Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

Publicité

"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 91

1. L’Être et la nature

 

Pour définir l’Être, ses synonymes sont : essence et substance, ce qui porte son explicitation dialectique : à savoir l’Être se détermine et il est déterminé car l’essence de l’Être précède et succède l’existence. L’être se forme dès sa naissance par la conscience collective et historique, car « le mouvement ascendant de la pensée continue, sans rien perdre de l’acquis » (H. Lefebvre, 1946², p. 76). Cette conscience cumulative est la mémoire des oeuvres humaines prouvant son développement et son dépassement. Ce dépassement s’explique par la présence de l’irrationnel et sa compréhension : par « la pratique, dans la vie, - dans la vie quotidienne - que se mettent en place, suivant leurs rapports réciproques, les éléments d’une conscience lucide du monde et de l’humain » (H. Lefebvre, 1946², p. 65). Cependant, l’évolution est infinie et donc l’Être poursuit son dépassement par le devenir. L’aboutissement de l’Être, selon Henri Lefebvre est l’Homme total.

 

L’homme doit se dépasser en dominant la nature et sa propre nature. Ce terme de nature, bien qu’il semble explicite si l’on considère le milieu propre qui nous entoure, prend un sens polysémique dès que l’on considère la nature de l’homme. « La définition classique de l’être humain comme être essentiellement raisonnable s’avère insuffisante. L’homme est aussi un être agissant, désirant, voulant, charnel, - une «existence» donnée » (H. Lefebvre, 1946², p. 199). L’être existe par sa nature. Et sa nature en est sa représentation.

 

« L’homme est un être de besoin et de désir. Le manque, il le comble en produisant, en se créant à travers les oeuvres. Il trouve ainsi la récompense : la jouissance, troisième terme avec le besoin et le travail. Chaque besoin en produit d’autres ; le désir passe à travers des besoins déterminés et s’y incarne socialement. Donc l’«homme » est un être de désir et de raison (H. Lefebvre, 1980a, p. 236) ».

 

L’homme est un Être de savoir et de connaissance, car il est Être pensant. « La raison se définit par l’impersonnalité : elle « transcende » toute individualité humaine. Elle se définit par l’universalité : les vérités rationnelles s’imposent aux humains capables de se servir de leur raison (H. Lefebvre, 1946², p. 199) ». L’homme est Être social, car la perpétuation de l’espèce est le moyen de se constituer en totalité et de se produire davantage vers ce dépassement et l’arrivée de l’Homme total. Selon Hegel, « la raison est la certitude de la conscience d'être toute réalité ; c'est ainsi que l'idéalisme énonce le concept. Tout comme la conscience qui entre en scène comme raison a cette certitude immédiatement en soi, ainsi également l'idéalisme l'énonce-t-il immédiatement : Je suis-je [...] (G-W-F. Hegel, 1807, éd. 1993, p. 232) ». La conscience est constitutive de l’assurance et elle est maîtresse. Elle est une faculté qui permet de connaître sa propre réalité, de la juger comme connaissance. Pourtant c’est paradoxal, car où se trouve la vérité, si l’on considère que la conscience est intuitive donc subjective et que la connaissance est un fait indéniable objectif. C’est dans la conviction, que s’explique la vérité de la conscience, mais c’est de l’inconscience !

 

L’Homme est un Être de pouvoir, mais pas dans le sens de puissance mais dans le sens de possibilité et d’action. Il se prépare dans l’objectif d’atteindre un devenir, qu’il tente d’élaborer dans un programme stratégique. Il grandit par la succession de buts à atteindre, en poursuivant sans cesse l’objectif d’un accomplissement total de ses projets. Par ce dépassement il donne enfin une vision pratique à ce besoin de donner du sens à sa vie d’Être Humain. D’après Henri Lefebvre, « il faut agir pratiquement et l’action doit se fonder sur une connaissance objective (de la structure sociale, de l’histoire) (H. Lefebvre, 1946², p. 73) ». C’est donc une progression vers une évolution de l’Être humain, il faut savoir se servir de l’histoire pour ne pas reproduire les erreurs du passé. «L’idéalisme philosophique dans l’histoire de la pensée humaine n’a pas été un « bloc d’erreurs ». Loin de là ! Dans cette histoire de la pensée, l’erreur ne se sépare pas abstraitement de la vérité ; les hommes atteignent la vérité à travers les tâtonnements et les erreurs et c’est philosophiquement un enfantillage que d’imaginer des hommes - les idéalistes - voués, par leur mauvais génies ou leur destin, à inventer de « pures » erreurs ou des mensonges absolus (H. Lefebvre, 1946², pp. 52-53)».

 

La nature de l’homme s’explicite dans sa manière d’être. L’homme est-il bon ou mauvais ? Pour ma part, je préfère penser que l’homme est naturellement bon. Selon Rousseau, c’est par l’expérience qu’il acquiert la faculté de faire le mal. L’être humain se détermine selon une nature qui est semblable à tous, mais pourtant chacun se différencie par sa nature propre qui dépend de sa personnalité, de son identité et de sa culture. Ainsi, l’homme est fait de deux natures : la nature humaine historique, et sa nature propre qui se transforme car « l’homme est déterminé d’abord par la société dans laquelle il vit ses fantasmes, ses sentiments, ses angoisses qui en découlent (M. Lobrot, 1966 éd. 1977, p. 202)».

 

Henri Lefebvre explique la contradiction entre nature et culture. La nature se situe dans le spontané et la culture dans l’abstrait comme objet produit par la pratique sociale. De ce fait, il met aussi en avant la technique comme une abstraction de la nature et tour à tour il rejette l’oeuvre en tant que produit technique, en tant que création de l’Homme. La technique n’est pas naturelle. Toutefois, elle reste obligatoire et utile car elle donne à l’homme les possibilités de répondre à certains besoins en vue de le soulager, de l’aider. Ainsi, il combat la nature et la dépasse. «Le matérialisme reconnaît le monde tel qu’il nous est donné : une nature qui existe hors de la conscience humaine et avant elle - des objets multiples constituant un tout, le monde extérieur, - un rapport essentiel de l’homme avec la nature : le travail, l’activité, la pratique sociale… (H. Lefebvre, 1946², p. 51) ».

 

Pourquoi Henri Lefebvre souhaite-t-il ce dépassement ? « Selon la dialectique matérialiste, cette différentiation sociale et les contradictions qu’elle comporte furent un progrès et une condition du progrès. Le dialecticien ne s’attendrit pas sur le passé, ne pleure pas sur l’histoire ; il sait que les choses et les hommes ont avancé par leur mauvais côté » (Hegel), à travers l’esclavage, l’oppression, les guerres, etc. La différence entre les fonctions inférieures et supérieures a été, reste et restera longtemps encore parfaitement « légitime (H. Lefebvre, 1946², P. 58) ». C’est dans ce sens que K. Marx définit le monde à l’envers car le progrès s’est réalisé au prix de la souffrance des Hommes.

 

La société actuelle tend à se déterminer dans une nouvelle approche de la vie qu’elle considère comme précieuse, à grand renfort de slogan pour sauver la planète ou les populations opprimées. Le monde actuel prend de nouvelles dispositions quant au fait de pouvoir vivre ensemble. C’est dans ce sens qu’aujourd’hui se positionne une nouvelle forme de société régie par le désir d’apprendre pour justement comprendre les erreurs du passé et se produire dans une réalité humaine.

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article