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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 94

4. Transmission et aliénation

 

Traditionnellement, l’acte d’enseigner, c’est transmettre un savoir, mais c’est également tenter de transformer ou faire simplement évoluer les savoirs et les représentations des élèves. Toutes les théories élaborées pour faciliter cette transmission du savoir ne tiennent nullement compte de cette part d'inconscient qui se joue dans toute situation de classe. « Si la transmission du savoir ne peut se faire dans la neutralité, nous voyons que l'objet savoir lui-même n'est jamais neutre, il est porteur d'une grande charge affective et de significations multiples que l'élève transfère sur l'enseignant (A. Cordié, 1998, p. 335) ». Pour que les savoirs passent, il faut transmettre. Pourtant la question qui se pose est de connaître l’état réel de la transmission. Il est de notoriété aujourd’hui que l’enseignant transmet davantage ce qu’il est que ce qu’il sait. Comme le dit si bien Jean Jaurès : « on n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir : on enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est (J. Jaurès, 1910, rééd. 1964, pp. 126-127) ». Donc la question se pose sur les différents types de savoirs et les processus adéquats pour établir cette transmission.

 

Lorsqu’il peut y avoir transmission de savoir, il faut que l’instrument qu’est la pédagogie puisse faire son oeuvre. C'est-à-dire créer une relation de confiance entre celui qui apprend et celui qui enseigne pour réduire les résistances de l’apprenant, c’est la relation pédagogique. Tout un processus s’établit pour construire cette relation. Ce lien entre deux personnes permet de faciliter le passage du savoir. Il se construit par l’identification et le transfert qui se crée entre l’apprenant et l’enseignant. On dit souvent que le développement de l’enfant résulte des interactions sociales, en particulier avec ses pairs et qu’il n’y pas d’éducation sans relation ou encore, qu’apprendre dépend de relations. Parler des interrelations, c’est se pencher, entre autre, sur la question de la relation pédagogique.

 

La relation pédagogique est « ensemble de phénomènes d’échanges, d’influence réciproque, d’action et de réactions entre enseignants et enseignés. R. Hess et G. Weigand, 1994, décrivent la relation pédagogique comme une interaction sociale s’inscrivant dans la relation adulte/jeunes, dans un contexte institutionnel déterminé. Le concept de relation implique la confiance entre le jeune et l’adulte. C’est une condition importante pour la réussite du processus éducatif. Sympathie et antipathie étant à l’oeuvre dans l’interaction, la relation pédagogique se comprend dans la complexité des relations où interfèrent des institutions comme la famille ou l’école. Le concept de relation pédagogique implique la confiance entre l'adulte et le jeune. C'est une condition importante pour la réussite du processus éducatif. La relation pédagogique est un rapport d'interaction où des phénomènes tels que la sympathie et l'antipathie échappent en partie à la rationalité. La situation éducative scolaire étant asymétrique, la relation ne se comprend que dans un jeu de rôles où interfèrent des institutions comme l'école ou la famille (F. Danvers, 1992, Réed. 2003, pp. 494-495)». Cette relation peut s’envisager et s’étudier comme une relation avec l’autre, soit entre un enseignant et un élève mais également entre élèves. Mais dans les deux cas, est-ce une histoire d’amour, de raison ou fondamentalement conflictuelle ? « Toute la difficulté de cerner la relation pédagogique est là. C’est d’une part, une relation formatrice de maître à élève et c’est d’autre part une relation affective d’adulte à enfant (D. Gayet, 2007, p. 4) ».

 

Comment se construit cette interrelation ? Et pourquoi peut-elle devenir conflictuelle? La place de l’identification en l’une des causes. Selon Laplanche et Pontalis c’est «le processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l’autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le modèle de celui-ci (M. Postic, 19988, p. 255) ». La personnalité de l’apprenant se constitue et se différencie par une série d'identification et de contre-identification et « c’est par des identifications successives que l’adolescent progresse et trouve sa propre personnalité (M. Postic, 19988, p.258) ». Un enfant s’identifie à diverses personnes de son entourage, à des degrés divers selon son âge et ces identifications laissent des traces importantes en lui. « L'identification n'est pas une simple imitation, elle réalise un mouvement d'appropriation, elle obéit à un but inconscient, elle constitue un mode d'expression du fantasme inconscient (C. Blanchard-Laville, 2001, p. 76) ». L’enseignant peut être l’incarnation du Moi idéal et l’apprenant peut désirer être comme lui. « Les enseignants de part leur prestige que leur donnent le savoir et la culture peuvent être des modèles identificatoires. Leur influence se manifeste dans la façon de transmettre leur savoir, mais aussi à travers la qualité de leur personne. On sait à quel point la personnalité d'un professeur peut jouer de façon décisive sur l'orientation professionnelle et les choix de vie ultérieurs de ses élèves. Ils interviennent sans le savoir dans la résolution de la crise (A. Cordié, 1998, p. 292) ».

 

Lors de ce processus identificatoire, le transfert qui s’opère permet une appropriation plus profonde du savoir de l’enseignant. Ce terme de transfert et de contre-transfert est davantage employé en psychanalyse. Selon Laplanche et Pontalis, « de façon large, le transfert désigne la répétition dans l’actuel de la cure des émotions, des affects, des fantasmes inconscients de l’enfance, avec déplacement sur l’analyste, [quant au contre-transfert, il] « désigne habituellement les sentiments, émotions, attitudes de l’analyste en réponse au transfert du patient (C. Blanchard-Laville, 2001, p.150) ». Pourtant, le transfert existe aussi en situation d’enseignement. À partir du moment où une personne détient un certain savoir, le transfert est présent : « Pour Lacan, dès lors qu’il y en a un qui peut représenter pour l’autre ce savoir supposé, le transfert est fondé (C. Blanchard-Laville, 2001, p.150)». Dans le cas de certains élèves, on se rend très bien compte de l’importance du transfert car l’enseignant remplace symboliquement le parent. «L’enseignant est bien pour l’élève un adulte prestigieux. Son pouvoir n’est pas seulement délégué par les parents, il est aussi reconnu par l’enfant. Il se surprend souvent pendant la classe à retrouver pour l’enseignant les sentiments que lui inspirent ou lui ont inspirés ses propres parents (le maître ou la maîtresse est comme le père ou la mère) (D. Gayet, 1995, p. 184) ». Le sujet transfère ainsi sur la personne de l'enseignant un certain nombre de représentations, de projections, de désirs, d'affects, de mots car on lui reconnaît un savoir, un pouvoir que le sujet n'a pas. Le sujet suppose que le fait de posséder cet objet l'aiderait à gommer sa souffrance. «L'enseignant reste malgré tout le représentant d'un idéal de connaissance et possesseur d'un savoir que chacun aspire à posséder (A. Cordié, 1998, p. 331) ».

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

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