Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Bilan et conclusion de la seconde partie
Pourquoi écrire ces deux biographies ? Et pourquoi consacrer toute une partie de ce mémoire à cela. Pour Henri Lefebvre comme pour moi, la biographie reprend les mouvements de mes moments, de mon évolution, de ma progression vers la recherche d’un autre sens à donner à la vie. Elles recréent dans le présent l’historicité de chaque événement, afin d’apporter la relativité de l'expérience acquise en la resituant en rapport au contexte de temps et d’espace. Ainsi, au cours de ce travail, j’apprends comment nous avons gagné notre liberté, pour nous saisir notre individualité et nous libérer des chaînes qui nous entourent et pour nous aider à agir et à penser. Ainsi, ce processus de dépassement de chaque moment, de chaque contradiction apporte une signification particulière à chaque jour vécu et conduit à rester maître de sa destinée.
Lorsque je trouve le sens de la vie que je souhaite mener, les directions se tracent facilement. Je m’engage alors dans différentes actions, me permettant de poursuivre mon aventure vers la connaissance. Pour chacun, ce fil que l’on tend est différent. Henri Lefebvre en relevant les contradictions de la vie quotidienne détenait le moyen de la transformer. Il concevait dans la philosophie marxiste le programme pour entrer dans un monde post-moderne différent car il dialectisait l’ensemble des contradictions actuelles. Trouver le sens de l’harmonie, de l’équilibre, donner le goût de vivre sont des gageurs qu’il tente de relever. Pourtant ces éléments ont aussi une part de singularité. Notre personnalité, nos valeurs, les symboles, les mythes, les idées, les sentiments, les émotions, les sensations appartiennent à chacun. Elles spécifient les comportements, dirigent les opinions, et inhibent les personnalités.
Pour Henri Lefebvre, évoluer, c’est se dépasser. Il traque la contradiction et l’analyse. Il apprend aussi de la vie. Enquêter, comprendre et agir, c’est ainsi qu’il se conditionne lui-même à entrer dans une éducation tout au long de la vie. C’est un intellectuel, donc l’attrait de la connaissance est fort, bien qu’il sache que la vérité est dialectique. Quant à moi, j’apprends et je tente de me construire une pensée critique, de faire la part entre ce que ma conscience me dicte et ce qu’il faut percevoir de ce monde extérieur. Je suis une pédagogue mais grâce à cette expérience d’étudiante tardive, je comprends que l’enseignement traditionnel n’a plus de sens. Je deviens instituante et je modifie mes méthodes de travail. Je m’individualise et j’apprends à mes étudiants à s’autonomiser. Je tente ainsi à les inciter à concevoir que ce moment scolaire ne sera pas le seul moment d’apprentissage. L’obtention du diplôme n’est pas une fin en soi. Leur avenir et les multiples expériences qu’ils vivront seront générateurs d’un nouvel apprentissage.
Bien qu’il soit important de comprendre sa place d’individu à part entière, il faut percevoir que L’Homme est un être social , qu’il vit en société. Pour René Barbier, « il n'existe point d'éducation sans communauté humaine qui la soutient. Une communauté s’inscrit symboliquement, sur un territoire approprié, un groupe de personnes réunies, affectivement et pour un certain temps, autour d'une activité collective, en fonction d'une finalité discutée et acceptée par tous (R. Barbier, 2002, p. 11) »105. Celle-ci est aussi garante de sa sécurité et de l’évolution de la population, rien ne se fait entièrement seul. Ainsi l’aspect de la communauté donne de la force à l’individu et lui permet à la fois son émancipation et son épanouissement. Chacun se reconnait et se crée dans la réflexion de son image. Remi Hess, par exemple, permet la rencontre dans un but de formation. Il recueille un capital gens, qu’il nomme aussi plan épargne-gens. « Le plan d’épargne-gens rapporte d’autant plus d’intérêts que le placement dure depuis longtemps, et qu’avec le temps des stratégies d’analyse du virtuel se mettent en place. Ainsi, on demande à ces gens leur avis sur un achat de maison, l’idée de demander une retraite anticipée. On n’achètera la maison que s’ils aiment le lieu, et s’ils vous garantissent de venir vous visiter, etc. Ce travail, à travers des accomplissements pratiques, est, en fait, la constitution progressive d’une transversalité commune… (R. Hess, 2007, p. 56)». Le capital gens s’étoffe avec celui de l’autre. En effet, vos amis deviennent les siens et vous vous inscrivez ainsi dans son groupe.
Ce travail est une recherche sur l’éducation tout au long de la vie. Ces deux biographies le démontrent. Dans tous les moments de la vie, nous rencontrons Henri Lefebvre et moi-même, différentes formes d’apprentissage, qu’elles soient volontaires ou non. C’est l’implication qui en est le gage de sa réussite. Je m’autoforme et je cherche à découvrir ce que l’inconnu peut me cacher. Cette seconde partie est une explicitation pratique de la place de l’expérience dans le processus de dépassement. Chaque bilan intermédiaire permet à partir du vécu d’aller vers le conçu. Je conçois donc ma formation et j’apprends à comprendre celle d’Henri Lefebvre. Mon objectif est de saisir le sens réel de la théorie de "l'Homme total",est-ce une utopie, pourquoi pas ? Mais c’est aussi une réalité, c’est à soi-même de définir les limites de sa totalité, de se définir comme être achevé, de comprendre que l’on est arrivé au but ultime.
Ainsi dans une troisième partie, je souhaite explorer davantage cette dimension de l’Homme total. Elle permet de donner du sens à sa vie, de se procurer les moyens de poursuivre et d’atteindre des objectifs précieux pour se dépasser. De plus, des changements de mode d’éducation se produisent actuellement, comme par exemple la volonté de développer la connaissance pour tous. Développer la société cognitive ou le sens de l’apprendre prend une connotation indispensable dans l’évolution de la mondialisation de l’éducation. La société de l’éducation tout au long de la vie est peut-être un moyen d’aller vers l’Homme total
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Sandrine Deulceux
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