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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 25

2.1.2. Un point sur la phase régressive

 

La phase régressive ainsi décrite précédemment donne sens aux éléments révélateurs de changement. Maintenant, la question qui se pose aussi est d’en connaître la raison. Ce chapitre est donc un intermède entre ces deux phases : régressive et progressive. L’une d’elles présente le vécu, et l’autre s’oriente vers l’avenir. Ainsi, cette relecture du passé permet de percevoir le mouvement historique donnant lieu à une avancée de la société par des changements tant d’ordre technique, que moral ou encore éthique. C’est à partir des contradictions et de la volonté des membres d’une société que ces changements s’installent. Il faut qu’il y ait au départ un critère qualitatif : la contradiction d’une part. Et d’autre part qu’il y ait aussi un critère quantitatif (le nombre de personnes se rassemblant autour d’une même idée) pour que le changement se produise.

 

En me basant sur les écrits d’Henri Lefebvre et de Karl Marx, les facteurs qui produisent l’action sont propres à l’homme lui même qui se met en action pour produire une réponse à ses propres besoins. Donc, il me semble intéressant ici d’en faire une approche afin de comprendre le sens de ce mouvement historique présentant les projets d’émancipation individuel ou de la société.

 

Bien qu’il faille ne pas mettre sur le même rang l’homme et l’animal - l’homme étant un animal qui raisonne - celui-ci évolue en produisant ce qui lui sera utile pour répondre à ses besoins. D’après Henri Lefebvre, «l’homme (l’être humain est d’abord être de besoin. Il «est» ainsi, beaucoup plus que les animaux, qui presque tous trouvent dès leur naissance, dans leurs corps et leur environnement, les ressources qui permettent leur survie. (H. Lefebvre, 1966b, p. 31) ». À ce propos Henri Lefebvre définit les besoins comme des éléments qui « entrent dans le mouvement général de l’espèce humaine, et pour autant qu’ils stimulent les activités de l’homme qui devient humain (H. Lefebvre, 1966b, pp. 32-33) ».

 

Il évoque aussi le besoin comme un irrationnel apparent. Que signifie ce syntagme ? L’homme est un «être de besoin, un ensemble de besoin. [...] Le besoin, ou tel besoin, s’adresse à des objets ou à d’autres sujets, d’autres êtres de besoin (H. Lefebvre, 1971b, p. 95) ». Le besoin se développe chez l’homme dès qu’il ressent un certain manque. Dans le livre La sociologie de Marx, Henri Lefebvre décrit ces besoins comme : individuels, sociaux, politiques, immédiats, cultivés, naturels factices, réels et aliénés. Il ajoute aussi que «la rationalité dans le social et l’individuel, n’apparaît qu’avec le développement des besoins et lorsque les hommes associés ont besoins de raison agissante (H. Lefebvre, 1966b, p. 32) ».

 

Ainsi, cette raison agissante évoquée précédemment, me semble liée au degré de motivation exprimé par Abraham Maslow et représenté par la pyramide des besoins (28). Cette pyramide présente cinq types de besoins différents :

 

Accomplissement personnel (morale, créativité, résolution des problèmes...) 

Estime (confiance, respect des autres et par les autres, estime personnelle) 

Besoins d'appartenance et affectif (amour, amitié, intimité, famille) 

Besoins de sécurité (du corps, de l'emploi, de la santé, de la propriété...) 

Besoins physiologiques (manger, boire, dormir, respirer) 

 

 

L’importance du besoin conditionne l’intensité de la motivation, il permet de se mobiliser dans l’acte à produire et d’entrer dans le mouvement de l’histoire. C’est dans une tentative de découvrir le sens de la satisfaction que la mobilisation intervient comme facteur du mouvement. Denis Jeffrey ajoute dans son livre Éloge des rituels : « Le besoin crée dans le corps une tension qui cherche son expression pour trouver une détente. Les besoins [...] lorsqu’ils ne sont pas satisfaits maintiennent une tension qui, en s’intensifiant, se transforme en souffrance. Un besoin en souffrance est un besoin en manque d’un objet de satisfaction (D. Jeffrey, 2003, p. 71-72) ».

 

Le désir et la satisfaction sont deux sentiments dépendant l’un de l’autre. Chacun oriente sa vie selon ses souhaits. Cette volonté de progresser est souvent une réponse au désir de réussir, de se dépasser. Le désir agit sur l’être humain, commande au besoin. Ce besoin conditionne sa volonté et permet d’y répondre. L’intérêt dépend de la valeur du besoin, il sera régulateur de la volonté et de l’implication. D’après Henri Lefebvre « le désir veut et se veut. Il devient désir de ceci et de cela sans pour autant cesser d’« être » désir : désir de désirer, désir d’être désiré. Il se change en besoin d’un objet, en proie à cet objet, obstacle, distance, résistance (H. Lefebvre, 1970²c, p. 24) ». Il me semble donc utile d’évoquer que le désir « d’être ou d’avoir » va provoquer ce processus de changement d’ordre individuel ou social suivant l’aspect et le nombre de personnes se ralliant à ce même besoin.

 

C’est aussi dans le domaine de la psychanalyse, que le concept de désir est défini par ses signes de satisfaction. C’est une forme de compromis. Selon Lacan, « le désir naît de l’écart entre le besoin et la demande ; il est irréductible au besoin, car il n’est pas dans son principe de relation à un objet réel, indépendant du sujet, mais au fantasme ; il est irréductible à la demande, en tant qu’il cherche à s’imposer sans tenir compte du langage et de l’inconscient de l’autre, et exige d’être reconnu absolument par lui (J. Laplanche et J-B. Pontalis, 1967, p. 120) ».

 

Pourtant la limite est expliquée par Henri Lefebvre car le fossé se creuse, et le désir se transforme en une banalité. Il nous montre la contradiction, dans la forme du travail et dans les conséquences. « Le travailleur aurait le désir d'un travail parcellaire et abrutissant, le désir d'être exploité en même temps que dominé. Les philosophes confondent allégrement les causes et les effets, ils savent mal analyser les effets. Je veux seulement parler de la volonté de puissance décelée par Nietzsche (H. Lefebvre, 1978b, p. 184) ». Le danger actuel de cette forme de désir est sa relation avec la recherche d’une satisfaction immédiate. Ce qui entraîne par la passion des gestes souvent irrationnels et brusques. La réponse au désir se prolonge dans le besoin, il se traduit par une détermination pour sa réalisation.

 

Mais cet aparté sur le besoin reprend du sens dans ce que Lucette Colin écrit : « Le désir de savoir au sens strict et où la connaissance était alors accessible directement, sans énigme, ni double sens. Ce paradis perdu est peut-être d’ailleurs une construction de l’après-coup issue de la souffrance du doute. Autrement dit, l'investigation comme mouvement vers l'objet est donc présente dès le début de la vie mais pour exister comme mouvement de désir, c’est-à-dire être investi en tant que tel, il faut que s'instaure le manque de l'objet, la conscience du manque (L. Colin, 2007, p. 7) »29. C’est mettre des mots, des faits et une historicité là où elle n’existe pas encore. Le désir donne l’impulsion au possible.

 

Dans la pyramide de Maslow se trouve à son sommet : Accomplissement personnel (morale, créativité, résolution des problèmes...). Ce besoin émerge lorsque tous les autres besoins sont comblés. A ce moment là, il est temps pour l’homme d’entrer dans le mouvement pour se produire comme oeuvre dans une éducation tout au long de la vie. L’objectif de l’homme est de s’émanciper, de tendre vers la liberté en se garantissant l’autonomie de ses agissements et de ses réflexions. Quant à Marx, il précise que l’évolution de l’homme est une lutte contre la nature et que lorsque celui-ci aura développé les sources de production de la nature, la contradiction de l’homme et de la nature auront disparu.

 

(28) L'article où Abraham Maslow expose sa théorie de la motivation, A Theory of Human Motivation, est paru en 1943.

 

(29) Cours de Lucette Colin « Séquence 4 du rapport au savoir avant la période d'investigation sexuelle infantile à la spécificité du désir de savoir », in cours L3 le désir de savoir et ses aléas, 2007.

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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