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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 39

IV. Biographie et pensée critique : La Somme et le Reste

 

Mon autobiographie, que je vais relater par la suite, expose ma vision sur certains événements importants liés à ma formation. Elle me renvoie tout naturellement aux grandes lignes de mon parcours scolaire, mentionne mes réactions ou mes contradictions, marque mes attitudes, mes choix et au fil des pages, livre ma personne à l'appétit ou à l'ennui des lecteurs. Faut-il se soumettre, en « s’écrivant », à la question : « mon discours est-il intéressant ? » Je m’engage à respecter ceux qui me lisent, tout en définissant les impératifs d’une description authentique. Le récit de ces instants qui ont cimenté ma vie d’écolière, puis d'enseignante représente une part infime de la personne que je suis dans mes relations familiales ou amicales. Pourtant cette face cachée transparaît de temps en temps au cours des différents moments qui se présentent comme des étapes vers l’ascension du monde des adultes. L’explicitation de ce parcours de formation apparaît comme difficile à première vue. Une vie est un tout, une globalité. Je me définis par et dans tous mes rôles, comme fille, femme, mère, enseignante, étudiante… et par les milieux dans lesquels j’évolue : l’univers professionnel (lycée catholique), la région parisienne, ma région natale, l’université dans laquelle j’étudie (souvent en contradiction avec mon milieu professionnel). Ce sont ces savants mélanges qui affinent chaque jour ma personnalité et me transforment. Henri Lefebvre précise que la lecture du passé donne une vision d’un devenir possible. Je suis avide de le connaître.

 

À ce propos, il écrit : « je pourrais écrire ma vie par instants et moments, ce ne serait pas un récit ou une auto-biographie selon les formes habituelles, en commençant par l’enfance, l’adolescence, la jeunesse. Il faudrait commencer par l’actuel, et remonter le temps jusqu’à l’enfance. En effet, les moments impliquent le souvenir et la re-connaissance. Ils éclairent le passé en le contenant. Les instants, eux, procèdent autrement et chacun peut se dire pour lui-même. S’il déchire le tissu du temps et de la subjectivité, c’est qu’il y a tissu. Les moments en sont la trame ; les faits, les activités et les actes quotidiens complètent ce tissu (H. Lefebvre, 1980a, p. 234) ». La méthodologie particulière de recherche d’Henri Lefebvre, partir du présent pour remonter dans le passé, me pousse à agir de même pour en acquérir la technique et pour en comprendre le sens.

 

En reprenant son livre, La Somme et le Reste, j’ose paraphraser son titre en décrivant la Somme de mes acquis. Quant au Reste, il se traduit comme étant le Reste du chemin à parcourir. Georges Gusdorf ajoute que La Somme et le Reste est « une confession dans le désordre et dépôt du bilan anticipé, mais le sillage déjà réalisé, témoigne aussi de l’avenir qui reste à parcourir. La Somme de ce qui fut, et l’histoire ont refusé la réalisation, faux-sens et malentendus, regrets stériles, illusions perdues au long des grands chemins de l’existence (G. Gusdorf, 2007, p. 131) ». Dans cette écriture de vie, les ruptures sont marquées par les changements de mode de vie, dues à une reconversion, une séparation, l’émergence d’un nouvel objectif à atteindre. Il me semblait impossible de parler de mon autoformation existentielle sans passer par une interprétation beaucoup plus pragmatique de ces quelques années. C’est donc dans cette énumération d’étapes partant de l’actuel que j’ai réussi à reconstruire ces quelques moments de ma vie.

 

Je n’ai pas eu de grandes difficultés à déterminer dans mes souvenirs, l’origine de ce processus de formation. Or, plusieurs tournants de vie ont modifié le sens de mes projets comme : de découvrir le monde universitaire il y a trois ans, démontre de mon désir de changer de posture professionnelle et personnelle. Mais, auparavant, la décision de reprendre un travail en 1997, m’a engagée dans le monde social. Cependant, je n’aurais peut-être pas eu ce même cheminement, si préalablement je ne m’étais pas mariée en 1990, ce qui « tuait dans l’oeuf », tous mes projets échafaudés jusqu’alors. Ainsi en reprenant ces étapes de mon passé, je pense situer l’origine de ce mouvement, à l’époque de l’adolescence, en 1983, lorsque je décide d’entrer dans une filière professionnelle. Ainsi, de cette analyse clinique, doit naître la vision claire de mes tournants de vie et m’aider à me projeter dans l’avenir.

 

J’ai reconstitué mon mythe personnel (48)représentatif d’environ vingt-cinq années de ma vie dans une trentaine de pages et donné à cet ensemble la cohérence d’un récit, d’un fil ainsi constitué à partir de morceaux de vie mis bout à bout. Francis Lesourd précise que la finalité de cet acte est de « faire advenir sa propre histoire en la racontant [ce qui] favorise la prise de conscience de nouvelles potentialités existentielles, la remise en cause d’un modèle de vie, l’élargissement de ce que l’on croyait susceptible d’être vécu au cours d’une itinérance humaine (F. Lesourd, 2009, p. 9) ». C’est tenter de trouver la cohésion pour définir par les événements ce qui donne sens à la vie de l’individu ce qui fait son tenir-ensemble.

 

Lorsque je fais référence à mon propre processus de formation, je pense qu’il existe une rupture importante dans mon moment scolaire. Cette rupture s’articule autour d’une période spécifique en relation avec mon souhait d’acquérir les compétences utiles à l’exercice de mon futur métier. Ainsi, pendant ma scolarité en milieu professionnel, je me suis engagée dans une lutte vers la réussite, me mobilisant toujours plus pour atteindre ces nouveaux objectifs. C’est dans le sens de me construire une légende personnelle, dont le parachèvement serait de produire mon oeuvre. Ainsi, j’aboutis vers une histoire qui « questionne selon de nouveaux critères et en termes nouveaux la représentation que se donne le sujet adulte de ce qu’il a été, de ce qu’il souhaite devenir (F. Lesourd, 2009, p. 1)».

 

Dans un premier chapitre, les textes vont concerner mon récit de vie en formation. Puis à partir de l’analyse du passé, je pourrais penser l’avenir en déterminant de nouveaux moments riches en transformation existentielle. Dans un second chapitre, je poursuivrai mon cheminement pour entrer dans une relation avec Henri Lefebvre afin de saisir l’expérience qu’il me présente.

 

(48) J’ai découvert au travers de ma lecture de L’homme en transition, une résonnance entre le mythe personnel présenté par Francis Lesourd et l’expérience de ce processus reconstruction par l’écriture.

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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