Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
2.1.1.5. De l’après-coup au résidu : analyser et comprendre
C’est dans l’historicité que se comprend l’après-coup, (nachträglich), le sens réel de l’histoire. Elle est dialectique et ne se contente pas seulement de l’énoncé des faits ; elle prend en compte les résidus. Seulement les résidus n’apparaissent qu’après constitution du système et de son existence propre, car « la complexité est telle que le sens d’un évènement n’apparaît que très lentement et très tardivement. Aujourd’hui seulement, et je découvre le sens de certains petits faits de mon enfance, ou encore de certains événements de l’époque stalinienne (H. Le Lefebvre, 1975a, p. 16) ». Cette théorie de l’après-coup provient du champ de la psychanalyse, pourtant elle s’impose dans la lecture du passé et devient une « théorie outil », donnant sens à l’insignifiant (les résidus). Notamment, un évènement devient lisible, lorsqu’il est élaboré psychiquement, et fait sens dans un contexte significatif. Autrement dit, si je reprends la méthode régressive progressive, elle permet d’élaborer le vécu, à partir des mots, des représentations, et des signifiants déjà connus par chacun. Cette méthode est une relecture des événements, des expériences, du vécu, dont le point de départ est le fait résiduel. Celui-ci prend un sens nouveau dans l’historicité et s’ouvre vers un nouvel horizon de mots (26). Ainsi, «c’est un passé qui n’en finit pas de s’écrire » (27). Toutefois, une phrase ne peut prendre sens, que lorsqu’elle peut s’achever. Dans cette perspective, seule l’historicité permet d’écrire des fins aux « histoires ». Elle affirme un moment de vérité, un fait, et devient indiscutable. Elle redonne sens à la pensée. La théorie des résidus exprimée par Henri Lefebvre, détermine le particulier comme chaînon manquant utile dans l’analyse de l’objet. La question qui se pose alors, concerne à la fois le système mis en place et l’élément n’entrant dans aucune catégorie, et c’est donc, le signe d’une contradiction existante. En effet, dans le livre Métaphilosophie, H. Lefebvre explique le résidu comme élément irréductible, qui se dégage d’une «puissance » (système), comme la religion, la philosophie, le politique…
Ainsi, « chaque activité qui s’autonomise tend à se constituer en système, en «monde ». De ce fait celui-ci constitue, expulse, désigne un « résidu ». [...] Du même coup, nous montrerons ce que chaque élément résiduel (du point de vue de la puissance constituée en monde) contient de précieux et d’essentiel. Nous terminerons par la décision fondatrice d’une action, d’une stratégie : le rassemblement des résidus, leur coalition pour créer poétiquement dans la praxis, un univers plus réel et plus vrai (plus universel) que les mondes des puissances spécialisées (H. Lefebvre, 1965²b, p. 31) ».
Le concept de résidu est, pour ma part, un révélateur car en tant que signe, il permet de mettre en lumière cette contradiction comme facteur de crise. En ce qui concerne, ma recherche, je placerai comme résidu, l’autodidacte qui, par exemple se forme seul en dehors du système de l’éducation. L’autodidacte démontre la possibilité d’apprendre sans structure formelle, et dans la perspective d’un apprentissage tout au long de sa vie. Cette figure de l’apprenant prend du sens dans la construction de l’Homme total.
(26) L’horizon des mots vu par Gabriel Weigand est «l’ouverture à l’exploration des mots de l’autre [...] comme une enquête en arrières plans qui jouent sur les situations vécues (R. Hess et G. Weigand, 2007, p. 114)». Pour ma part, je pense que l’ouverture offerte par l’entrée dans un possible permet d’éclairer la situation et redonner du sens.
(27) Lucette Colin Séminaire sur la théorie de l’après-coup, présenté en juin 2009. http://education-vie.univ-paris8.fr/docs/spip.php?article58.
Sandrine Deulceux
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