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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 34

III. L’autobiographie : la Bildungsroman, le roman institutionnel…

 

R. Hess nous a dit la difficulté d’écrire son autobiographie. Se raconter, dévoiler son moi intime libère certes mais imprime dans tout être humain une crainte, celle légitime du « qu’en dira-t-on ? ». Parler de soi pour comprendre comment s’enclenche ce processus d’éducation tout au long de la vie, revêt à la fois une part de magie et une part d’angoisse. Que vais-je découvrir après avoir recensé toutes ces étapes écoulées ? L'autobiographie se distingue du journal intime, le rédacteur écrit sur sa vie alors que celle-ci fait déjà partie d’un passé plus lointain que lors de l’écriture dans son journal. Il fixe lui-même les limites de ses «confessions», pose des barrières, imagine l’attente de ses lecteurs. Selon Henri Lefebvre, «l’autobiographie écrite avec rigueur - et non comme un plaidoyer, sur le mode de la justification à l’usage de contemporains ou de postérité - impose une recherche, un ton, un style, et presque un vocabulaire (H. Lefebvre, 19594, p. 232) ».

 

Cette autobiographie est une écriture impliquée qui se doit d’être lue par d’autres. Donc, l’auteur fait ressortir les étapes essentielles démontrant une particularité intéressante pour celui qui le lira. La représentation des contextes de ces événements apporte une vision plus précise des faits, afin que ces textes évoquent au mieux ma conception de ceux-ci et permettre au lecteur de «résonner», lorsqu’il se saisit à la fois du sens subjectif et objectif de mes réflexions et de mes actes. L’histoire de vie apporte à l’auteur la possibilité de se réapproprier son récit de vie, de devenir alors critique et analyste à partir de la relecture de son texte devenant alors le procès de son appropriation (43). En fait, Henri Lefebvre ajoute à ce sujet : «celui qui raconte sa vie, qui prétend la rendre tolérable, qui veut que ce récit ait un sens, doit descendre jusque dans ces profondeurs que le psychologue essaie en vain d’atteindre (H. Lefebvre, 19594, p 232) ».

 

En considérant le fil qui conduira mon récit de vie, je le place comme une exposition de mon processus de formation. En tentant de définir la forme que prendrait cette autobiographie, je me suis aperçue qu’elle relèverait à la fois de la bildungsroman et du roman institutionnel.

 

La bildungsroman, d’origine allemande, se traduit par roman et il se spécifie davantage par les termes : d’apprentissage, d’éducation et de formation. Les trois semblent convenir, malgré certaines distinctions : l’apprentissage relève du style et de la stratégie mise en place pour apprendre. L’éducation revêt les actions : d’élever, d’enseigner et de former, car l’enseignement est destiné à élever la personne vers sa prochaine étape. La formation, quant à elle, conduit cette personne vers sa fonction sociale, car elle détermine la personne, elle la caractérise dans un savoir-faire destiné à répondre à une demande institutionnelle. Faut-il faire un choix dans ces trois notions pour définir cette bildungsroman ? Je les pense complémentaires même si elles se différencient par leur temporalité propre. Mon apprentissage dépend des situations informelles, non-formelles ou formelles. Mon éducation s’explique par les savoirs accumulés, et le processus de dépassement qu’il permet. Ma formation détermine mon métier, j’adhère par ce choix, à une fonction précise répondant à une demande sociale. C’est pourquoi lors du récit qui suivra, les processus de formation se dérouleront soit dans une école, mais aussi en dehors. Certaines périodes de mon éducation seront indépendantes du contexte scolaire, et se poursuivront au-delà de mon entrée dans la vie active. Les savoirs et les savoir-faire enseignés dépendent à la fois de contextes : d’apprentissage, d’éducation et de formation.

 

Le roman institutionnel est la représentation française d’une forme de bildungsroman. Cependant, celui-ci fournissant un cadre bien plus général, il s’inscrit dans une période d’éducation. Aussi, il dépend du récit lié à l’activité professionnelle. Par exemple, l’histoire de vie qui suivra, se déroulera pendant l’exercice de mon activité professionnelle, car je suis dans un processus d’éducation tout au long de la vie. Ainsi, une part de l’autobiographie décrit ma relation à l’institution, car tous les changements dépendent des milieux qui nous traversent.

 

La vie se visionne selon un axe progressif et linéaire dans laquelle s’inscrit le sens de celle-ci. Mes souvenirs d’éducation correspondent à des points de rupture et chaque nouvelle étape se justifie comme des bonds qui me projettent vers l’avenir. Puis, «c’est le récit qui construit entre les circonstances, les évènements, les actions des relations de cause, de moyen, de but qui polarise les lignes de nos intrigues entre un commencement et une fin, les tire vers leur conclusion qui transforme la relation de la succession des événements en des enchaînements finalisés qui compose une totalité signifiante où chaque évènement trouve sa place selon sa contribution à l’accomplissement de l’histoire racontée (C. Delory Momberger, 2005, p. 65) ».

 

(...)

 

(43) Gaston Pineau le mentionne ainsi dans son livre écrit en 1983, Produire sa vie p. 117.

 

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

 

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