Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
2.2.3 La rentrée 2008 : Master 1
Septembre 2008, je suis inscrite depuis peu en master 1. Bien que l’année n’ait pas encore débuté, je participe aux activités de la fac, comme les réunions des irrAIductibles (65). Depuis le colloque de juin 2008, je me suis inscrite sur la liste des irrAIductibles. Benyounès Bellagnech président de cette association, crée le lien, et rapproche chaque adhérent. Il conserve ainsi la cohésion par ce suivi, il fait vivre le groupe des institutionnalistes et des irrAIductibles. À l’appel de Remi Hess, lancé sur les forums de l’IED, pour le rangement des archives de Georges Lapassade à Paris 8, j’ai répondu avec empressement, me permettant ainsi de participer davantage à la vie universitaire. Ce tri et ce premier classement des textes, des dossiers posthumes encore imprégnés de l’odeur de son auteur, mêlés à celle de la poussière, a développé en moi une empathie troublante à l’égard de G. Lapassade. À cette époque, je débute ma première réunion des IrrAIductibles, dans la salle A 428 à Paris 8. Les membres de cette confrérie interculturelle, tous attachés à l’Analyse institutionnelle, ont pour mission de réfléchir, d’écrire dans la revue et d’échanger leurs idées. Je me suis sentie immédiatement intégrée à ce groupe. Mon inscription dans le groupe des IrrAIductibles m’a propulsée vers de nouvelles communautés. J’apprenais à connaître les enseignants, les doctorants et les docteurs qui participaient aux réunions. Remi Hess avait l’ambition de réunir l’ensemble de ces personnes pour mutualiser les compétences et développer davantage la communication à l’université. Lors de ces réunions, de nombreuses informations étaient diffusées, et les comptes-rendus permettaient de les restituer à ceux qui n’assistaient pas aux réunions.
Dès le mois d’octobre 2008, Remi Hess s’est investi dans le fonctionnement du séminaire de l’école doctorale. Tous les mercredis, il organisait une réunion pendant 3 heures le matin. Cette deuxième expérience révèle que la distance permet de créer une relation différente à l’autre car il manque toujours la présence de la personne en tant qu’être vivant. Parler avec son ordinateur ne me permettait pas de vivre la relation en totalité, de voir les professeurs, de rencontrer les autres étudiants. Ainsi, j’ai senti le besoin de participer davantage à l’activité de l’université et nous nous sommes invitées Carole (étudiante à distance) et moi aux séminaires du mercredi. C’est une rencontre importante pour toutes les deux, nous posons aussi ce moment pour nous voir plus régulièrement. C’est vivre dans le réel et non plus dans le virtuel ce moment de l’université. Nous côtoyons des doctorants, cet espace n’est pas le nôtre et nous entrons dans l’apprentissage pour comprendre cette nouvelle communauté. C’est une institution formelle qui permet de créer un apprentissage informel. Connaître cette institution, c’est pouvoir pallier à tous problèmes d’organisation à venir (c'est-à-dire dès cette époque penser à notre inscription en doctorat). Remi Hess invitait différents chercheurs et enseignants à exposer sur des sujets administratifs ou présenter des formations, préparer aussi des participations aux colloques. Les doctorants étaient aussi conviés à présenter leur recherche en cours. Pendant cette période, je me suis rendue à ces séminaires et j’ai préparé les comptes-rendus pour les restituer à l’ensemble de la communauté doctorante. Mon rôle est devenu aussi primordial au niveau de la communauté des étudiants à distance, j’étais le rapporteur des événements de Paris 8, et comme je m’y rendais souvent, je pouvais transmettre les angoisses de certains étudiants auprès de Remi Hess, mais aussi de l’administration de l’IED.
L’année 2008 - 2009, m’a apportée beaucoup, je tentais une nouvelle expérience : être à la fois à distance et réussir à participer aux cours en présentiel, afin de discuter de vive voix avec les professeurs. Leur présence virtuelle sur la plateforme était compensée par les livres, et je trouvais mes réponses dans ceux-ci. Sans toujours pouvoir vérifier la véracité de mes arguments. Ainsi, cette année d’apprentissage au sein de l’université, m’a permis d’en découvrir son fonctionnement, et d’exister en tant que personne. Par contre, le temps s’écoulait rapidement et je devais jongler entre mon activité étudiante et professionnelle. Je trouvais ces moments exaltants car j’arrivais d’une part à penser la théorie et à la pratiquer au sein de ma classe. L’enseignement à distance, m’avait fait percevoir une nouvelle forme de pédagogie, dans laquelle l’implication tenait une grande place. Elle me conduisait à entrer dans l’autoformation, et répondait à mes désirs.
Le travail en ligne était révélateur du changement qui s’était opéré dans ma pédagogie. En effet, l’espace forum est un lieu où l’apprentissage s’effectue dans l’informel : les échanges participent à notre cheminement personnel. Ils permettent à chacun de nous d’aller vers une réflexion construite plus rapidement. C’est dans la participation de tous, dans le partage et l’apport du savoir sur la toile, que se dessine la trame de cette pensée élaborée. C’est aussi un apprentissage de la relation, du savoir communiquer, où le sens des mots apporte une profondeur, et tente une approche plus précise du ressenti. L’interprétation du subjectif dans l’écrit s’effectue pendant les échanges. Les quiproquos étaient encore fréquents, mais dans la tolérance, nous reprécisions notre pensée. Les questionnements incessants de l’autre nous montrait qu’il faut encore «fouiller» davantage, chercher plus en profondeur...
D’un autre côté, je poursuivais mon cheminement quant à mon métier et je transformais ma manière d’enseigner, en pratiquant une forme de travail à distance au sein de la classe et en intégrant les principes de la pédagogie nouvelle. Ce type d’enseignement propice à une pédagogie différenciée me donnait le temps de me consacrer individuellement à chaque élève, répondant en particulier à leurs attentes. Ainsi, j’orientais la relation avec les apprenants pour les associer dans leur construction, développant ainsi l’esprit de collaboration et d’équipe. L’objectif était d’atteindre le niveau de la pédagogie active et d’entrer dans l’autogestion de la classe et des cours, pour que l’étudiant devienne maître de son apprentissage et s’installe dans le travail d’acquisition des connaissances. J’ajoutais à cette démarche en classe un suivi hors du temps scolaire : à l’aide des courriels, je gardais le contact avec les étudiants pour répondre aux questions et problèmes qui se produisent lors du travail personnel. L’expérience très positive conduisait à augmenter leur motivation car le suivi facilitait la suite de l’apprentissage.
(65) La naissance des irrAIductibles date des années 2000, les participants sont liés au courant de l’analyse institutionnelle à Paris 8. À la suite de fait politique en 2002, la prise de pouvoir de l’extrême droite lors des élections de 2002 et l’effet de l’attentat du 11 septembre 2001, Les irrAIductibles prennent position et expriment leurs opinions dans la première revue publiée en 2002. Le groupe est constitué d’étudiants inscrits en majorité dans le cursus sciences de l’éducation de Paris 8. Pour la plupart, ils se retrouvent depuis 1976 dans le séminaire du mardi de l’analyse institutionnelle. Georges Lapassade en est un participant permanent, Benyounès Bellagnech le président de cette association et des professeurs Remi Hess et Patrice Ville accompagnent le groupe d’étudiants. Tous les vendredis, les irrAIductibles se réunissent afin de concevoir les revues : Les irrAIductibles et celle de la collection «Transductions », Entre 2002 et 2003, le groupe s’installe dans la salle A428, où il dispose d’une bibliothèque. Benyounès Bellagnech met en place la liste Internet, qui permet les échanges d’informations et de comptes-rendus, préparations de journées d’études et de colloques. Pour les étudiants nouveaux ou anciens c’est aussi un lieu de rencontre et d’écoute pour répondre aux questions sur les cursus, l’inscription, la validation, etc. L’organisation de ce groupe est autogérée et son objectif est d’aller vers ce que Henri Lefebvre préconise : « …Nous terminerons par la décision fondatrice d’une action, d’une stratégie : le rassemblement des résidus, leur coalition pour créer poétiquement dans la praxis, un univers plus réel et plus vrai (plus universel) que les mondes des puissances spécialisés ». En 2008, le groupe perd Georges Lapassade l’un de ses membres fondateurs, puis peu après Aziz Kharouni.
Sandrine Deulceux
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