Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
2.2.2 L’entrée dans le moment universitaire
Bien qu’au départ je pensais trouver une nouvelle direction à donner à ma vie professionnelle, et de nouveaux moyens d’enseigner ; je me suis passionnée dans cette formation par l’approche qu’elle prodiguait, tournée vers l’herméneutique. Je trouvais à Paris 8 des réponses me permettant de comprendre la symbolique qui me sollicitait à toujours poursuivre plus et ce qui m’attirait autant vers la connaissance. Pousser une porte m’entraînait vers une autre pièce en pleine lumière. Puis la connaissance apportait l’éclairage nécessaire pour que de nouvelles portes apparaissent, attisant ainsi ma curiosité et mon désir d’aller plus loin. En prenant conscience de l’impact que l’université avait sur moi, je constatais que cette formation m’offrait cet itinéraire si singulier, m’aidant à la (re)construction de mon identité.
Le 6 octobre 2007, j’assistais au premier rassemblement des étudiants en ligne, à Saint-Denis. L’ambiance me donnait la sensation nouvelle et émouvante d’être une étudiante « pour de bon ». J’attendais ce premier regroupement avec fébrilité. Puis la fin du premier semestre est arrivée. C’était assez éprouvant. Je percevais les qualités et les inconvénients d'étudier « en ligne ». Ce système d’enseignement est à double tranchant. Derrière l’ordinateur, je concevais un autre espace temps «virtuel», totalement élastique. La gestion de mon emploi du temps d'enseignante, de mère de famille, de maîtresse de maison a basculé dans l’envie de tout faire, et surdéterminé mes choix, oubliant les réalités de la vie quotidienne. Mais, en contrepartie la toile m’a offert l'inespéré : étudier ! Or, l’une de mes plus grandes difficultés était d’entrer dans la lecture. Je me souviens du dictionnaire qui ne me quittait pas et du nombre d’heures passées sur un livre tentant ainsi d’en comprendre le sens. Il me semblait alors, que ces ouvrages d’orientation intellectuelle cachaient des secrets et sans une grande érudition, il m’était impossible d’en saisir le sens. Au moment des validations, j’avais déjà pris beaucoup de retard, ce qui me fit revoir mes plans de travail et me concentrer sur l’essentiel. J’avais un challenge à relever : finir dans les délais. Je terminais ce premier semestre en validant l’ensemble de mes EC.
Le mois de mars est arrivé, et la plateforme s’est transformée. Les nouveaux cours ont été mis en ligne. Alors, mon entrée dans se second semestre débutait comme précédemment par le choix de livres dans la liste présentée. Groupes, Organisations, Institutions, de Georges Lapassade a retenu mon attention. Ce livre me permettait de compléter mon point de vue sur les concepts développés par Jacques Ardoino, «l’institution, l’organisation, la bureaucratie et le groupe». Mon objectif consistait à confronter ces deux auteurs. Avec eux, j'échangeais, partageais ou discutais leurs points de vue parfois contradictoires, souvent complémentaires. Nous formions un groupe réuni en «table ronde» par une dialectique rigoureuse et vive ! Tout de suite l’inconnu et le mystère de l’institution m'ont attirée. La large part faite au « marxisme» et au « socialisme» était-elle nécessaire ? Ces assertions m'ont incitée à découvrir le sens de ces doctrines qui semblaient si attirantes dans leur « conception du monde ». Cette seconde partie de l’année fut plus simple, Remi Hess proposait d’écrire son journal pour la majorité des EC comme mode de validation. Cette méthode offrait plus de cohésion à l’ensemble des cours.
En juin 2008, la question de l’orientation s’est posée. En débutant cette licence, je ne pensais pas poursuivre au-delà, mais ce milieu intellectuel me passionnait. Choisir l’université dans laquelle je souhaitais étudier dépendait aussi du paradigme du laboratoire et du sens à donner à l’avenir : l’université de Lyon offrait un parcours répondant à une pédagogie centrée sur la didactique et Paris 8 proposait de poursuivre vers la spécialité éducation tout au long de la vie. Je ressentais une attirance supérieure vers la seconde car c’était une ouverture, vers une autre conception de la pédagogie.
Lors de l’organisation du colloque de juin à Paris 8 : «La place des femmes dans l’analyse institutionnelle aujourd’hui », je confirmais mes souhaits. En participant aux journées de ce colloque, je rencontrais Carole Pancheret. Nous étions toutes deux représentantes des étudiants « en ligne ». Je trouvais ce moment exceptionnel, face à cet aréopage de scientifiques. Nous étions mêlées à de « vrais » étudiants. À cette occasion, le 2ème jour du colloque, Benyounès Bellagnech, rédacteur en chef de la revue des irrAIductibles, soutenait sa thèse Dialectique et pédagogie du possible Métanalyse. À son arrivée, il s’est occupé du dispositif, « il le voulait différent » : les membres du jury, Benyounès et l’ensemble des invités s’installent autour de cette «immense » table ronde. C’était l’image de sa « pédagogie du possible » comme représentation d’« une construction collective». Après sa prestation et la délibération du jury Benyounès Bellagnech a reçu la plus haute distinction : « très honorable avec félicitation du jury ». Toute l’assemblée l’a applaudi et félicité. L’expérience de cette thèse et de ce colloque a été pour Carole et moi-même, une expérience déterminante. Elle a renforcé nos liens, créé une cohésion entre nous deux. Nous venions de former un nouveau « groupe », une force, allant vers le Master et la suite…
Remi Hess, animateur des cours d’« analyse institutionnelle » et de « psychosociologie », a mis en place pour ses étudiants, des « séminaires aux vignes». Attentif à orienter la suite de notre formation et soucieux d’enrichir notre été, il nous invitait à participer à l’ «université Sainte-Gemme ». Nichée au coeur des vignobles champenois une grande maison dotée d’une bibliothèque fabuleuse hébergeait durant plusieurs jours notre groupe composé d’une quinzaine d’étudiants en ligne. D’emblée, notre professeur donna le rythme de travail et créa une ambiance chaleureuse qui l’un et l’autre concouraient à réaliser une bonne cohésion entre nous. Aux vignes, nous formions une communauté concrète. Lors du second regroupement à Sainte-Gemme, Remi Hess a accepté ma demande de devenir mon directeur de mémoire. Je pressentais dans ses compétences la possibilité de m’aider dans ce travail de recherche à entreprendre pendant ces deux ans de master. La relation pédagogique souhaitée par Remi Hess est centrée sur la communication et le partage des connaissances. Il nous dit souvent que nous avons tous à apprendre quelque chose de l’autre. C’est ainsi que s’est constituée une forme de collaboration, permettant à la fois l’échange et pour ma part l’apprentissage de la recherche. En effet, la licence transforme. Les savoirs apportés nous permettent d’entrer dans la connaissance. Travailler à distance demande à l’apprenant une part importante d’autoformation : comme un apprentissage autodidactique qui permet à l’étudiant de mieux s’approprier les savoirs qu’il transforme rapidement en connaissance car il vit sans cesse la recherche.
En cette fin d’année, ma vision de la vie se transformait, mes intérêts s’orientèrent vers d’autres voies et ma relation aux autres se modifia. Je n’avais plus l’impression d’être en phase avec ceux que je côtoyais au lycée Albert de Mun. Il y avait comme une incompréhension réciproque et je trouvais finalement là un besoin de prendre de la distance avec l’univers d’Albert de Mun. J’avais obtenu ma licence et cette étape franchie m’assurait de mes possibilités et me confortais dans ce choix de poursuivre au-delà…
Sandrine Deulceux
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