Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
2. De l’éducation pour adulte à la formation permanente
Le 16 juillet 1971, la loi sur la formation professionnelle est promulguée. Dans l’un de ses articles, il est mentionné : « la formation professionnelle continue fait partie de l’éducation permanente. Elle a pour objet de permettre l’adaptation des travailleurs au changement des techniques et des conditions de travail, de favoriser leur promotion sociale par l’accès aux différents niveaux de la culture et de la qualification professionnelle et leur contribution au développement culturel, économique et social (loi n° 71-575, 1971, art 1er) ». Toutefois, dès le début du XXe siècle, la formation permanente est tournée vers la formation professionnelle. Les organismes dispensant les savoirs sont spécialisés et garantissent l’acquisition d’un savoir-faire utile pour augmenter la professionnalité de l’individu. La contradiction, qui a toujours été présente, est la scission existante entre le travail professionnel et le travail intellectuel. Or, pour exécuter une activité manuelle, la réflexion est présente. Cette scission montre la non-congruence entre la théorie et la pratique. La division des tâches tend donc à spécialiser les individus au lieu de les ouvrir au monde de la connaissance. Intéressons nous maintenant aux différentes phases d’évolution du passé.
Avant la Révolution française, l’éducation était présente mais elle était davantage organisée dans le milieu des nobles et des bourgeois. Elle était donc peu représentative de la réalité. C’est pourquoi je préfère débuter cet historique à partir de 1789. À la suite de la Révolution française, le droit à l’instruction s’impose comme réalité. Le 3 septembre 1791 l’instruction publique, commune à tous les citoyens, devient un des points de la constitution. Le projet est de répondre à l’idéologie de l’«homme nouveau ». Dans ce début d’une nouvelle société, Talleyrand et Condorcet présentent des projets éducatifs permettant d’ouvrir des écoles publiques et gratuites. Ainsi, ils offrent au peuple un enseignement indispensable à tous les hommes. Ce projet grandiose ne remporte pas tous les succès escomptés car les esprits s’éveillent à nouveau au sujet de la formation pour adulte. Lors des divers bouleversements entre le retour à la monarchie, le Second Empire et la IIIème République, de nouvelles normes apportent une évolution et le remaniement de l’institution. Ce qui engendre aussi une demande de savoir de la population. Les objectifs de l’éducation pour adulte sont : « instruire, moraliser rendre citoyen, en résorbant l’illettrisme (article écrit par Y Palazzeschi, dirigé par P. Carré et P. Caspar 2004², p. 21) ». De plus, par l’éducation à la morale et au civisme, elle est le moyen d’éliminer la débauche et de conduire l’homme vers plus de civilité en tant que « bon français ». Le civisme a aussi sa raison motivante : « nul dans le pays du suffrage universel ne doit se servir d’une main étrangère pour remplir son bulletin de vote (P. Carré et P. Caspar 2004², p. 21) » (110). L’économie devient aussi un élément primordial. L’Etat souhaite égaliser l’évolution de l’instruction de la population, afin d’avoir des travailleurs capables de répondre aux progrès de l’industrie. C’est aussi, reconnaître que l’éducation du peuple donne davantage de puissance à la nation.
« Le suffrage universel, le développement de l'instruction, la laïcisation, la naissance de la presse, la révolution industrielle et capitaliste, le développement colonial font que les conditions et le niveau de vie de l’homme de 1900 sont sans commune mesure avec celles de l’homme de 1800. Un propos velléitaire jalonne cette transformation en appelant une contribution de l’éducation pour façonner cet homme nouveau : une instruction élémentaire pour tous. La scolarisation obligatoire ne se réalisant pas en un jour, la population adulte est de fait concernée (P. Carré et P. Caspar 2004², p. 21) ».
La formation étatique pour adulte se veut aussi axer vers une professionnalisation pour répondre à la croissance de l’industrialisation. Cependant, cette idéologie est discutable. Selon P-J. Proudhon (111) défenseur de la qualification ouvrière, il l’assimile à une formation ayant pour enjeu la culture de l’organisation du travail qui menacerait l’ouvrier d’une déqualification. « La mission révolutionnaire du prolétariat est de poursuivre plus méthodiquement, plus obstinément que jamais, l’oeuvre d’éducation morale, administrative et technique pour rendre viable une société d’hommes fiers et libres (F. Pelloutier, 1895, p. 10) » (112). À la naissance du mouvement syndical, suivant les idéologies inspirées de P.J. Proudhon, les bourses du travail créées en 1887, proposent des cours d’enseignement général et technique ouverts à tous les travailleurs. Cette institution se développera davantage après la Première Guerre mondiale sous le nom « d’éducation ouvrière ».
(110) Parole prêtées à Napoléon III, cité par Boireau, Les instituteurs et l’évolution des cours d’adultes au XIXème siècle, éducation permanente N°62-63, mars 1982, p38. Extrait cité P. Carré et P. Caspar.
(111) P. J. Proudhon, (1809-1865) à Besançon, publiciste, économiste, sociologue et socialiste français, le premier à se qualifier d'anarchiste. Dans le livre, Système des contradictions économiques, publié en 1846, donne une explication de la société fondée sur l’existence de réalités contradictoires. Ainsi la propriété manifeste l’inégalité mais est l'objet même de la liberté, le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié, la liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l'inégalité. Ces contradictions sont éternelles et n’annoncent nullement l’autodestruction du capitalisme qu'aurait annoncé Marx.
(112)http://www.enxarxa.com/CGT/recursos/biblioteca/DOLLEANS%20Histoire%20du%20mouvement%20ouvrier%201871-1936.pdf (consulté le 18/08/2010 14 h 05).
Sandrine Deulceux
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