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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 35

III. L’autobiographie : la Bildungsroman, le roman institutionnel…

(suite)

La méthode utilisée pour les raviver les rend peu à peu plus actuels et leur donne une consistance historique. J’explore ainsi la réalité sociale qui fut mienne et m’engage vers de nouvelles directions. Ma volonté alors figée dans des représentations définies, s’inverse avec le temps, et ainsi se dessine un tableau me décrivant dans toutes les dimensions qui m’ont construites jusqu’à aujourd’hui car «toute activité humaine, la plus routinière comme la plus exceptionnelle, implique un horizon de possibilité, un espace un avant d’elle-même qui la tire à l’existence et lui donne sa finalité et sa justification (C. Delory Momberger, 2005, p. 70) ». J’explore l’historicité de ma formation, comme ciment de mon projet de vie. Ce retour sur soi me porte vers une analyse rétrospective des processus mis en place, car ils se sont effacés dès le but atteint. Bien que les tournants de vie semblent marquer un brusque changement de l’être et de notre posture face à la vie, il semblerait que sans analyse, ceux-ci ne parviennent pas à en déterminer clairement le sens. Ainsi, je tente par ce biais de me considérer comme sujet apprenant et de comprendre ce moment d’apprentissage dans sa globalité. Je m’institue alors dans mon propre discours. J’explore les parcours de vie qui me traversent, et la méthode régressive progressive apporte une dimension supérieure à cette quête de sens de mon existence, notamment pour en découvrir l’origine réelle. Je pars du présent, je ravive le passé, jusqu’à l’instant initial propice à chaque rupture. Cette rétrospection permet d’inscrire dans un continuum chaque conjoncture comme obstacle ou moyen de réussite.

 

Par cette manière de me lancer dans ce récit de vie, l’analyse de près de 25 ans de mon existence laisse apparaître à la fois la cohérence de ce processus et les problématiques qui m’ont conduite vers ces changements. Bien qu’au départ, je m’évertue à me centrer sur le moment formation, les autres par leur transversalité s’incèrent naturellement dans celui-ci, et m’installent dans une activité réflexive représentant mon environnement social passé. Ainsi, s’intègre chaque moment, il se structure et j’interprète les situations qui m’ont formée et expriment le sens de mon expérience.

 

Dans chaque processus de vie se cache une personnalité singulière, constitutive de mon être social. Elle se met en scène selon sa subjectivité propre, et la difficulté est que le lecteur puisse la percevoir telle qu’elle s’est produite intérieurement. C’est mettre en avant la pluralité de mes expériences de vie et les effets de ruptures dus à une forme de délocalisation entre la réalité et les perspectives envisagées. Les variations de mes objectifs premiers m’engagent vers de nouvelles formations et révèlent ainsi les trajectoires formatives. Difficile d’universaliser ces trajectoires, elles sont particulières, et s’identifient à ma singularité. Je me constitue alors comme «résidu», puisque je tente l’analyse de mon historicité en tant que moment historique. Elle dévoile un processus qui pourrait, lui, par la suite tendre vers un universel concret en prenant de l’épaisseur.

 

Bien qu’au départ cette éducation prend un aspect professionnalisant, lorsque je reprends mes études à quarante ans, elle se transforme en une approche herméneutique. C’est une nouvelle étape, car elle transforme ma vision du quotidien en me donnant les outils d’une interprétation plus profonde de cette historicité qui me constitue. Cette individualisation du processus de formation permet de percevoir la relation éducative et mon rapport au savoir. Ainsi, en appliquant le principe de la bildungsroman et en instituant une complémentarité entre toutes les formes de récit de vie, j’ai découvert l’outil idéal pour surmonter le défi de produire mon oeuvre.

 

Toutefois la difficulté de l’écriture de ces quelques pages réside dans l’acte de se remémorer les différents moments de ma vie et de reconstruire ceux-ci en leur donnant du sens. Cette histoire de vie est un mythe personnel car il « est un type spécial d’histoire, que chacun de nous construit naturellement pour rassembler les différentes parties de nous-mêmes et de nos vies en un tout convaincant [...] un mythe personnel, comme un acte d’imagination, est une intégration modélisée de notre passé remémore de notre présent perçu et de notre futur anticipé (Mc. Adams,1993, p. 12) ( F. Lesourd, 2009, p. 22) ».

 

Francis Lesourd ajoute ensuite que « mythe personnel et histoire de vie partagent à maints égards un soubassement théorique commun. À l’histoire de vie comme processus « permettant aux sujets de ramasser et de mettre en forme leurs différents morceaux de vie (G. Pineau, 2000, p. 121) ».

 

C’est aussi reconnaître dans mes expériences la part de chacun de mes actes qui ont produit un changement de mon être. Ainsi, je pense cette autobiographie dans le sens d’une interprétation de mes étapes de formation scolaire pour commencer, puis en dehors de l’institution par la suite. Ces étapes ont érigé au fil du temps les différents tournants de vie et m’ont portée vers l’épanouissement de mon être.

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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