Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
2.2.11 L’autobiographie (suite)
Henri Lefebvre ne veut pas être un homme comme les autres, il prône sa différence et l’impose comme une richesse. Il se dit sociologue ou philosophe mais il ne l’est pas vraiment. Il est tout cela, mais il est aussi tout autre. Il est aux frontières. Dans son livre La présence et l’absence, il écrit « il est exact que dans les conditions du monde moderne seul l’homme à part, le marginal, le périphérique, l’anomique, l’exclu de la horde (Gurvitch) a une capacité créatrice… L’homme des frontières supporte une tension qui en tuerait d’autres : il est à la fois dedans et dehors, inclus et exclus… suit des chemins qui d’abord surprennent, deviennent ensuite des routes et passent alors pour évidences. Il chemine le long des lignes de partage des eaux choisit la voie qui va vers l’horizon. Il lui arrive de passer le long des terres promises ; il n’entre pas. C’est son épreuve. Il va toujours vers d’autres terres, vers l’horizon des horizons, de moments en moments, jusqu’à ce qu’il aperçoive les lignes lointaines d’un continent inexploré. Découvrir, c’est sa passion. Il ne peut marcher qu’en allant de découvertes en découvertes sachant que pour avancer, il lui faut maîtriser un besoin de savoir qui lui soufflerait d’arrêter ici ou là, pour creuser… (H. Lefebvre, 1980a, p. 202) ».
En parcourant la plus grande part de l’oeuvre d’Henri Lefebvre, je m’aperçois du sens que celle-ci donne de son auteur et de sa volonté à comprendre les contradictions de son époque. Dans la pratique de sa philosophie du matérialisme dialectique, il obtient la possibilité de trouver le dépassement dans de nombreux domaines. Il est éclectique, ou plutôt non, il est devenu un scientifique à part entière car il comprend que tout est lié, qu’il ne faut rien dissocier. C’est de l’ensemble que la théorie se dégagera pour entrer dans un autre moment, vers une voie nouvelle. Il est sûr que le monde change, il évolue avec de nouvelles contradictions, car l’Homme se dépasse continuellement. La particularité intéresse davantage H. Lefebvre, il cherche des réponses à ses questions : du surréalisme à l’existentialisme, en passant par le romantisme ou le structuralisme et jusqu’au situationnisme ; tout en adhérant au Parti communisme ! Tant de « isme » ! Pourquoi ? Pense-t-il y trouver là, les « faiseurs de révolution ». De déception en espoir nouveau, il approfondit chaque mouvement et continue de chercher.
Je regrette de n’avoir pas eu la possibilité de lire l’ensemble de l’oeuvre de cet auteur, mais parcourir plus de soixante-dix livres était impossible en si peu de temps. Je regrette aussi d’avoir laissé de côté quelques ouvrages qui auraient eu leur place dans ce mémoire, mais le temps et l’espace ne m’a pas permis de poursuivre cette aventure. Pourtant, je pense qu’il était important que pendant ces quelques mois, je m’attache à lire les livres qui me semblaient les plus importants pour comprendre la personnalité de son auteur. J’ai tenté par une lecture rapide de saisir le sens de la totalité de son oeuvre. En effet, si l’on considère le mouvement dans une globalité, il est important de ne pas dissocier l’homme de l’oeuvre ou de la méthode. Henri Lefebvre évolue en même temps que son oeuvre et son oeuvre fait évoluer la méthode. Les deux se transforment par rapport au contexte de l’époque dans laquelle il vit (social, économique et politique). Ce corpus démontre d’un processus de recherche sur « la vie quotidienne » pour comprendre son évolution. Dans sa tentative de découvrir comment changer la vie, il a trouvé ce qui entravait la solution d’entrer dans une voie nouvelle.
Sandrine Deulceux
http://lesanalyseurs.over-blog.org