Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
2. L’éducation
L’éducation est un fait humain, donnant les moyens d’atteindre un niveau de socialisation et apportant le sens de la motivation indispensable à l’apprentissage. Il faut comprendre le sens de l’éducation comme un moyen de montrer l’infinité de l’inconnu. L’éducation n’a pas pour but d’aller vers une finalité de l’adulte achevé, mais de le conduire vers une foule de directions qu’il sera lui-même capable de choisir. « L’adulte « achevé » n’est pas le but de l’éducation, laquelle n’a de sens que si elle permet aux individus non pas de cesser d’apprendre mais de prendre en main leur propre apprentissage. Mais de se fixer à jamais dans l’adolescence, c’est s’enfermer dans une caricature, car le propre de l’adolescent réel est avant tout son désir de « grandir », de se dépasser, fut-ce par la révolte ! (O. Reboul, 19894, p. 19)».
Le sens de l’éducation se précise par son action d’éduquer. Si l’on observe l’étymologie de ce verbe, il peut prendre à la fois le sens d’educere et d’éducarer. Dans le premier cas, celui-ci signifie faire sortir ou mettre en dehors et pourrait se rapprocher du sens de conduire vers la connaissance. Dans la seconde signification, éduquer prend le sens d’élever, d’avoir soin. Il exprime à la fois la dépendance de celui qu’on élève envers celui qui enseigne et le fait de lui apprendre à gagner son autonomie. Cette question de la liberté est un point important qui s’établit dans toutes formes d’apprentissages. L’élève est loin de se rendre compte que le savoir est libérateur. « Les vraies connaissances ne sont pas à l’extérieur et à transmettre, mais qu’elles sont en chacun de nous et dans notre expérience. Les seules connaissances qui puissent influencer le comportement d’un individu sont celles qu’il découvre lui-même et qu’il s’approprie (G. Lapassade, 1965, Réed. 2006, p. 21) ».
L’éducation apporte les conditions pour chacun à comprendre ce qu’est le savoir-vivre. C’est une adaptation aux normes, aux symboles, aux valeurs et aux codes que la société produit. Elle donne ainsi le cadre utile pour faire fonctionner une communauté dans l’harmonie tout en conférant à chacun sa liberté. La fonction d’éducation s’applique donc dans l’action qu’entreprend chaque adulte : élever, enseigner et former. Ces différentes actions se retrouvent dans les niveaux de l’enseignement formel. En effet, élever permet l’éveil de l’enfant, enseigner lui donne les bases utiles par une éducation intensive et former prépare l’individu à une fonction sociale.
Apprendre est la condition première à toute forme d’éducation. C’est permettre à l’individu de développer toutes ses potentialités d’être humain que chacun porte en soi. « Tout ce qui rend l’homme humain : le langage, la pensée, les sentiments, les techniques, les sciences, les arts, la morale, l’homme l’a parce qu’il l’a appris (O. Reboul, 19894, p. 19) ». L’apprentissage total semble impossible car chaque individu oppose ses résistances. C’est le rôle alors de l’enseignant et de la pédagogie de faire baisser les barrières qui se dressent. C’est pourquoi Rousseau présageait d’une éducation négative permettant à l’apprenant d’être préserver et préparer à s’instruire. « La nature humaine est ce qui exige d’être éduqué, elle est aussi ce qui fait que l’éducation ne peut pas tout. Inversement, si l’éducation ne peut pas tout, on ne peut rien sans elle (O. Reboul, 19894, p. 19) ». Donc l’éducation peut s’expliquer par «l’ensemble des processus et des procédés qui permettent à tout enfant humain d’accéder progressivement à la culture, l’accès à la culture étant ce qui distingue l’homme de l’animal (O. Reboul, 19894, p. 25) ».
La pédagogie, c’est l’art de donner l’envie d’apprendre. Elle est le moyen de faire baisser les résistances et d’apporter les éléments motivants à tout apprentissage. C’est redonner sens ainsi à l’effort, pour ensuite encourager la volonté de l’apprenant à poursuivre son apprentissage. C’est le point de départ à l’implication que chaque individu doit apporter pour la réussite de son apprentissage. Quant à l’enseignement, il permet d’apporter des réponses à partir des questionnements de l’apprenant. C’est à partir de problèmes posés que l’enseignement sort de son abstraction.
La capacité d’apprendre devient une compétence stratégique, une façon d’être de la société cognitive d’aujourd’hui. Le monde bouge rapidement, il faut donc faire preuve de flexibilité. Même si l’école ne peut répondre à elle seule à tous ces enjeux, elle doit apprendre à chacun à apprendre par soi-même dans le contexte d’une éducation tout au long de la vie. « Pour préparer à la société de demain, il ne suffit pas seulement de détenir un savoir et un savoir-faire acquis une fois pour toutes. Toute aussi impérative est l’aptitude à apprendre, à communiquer, à travailler en groupe, à faire l’évaluation de sa propre situation (P. Carré, 2005, p. 38) ». Il faut donc développer très tôt cette capacité à apprendre dans toutes les situations formelles et informelles de la vie quotidienne. Toutes les occasions sont bonnes pour apprendre. C’est cette capacité à s’autoformer qui fera toute la différence avec celui qui n’en est pas capable. Ainsi dans cette présentation, il faut comprendre que « le but de l’éducation n’est pas d’arriver à un stade où l’éduqué n’aurait plus à apprendre, car on a toute sa vie besoin d’apprendre ; il est de permettre à chacun d’apprendre par lui-même en se passant de maître, d’aller de la contrainte à l’autocontrainte, d’être majeur (O. Reboul, 19894, p. 77) ».
Sandrine Deulceux
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