Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
3. Le savoir et la connaissance
L’économie mondiale se fonde, désormais, de plus en plus sur les connaissances. L’éducation représente alors un capital indispensable pour tous. Elle doit naturellement suivre et s’adapter à cette société de la connaissance. « L’acquisition du « savoir apprendre » devient l’objectif clé en matière d’éducation et de formation dans les économies fondées sur la connaissance (P. Carré, 2005, p. 19) ». La pédagogie traditionnelle basée sur la transmission des savoirs où l’enseigné est passif ne convient plus, elle est dépassée. D’ailleurs le glissement terminologique du sujet le montre bien. On est passé de celui d’enseigné à celui d’apprenant. La figure récente d’apprenant désigne un sujet plus dynamique, plus actif dans ses apprentissages. Il y a un changement de posture chez ce dernier. Il devient acteur et surtout auteur de sa formation. « Jusqu’alors, les individus étaient mis en situation passive, qui impliquait une grande part de conditionnement. Aujourd’hui s’annonce une société cognitive, une culture de l’apprendre, c'est-à-dire une anthropologie de l’apprentissage, où celui-ci s’effectue dans des contextes qui nécessitent l’activité mentale du sujet, en particulier une saisie, une conscience intelligente de lui-même dans sa singulière situation (N. Mosconi, J. Beillerot et C. Blanchard-Laville, 2000, chapitre de P. Carré, L’apprenance : rapport au savoir et société cognitive, p. 215) ». Pour décrire cette nouvelle posture ou les nouvelles attitudes vis-à-vis de l’acte d’apprendre et les comportements à encourager, on parle d’apprenance. Philippe Carré la définit comme « un ensemble stable de dispositions affectives, cognitives et conatives, favorables à l’acte d’apprendre, dans toutes les situations formelles ou informelles, de façon expériencielle ou didactique, autodirigée ou non, intentionnelle ou fortuite (P. Carré, 2005, p. 177) ».
Comment différencier le savoir de la connaissance ? Les termes de savoir et de connaissance sont souvent compris comme synonymes et s’intervertissent sans cesse bien que leur représentation soit différente. Michel Authier distingue le savoir, de la connaissance par l’acte de la transmission « ce que je transmets est un savoir, et non une connaissance. La connaissance, c’est un acquis que l’on a produit. C’est une co-production de la chose et de soi. Le savoir, c’est de la connaissance accumulée (par d’autres avant vous et/ou ailleurs) (R. Hess, 2003, pp. 41-42)». Le savoir est extérieur à soi, tandis que la connaissance appartient à celui qui la détient, elle est constitutive de l’expérience, « la connaissance représente, d’une certaine façon, l’état de l'expérience d’un homme sur tout ou partie du monde dans lequel il vit. Le savoir tire sa puissance de l’autonomie qu’il trouve à l’égard de la connaissance (M. Authier, 1998, p. 69) ».
Le savoir au départ est une information transmise, libre à celui qui écoute de la transformer ensuite en connaissance. C’est à l’apprenant d’effectuer un travail pour recevoir ce savoir et l’acquérir. C’est en pratiquant que le savoir se transforme en connaissance. Il existe différents savoirs : être, faire, vivre. Pour René Barbier, il y aurait aussi une certaine hiérarchie des savoirs « Le savoir-contenu est secondaire par rapport au savoir-faire. Le savoir-faire est secondaire par rapport au savoir-exister. Le savoir-exister est secondaire par rapport au savoir-se-situer (R. Barbier, 1977, pp. 174-175) ». En poussant un peu plus loin et sur un autre plan, on peut se demander tout simplement si la transmission de savoirs est possible ? Quelques grands auteurs comme Socrate et Saint Augustin ont répondu par la négative. « Pour Socrate, non seulement il n’y a pas transmission (et dans le Ménon c’est dit et répété avec insistance) mais la connaissance existe déjà chez le sujet : il suffit de la retrouver, c’est la réminiscence ; les âmes qui se réincarnent constamment ont une telle expérience du monde que rien ne peut leur être nouveau (R. La Borderie, 2001, p. 14) ». Par contre Michel Authier, quant à lui, explique que le savoir se produit par la codification « par l’instruction il se transmet, par la médiation il s’échange (M. Authier, 1998, p. 204) ». Ceci s’explique car « le savoir est une technique par laquelle émergent chez les individus différents états de connaissance (M. Authier, 1998, p. 204) ». C'est-à-dire, tout ne peut pas être inconnu. L'expérience agit comme mémoire et la reconnaissance permet de trouver les bases du savoir à intégrer. La médiation est la part d’équilibre qui existe entre ce que je sais et ce qui m’est inconnu. Donc l’appropriation du savoir est une épreuve, une forme de combat pour transformer ce savoir extérieur en connaissance propre.
Sandrine Deulceux
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