature différente.
Lucette m’a appelé ce matin pour me dire qu’elle avait fait tirer L’analyseur Mayotte (à l’UFR, car elle a peur que quelqu’un d’hostile ne tombe dessus). Ce matin, j’ai reçu les journaux de Mayotte du matin qui citent longuement ma lettre aux étudiants de Mayotte. Une AG des étudiants a lieu aujourd’hui. J’ai besoin que Georges lise L’analyseur Mayotte. Sa critique est toujours structurante.
Hier, la conférence sur l’observation participante de Georges a été une lecture suivie de la dernière version de son texte, encore amélioré depuis Berlin. Il a évoqué D’un marabout à l’autre, livre paru cette année, à partir de son journal des Régrégats. Le roi du Maroc lui a envoyé une lettre pour lui dire que ce livre était une réussite… «bien plus qu’un journal», a-t-il écrit. Or, Georges trouve que l’on ne peut rien faire de mieux qu’un journal! Il faut dire que ce livre est illustré de photos magnifiques. «C’est dans cette direction qu’il faut aller», m’a encore dit Georges. On a imaginé un livre sur Mayotte dans la même collection. C’est un rêve, car il est actuellement brouillé avec le directeur de la collection (son neveu).
Je reçois un coup de fil de Pierre Montecchio (de Reims) qui organise une étape rémoise de Pédagogues sans frontière le premier juin. Il travaille sur l’observation participante. Je lui ai promis de lui envoyer le texte de Georges par mail, dès que mon serveur fonctionnera à nouveau. Hier, Georges a pris conscience de mon entrée dans ce nouveau monde. Et du même coup, il a découvert qu’il passait à côté de cet outil devenu, pour moi, incontournable. Je pense que la lecture de mon journal va le stimuler à s’y mettre.
Georges veut lire De la pourriture qu’il ne connaît pas. Je ne suis pas parvenu à remettre la main dessus.
Dernier point important abordé avec Georges. La remise en cause de son testament au profit de mon équipe de recherche. Il a conscience qu’il vieillit, qu’un accident peut survenir (hier sa dialyse s’est mal passée) et il veut régler sa succession rapidement. Constatant que Paris VIII est incapable de recevoir le cadeau de sa maison (malgré mes interventions, Renaud n’a rien fait sur ce dossier), Georges voudrait que je rentre dans le CA d’une association gérée par des Jésuites… à laquelle il envisage de léguer son héritage (institué et instituant!). Comme je le disais à Véro qui constatait que je travaille beaucoup: «je ne puis pas adjoindre à mes activités actuelles, celle d’éducateur de rue!». C’est pourtant cela que Georges aimerait me voir investir. Le fait que je renonce à me présenter aux élections municipales à Saint Denis déçoit Rhalid, mais probablement Georges aussi. Si j’avais suivi cette piste envisagée, il y a quelques mois, j’aurais dû me domicilier chez lui, hypothèse qui lui plaisait d’imaginer, mais ce n’est pas réaliste.
Cette méditation sur L’après Lourau devra bientôt s’interrompre. Je me donne jusqu’au 11 janvier 2001… C’était une bonne idée d’ouvrir ce journal. Georges aime lire de tels textes. Je suis content des échanges qu’une telle lecture suscite entre nous. Notre correspondance que je rêvais d’entreprendre en janvier a pris d’autres formes. Georges a lu à la fac mon journal du colloque Lefebvre que j’avais envoyé à Armand par mail, et qui l’a photocopié et envoyé à tous les inscrits au colloque (c’est Patrice Ville qui en a donné une copie à Georges).
Dernière remarque. Georges pense que Ahmed Lamihi a tort de centrer sa thèse d’État sur le groupe de pédagogie institutionnelle (1964). «C’est un groupe éphémère qui n’a plus d’intérêt aujourd’hui». Georges ne comprend pas l’intérêt qu’Ahmed trouve à cette situation passée. Ahmed lui a proposé de faire sur lui, Lapassade, un numéro des Dossiers pédagogiques intitulé G. Lapassade et l’ethnopédagogie. Georges trouve cette perspective sans intérêt. «Il veut récupérer une vieille interview… Il fait les fonds de tiroirs, etc.». Mais n’est-ce pas là faire œuvre d’historien? Je ne suis pas aussi pessimiste que Georges à ce propos. Aucun objet de recherche n’est inintéressant en soi. En histoire, la question demeure: «comment faire de la reconstruction du passé, une œuvre utile pour nous aujourd’hui». Cela recoupe le thème de mon cours, fait hier en licence. Comment construire la réalité (de Mayotte par exemple) sur le modèle de la méthode régressive progressive? Partir d’une description du présent et de ses contradictions, remonter dans le passé à l’origine des contradictions, les éclairer, comprendre les enjeux de ces contradictions, puis revenir au présent en tentant d’en dégager de nouvelles virtualités pour construire l’avenir possible.
Samedi 9 décembre 2000, 11 h 45
Hier soir, j’étais invité à parler au séminaire de DEA par Florence et Jean-Yves. Le thème: l’interculturel. J’ai choisi de parler de Mayotte en montrant mon accès au terrain, ma tenue du journal puis l’élaboration que j’envisage de faire en utilisant la méthode régressive progressive. Mon livre sur Mayotte doit être une illustration de cette méthode.
H. Lefebvre est très présent dans ma vie. Je veux travailler sur le lien entre H. Lefebvre et R. Lourau, par le biais de la relation entre théories des moments et transduction. Je suis absorbé par la lecture de Kurt Meyer. Sa présentation de Lefebvre comme romantique révolutionnaire, ou plutôt comme révolutionnaire romantique, est tout à fait passionnante.
13 h 15
Je n’ai pas dit que j’ai dîné, hier soir, avec Nini, un enseignant de l’Université de Constantine qui est inscrit en thèse avec moi… Nous avons parlé du Ramadan et plus généralement de religion. Il travaille sur l’enseignement de l’histoire. J’évoque Dilthey. Ils doivent être mis en perspective.
Remi Hess
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