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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 51

Bilan et précision sur l’autodidaxie

 

Depuis mon entrée à la fac, je m’inspire de cette expérience, pour adapter mon enseignement. Mon entrée en licence en 2007, puis en master l’année suivante, m’a propulsée vers un changement de ma pédagogie. En prenant exemple sur l’expérience vécue pendant cette période, je m’appliquais à revoir mes pratiques enseignantes. Pendant mes cours au lycée, je mettais en place une démarche conduisant mes étudiants vers l’autodidaxie. Je devenais leur guide. En fait, le dispositif tenait dans la responsabilisation de chacun dans son processus d’apprentissage. Je travaillais dans le sens de l’autogestion, l’étudiant se positionnait lui-même par rapport à ses besoins. Ils étaient tour à tour apprenant, ou enseignant, souvent avec leurs mots ; l’explication devenait plus simple pour d’autres. Ce qui me permettait de comprendre que c’est par l’expérimentation que se construit la connaissance. Ils choisissaient un langage plus proche, adapté et précis en rapport à leur demande.

 

Henri Desroches et Ivan Illich sont pour une réforme de l’éducation. I. Illich soutient que hors les murs de l’institution, il faut redonner la place au spécialiste d’un savoir pour être sûr d’une transmission plus complète. Il l’explique en définissant les principes par trois objectifs : « à tous ceux qui veulent apprendre, il faut donner accès aux ressources existantes, et ce à n’importe quelle époque de leur existence. Il faut ensuite que ceux qui désirent partager leurs connaissances puissent rencontrer toute autre personne qui souhaite les acquérir. Enfin, il s’agit de permettre aux porteurs d’idées nouvelles, à ceux qui veulent affronter l’opinion publique de se faire entendre (I. Illich, 1970², p. 128) ». À ce sujet, il préconise de fonctionner avec les réseaux de savoir : « cet échange se fonde tout d’abord sur la démonstration : celui qui possède un talent sert en quelque sorte de modèle (I. Illich, 1970², p. 148) ».

 

Quant à Henri Desroches, il s’emploie dans son livre Apprentissage II, à développer une autre forme d’éducation, la s’éducation. En ajoutant ce pronom, il donne de la puissance au mot éducation et ainsi démontre un rôle réversible entre l’apprenant et celui qui transmet. La s’éducation s’exécute en deux temps : dans un premier moment je m’éduque et en m’éduquant, je peux ensuite éduquer d’autres personnes. Par la s’éducation, la posture de l’apprenant se transforme en une autoformation dont Henri Desroches décrit le processus comme quelque chose qui s’induit, se conduit et s’éduit (64). Dans chaque étape, le sens de l’apprentissage se dessine comme transformation du rôle de l’apprenant passant ainsi d’un état passif à un état actif.

 

Comment l’étudiant devient-il autodidacte et autonome ? La complémentarité d’un apprentissage formel et informel est basée essentiellement sur la pratique de l’autoformation : apprendre à devenir autodidacte. C’est dans la relation pédagogique que se trouve l’une des solutions. C’est aussi concevoir la formation comme un continuum, permettant de se construire dans un espace où il est important d’être, de savoir et d’évoluer…

 

« La figure de l’autodidacte dans une histoire de l’éducation et de la formation traversée par des enjeux sociaux et politiques très puissants permet de mieux comprendre pourquoi cette représentation est encore très active dans l’imaginaire de la formation. Au point que nous l’incorporons volontiers comme une dimension de notre identité subjective, par exemple quand nous nous définissons ou quand nous définissons autrui comme « autodidacte ». Cet intérêt est à mettre en relation avec les difficultés que rencontre la personne dans son rapport au savoir, à l’action et à elle-même dans la société d’aujourd’hui. Un sujet renvoyé à une certaine solitude dans ses choix et ses stratégies, invité à s’autoproduire. Un sujet en quête d’identité, en recherche de lui-même, qui aspire à être auteur de sa vie ». La figure de l’autodidacte, sous certains de ses aspects, « scénarise » l’aventure du sujet contemporain, qui ne peut plus confier la prise en charge de son destin à un tiers (H. Bézille-Lesquoy, 2003, p. 10) ».

 

Comment l’enseignant devient-il guide ? L’étudiant doit devenir auteur de sa formation, c’est bien là une posture d’autodidacte. En devenant auteur, il est acteur de son apprentissage. Il est intéressant de s’interroger sur comment devenir autodidacte ? La posture de l’enseignant change : « le maître a un rôle d’aide à l’autodidaxie. Il compense le rôle joué dans les milieux aisés par le groupe familial et social : C’est le moyen d’apprendre que dans une éducation plus étendue on acquiert par la seule habitude doivent être directement enseignés (H. Bézille-Lesquoy, 2003, p. 98) ».

 

Ce dispositif garantit une évolution rapide dans le processus d’apprentissage pour l’apprenant qui a déjà le sens de l’autonomie. Pour d’autres, une difficulté persiste. L’insécurité et le manque de confiance en eux font qu’ils ne savent pas apprendre par eux-mêmes. Ils se sentent perdus, devant tant d’obstacles à franchir, ils ont peur du risque. Ils n’ont pas encore saisi le sens de cet apprentissage : l’intérêt n’est pas de tout comprendre, c’est de savoir poser les bonnes questions. Pourtant, je persiste à maintenir ce dispositif depuis déjà plusieurs années car « l’éducation est une production de soi par soi, mais cette autoproduction n’est possible que par la médiation de l’autre et de son assistance. Elle est le processus par lequel l’enfant né inachevé se construit comme être humain, social et singulier (B. Charlot, 1997², p. 60) ».

 

Pourquoi mettre en place cette expérience ? L’autodidacte a-t-il sa place dans un système d’éducation formel ? L’autodidaxie se définit par l’acte de s’instruire seul. Pourtant cette définition restrictive s’est précisée avec le temps en apportant des critères beaucoup plus explicites. « C’est une certaine manière de se former, de façon informelle, seul, en groupe ou en réseau, en dehors des institutions éducatives, qui n’est pas guidée ou structurée de façon externe par des programmes, et n’a pas de finalité de donner lieu à un diplôme. C’est une manière de se former aussi bien à travers les ressources de l’expérience et de l’action, que dans le recours à des savoirs déjà constitués (H. Bézille-Lesquoy, 2003, p. 96) ».

 

Condorcet est le pionnier dans l’organisation de l’instruction publique. Il prône l’autodidaxie. Son idée maîtresse est d’apporter à chaque citoyen la possibilité de s’autoformer tout au long de la vie. Ce n’est pas dans la transmission du savoir, mais dans l’acte d’apprendre à apprendre, que peut se construire l’autoformation. Selon lui « c’est faire preuve de justice sociale, compenser par la formation les effets négatifs liés aux nouvelles conditions de travail, permettre une meilleure adaptation à l’évolution des connaissances, et, bien sûr, former le citoyen (H. Bézille-Lesquoy, 2003, p. 96) ». L’éducation démocratique donne la possibilité à tous de s’instruire. Condorcet ajoute « s’instruire soi-même ». C’est l’initiation à une conduite autonome vers une éducation en dehors des institutions, qui pourra se poursuivre. «L’autodidaxie est aussi valorisée comme mode universel d’apprentissage, qui garantit l’accès de tous, en tous lieux, et pas seulement à l’école ou dans les familles aristocratiques, à des savoirs rigoureux (H. Bézille-Lesquoy, 2003, p. 96) ». Ainsi, la complémentarité des formes d’apprentissage se crée entre le formel, le non formel et l’informel. Pourtant, Christian Verrier explique que « l’autodidactie n’est pas toute l’autoformation et toute l’autoformation n’est pas l’autodidaxie (C. Verrier, 1999, p. 73) ». Il souhaite démontrer la force de l’autoformation qui en donnant une forme à l’être prend en charge une partie plus profonde de la transformation de la personne. En effet, l’autodidacte n’a qu’un seul objectif qui est de s’instruire donc d’acquérir de nouvelles connaissances.

 

L’autodidacte se devine par son pouvoir de représentation. Il lui « permet de rendre présent ce qui est absent (B. Charlot, 1997², p. 57) ». L’autodidacte se donne le pouvoir d’imaginer la réalité et sa volonté le guide vers la réalisation de son désir de savoir. « C’est une figure puissante par son pouvoir de thématiser, de donner une forme stylisée [...]. Un sujet en formation permanente [qui] revendique l’autonomie de sa ligne d’existence (B. Charlot, 1997², pp. 57-77) ». C’est un contre-modèle de l’élève traditionnel, il cherche à braver tous les obstacles pour obtenir les résultats attendus.

 

La représentation de l’autodidacte n’est pas toujours perçue de la même façon aux regards de la population. C’est dans la considération de l’autre que la critique se forme. L’autodidacte se présente à la société sous deux visages l’un négatif et l’autre positif soit il est un usurpateur soit il est un héros. Le stéréotype de l’autodidacte le disqualifie par rapport à son acte d’apprentissage. Souvent, il en ressort une soif de savoir servant à pallier à son handicap culturel et sa recherche de filiation. Dans ce cas, il est considéré comme un personnage maladroit et son savoir est bricolé. En effet, l’un des stéréotypes exprimés est celui de sa volonté de bien faire, mise en échec pas l’irrationalité et l’inconstance de sa démarche, il se lance dans l’aventure sans méthode. Quant à Pierre Bourdieu et Richard Hoggart, tous deux s’accordent dans ce sens l’autodidacte est « un déclassé, un infirme affectif, « qui n’hésite pas à sacrifier ses liens familiaux et sociaux à son désir de promotion culturelle (H. Bézille-Lesquoy, 2003, p. 30) ».

 

Par contre dans d’autres cas, l’autodidacte est estimé. Il a la prétention de rivaliser avec de véritables experts. «L’autodidacte représente celui dont l’accès à la culture est identifié par l’institution comme illégitime [...] n’est pas faite pour lui [...] elle cesse d’être ce qu’elle est dès qu’il se l’approprie (H. Bézille-Lesquoy, 2003, p. 34) ». Ce type d’apprentissage est hors-norme et disparate. Il souligne aussi le problème de non certification du savoir comme un stigmate. Quant à la représentation positive de l’autodidacte, Pierre-Laurent Assoun s’applique à le définir comme une personne qui est à la recherche d’un parcours d’autoformation. Il veut tout savoir et réalise son souhait dans une autoformation constante. Il aime le risque et la mise à l’épreuve de soi « pour se racheter une identité, se faire un nom à travers l’écriture comme si le manque ne devait cesser de s’écrire (H. Bézille-Lesquoy, 2003, pp. 40-41) ». Cependant, P-L. Assoun défend cette position d’autodidacte en indiquant la visée réparatrice que l’acquisition du savoir lui offre. L’autodidacte est aussi un héros positif. Il est idéalisé lorsqu’il prend la posture du self-made-man. Il est valorisé par rapport à « son ardeur au travail, le sens des relations, goût pour l’action [...] (H. Bézille-Lesquoy, 2003, p. 48) ». Les preuves de réussite de l’autodidacte font l’admiration de tous.

 

Devenir autodidacte, c’est répondre à la prérogative de Bernard Charlot : « nul ne saurait m’éduquer si je n’y consens en quelque sorte, si je n’y « mets pas du mien» ; une éducation est impossible si le sujet à éduquer ne s’investit pas lui-même dans le processus qui l’éduque (B. Charlot, 1997², p. 60) ». Former une personne à l’auto-apprentissage impose de créer des situations pédagogiques adaptées à cette visée. Comme dans le phalanstère de Fourrier « pas d’instituteurs civils avec leur métier de forçat mesquinement rétribué, mais plutôt une éducation par le plaisir, qui doit être en premier lieu une coéducation. Le phalanstère est le lieu où chacun peut apprendre ce qu’il aime avec ceux qu’il aime (B. Charlot, 1997², pp. 100-101) ». Ainsi en me référant à Condorcet, Condillac, Rousseau : Apprendre à apprendre permet de se rendre autonome de son apprentissage. Si dans une institution scolaire nous lions l’éducation formelle à un espace d’apprentissage informel et non-formel, nous donnons la possibilité d’être autonome et de laisser l’apprenant définir lui même sa méthode. L’apprenant s’engage dans un nouveau processus d’apprentissage qui le rend autodidacte. Il a pris connaissance du programme. L’avancée actuelle des nouvelles technologies informatiques et d’internet lui permet de faire ses premières recherches rapidement. En effet, la pratique s’effectue dans l’autoformation, car c’est l’apprenant, qui s’approprie lui-même, le savoir à partir de la documentation qu’il découvre. Il prépare son cours, ses fiches et vient consulter l’enseignant dans l’objectif d’obtenir des précisions sur ses incompréhensions. Ainsi, se finalise l’acquisition de la connaissance.

 

(64) Néologisme qui exprime l’idée qu’à partir des germes de la connaissance transmise il est capable de commencer son s’éducation, d’apprendre et de transmettre.

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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