Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
2.2.11 L’autobiographie
Pour beaucoup, sa plus grande oeuvre est La Somme et le Reste, écrit en 1959, et rééditée quatre fois. C’est un document précieux qui présente l’homme, l’oeuvre et la place du Parti dans sa vie. Il écrit ce livre lorsqu’il se fait radier. Il considère ce milieu comme très fermé et dogmatique. Il décrit de nombreux moments de sa vie et parle des contradictions qui le font évoluer. Il en fait l’analyse en vue de se dégager des possibles. Les moments apparaissent au fil des pages, entremêlés de précisions philosophiques, marxistes, historiques. Son étude m’a permise de concevoir plus facilement le sens de la vie de son auteur et de pouvoir ensuite atteindre un niveau suffisant pour parler de lui.
Dans sa dernière partie qu’il nomme l’inventaire, H. Lefebvre écrit « ce fut donc ainsi qu’un philosophe vit se rétrécir sans cesse ses ambitions philosophiques, réunissant dans sa « carrière » les thèmes de la peau de chagrin et des illusions perdues. Il partit de l’idée que la philosophie allait changer le monde, ou du moins apporter contribution décisive à ce changement, en réalisant dans la vie relative des hommes les anciens absolus, justice, vérité, liberté. Il devint un simple exécutant dans une action politique de plus en plus éloignée de la justice, de la vérité, de la liberté, action qu’il acceptait en admettant qu’elle rejoindrait après des détours un peu labyrinthiques (ce qu’il continue à espérer) (H. Lefebvre, 19594, p.569) ».
Ce passage est le début de l’inventaire de son oeuvre car constitutif de son expérience et lui permet de voir comment il l’a conduite. Il se reproche d’avoir produit son oeuvre sans plan, et il l’a défini aussi comme dispersée. Pourtant pour le lecteur averti, il découvrira que celle-ci suit un fil d’Ariane permettant de déceler les prémices du chaos du monde moderne. Ce livre demanderait, à lui seul, une description beaucoup plus longue compte-tenu de son importance. Mais comme je parle déjà de ces différentes thématiques dans l’ensemble de mon mémoire, je stoppe là toute description.
En 1975, il écrit un second livre Le temps des méprises, sous forme d’entretiens. Il permet la découverte de l’auteur par les moments importants de sa vie. Son interlocuteur reste inconnu, ce pourrait-être Henri Lefebvre lui-même, car souvent il écrit lui-même ses propres dialogues. Lors de mon entrée dans cette recherche, ce second livre m’a permise d’aborder très facilement la pensée d’Henri Lefebvre et de comprendre le sens dans lequel il avait mené sa vie. Il prolonge de quelques années la biographie précédente, l’ensemble est complémentaire. Comme pour La Somme et le Reste, j’ai ainsi pu reconstruire l’histoire de vie de ce grand homme.
Sandrine Deulceux
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