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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 19

2. La méthode régressive progressive et la pensée transductive

 

Ce choix de la méthode régressive progressive, bien qu’elle soit d’une complexité certaine, est indispensable. Son appropriation est une étape importante pour affiner ma perception de l’œuvre d’Henri Lefebvre. Lors de la préparation de ma note de recherche, j’ai réalisé une première approche théorique ; maintenant, il me semble important de la mettre en pratique dans ce mémoire. Henri Lefebvre se défend d’en être l’auteur, il dit la reprendre de Karl Marx qui l’utilise comme méthode d’analyse et dit l’avoir découverte lors de sa lecture du Capital (17). Il s’est inspiré du matérialisme historique et dialectique pour fonder la méthode régressive progressive.

 

Cet apprentissage de la méthode s’est précisé lors de la lecture de Pascal, écrit par Henri Lefebvre en 1949. Dans ce livre, Henri Lefebvre expose la réalité de la situation de Pascal (18) et de sa contradiction avec la perception qu’en a la société (19). Puis dans un second temps, il exprime les moyens employés pour découvrir les pistes (20) prouvant son argumentation ; et pour finir, il décrit sa stratégie (21) conduisant à une autre considération de la condition de Pascal. J’ai pris conscience, alors, du sens exact de cette méthode et de la place qu’elle prendrait dans ma recherche. Par exemple, elle me permet de remonter le temps, et de mettre en parallèle des faits historiques avec des passages de l’oeuvre d’ H. Lefebvre. Comme il le signale, l’importance n’est pas de situer le contexte, mais de le comprendre et de saisir le sens exact de la conscience collective de l’époque. Donc, connaître le moment où tout bascule : le sens des choses disparaît et s’installent la scolastique et le déterminisme. Je pense aussi cette méthode comme moyen pour comprendre le cheminement d’Henri Lefebvre, et définir le sens réel de ses vérités énoncées. Je tente de suivre à mon tour les traces laissées dans ses livres, et je cherche l’origine de sa réflexion. En effet, l’absence d’Henri Lefebvre augmente la difficulté, il ne peut me contredire ou approuver mon raisonnement. Ainsi, par cette méthode, j’entre en résonnance avec sa pensée, et mes connaissances acquises sont alors en forte relation avec celle de l’auteur.

 

D’autres, avant moi, ont tenté de reprendre cette méthode et de l’appliquer comme moyen de reconstituer un processus de vie, de pensée, d’actions : c’est ainsi que Jean-Paul Sartre a écrit son livre sur Flaubert, L’idiot de la famille. Il me semble donc important à mon tour, de l’expérimenter, en l’appliquant dans l’analyse de mon parcours d’éducation tout au long de la vie. Mon objectif est d’explorer ma propre complexité et mon rapport aux autres, à l’institution et de poser mes perspectives d’avenir.

 

(17) « En décrivant ce qu’il appelle ma méthode réelle avec tant de justesse et, pour autant qu’entre en ligne de compte l’application que j’en ai faite personnellement, avec tant de bienveillance, qu’est-ce que donc que l’auteur a décrit, si ce n’est la méthode dialectique ? Certes, le mode d’exposition doit se distinguer formellement du mode d’investigation. À l’investigation de faire sienne la matière dans le détail, d’en analyser les diverses formes de développement et de découvrir leur lien intime. C’est seulement lorsque cette tâche est accomplie que le mouvement réel peut être exposé en conséquence. Si l’on y réussit et que la vie de la matière traitée se réfléchit alors idéellement, il peut sembler que l’on ait affaire à une construction a priori. […] (Livre I) (K. Marx, 1867, p.17) ». Henri Lefebvre cite aussi ce passage dans le livre écrit en 1963, Karl Marx, Oeuvres choisies 1, aux pages 124-133.

 

(18) « [...] ont dissimulé la vérité dramatique, à savoir que Pascal mourut désespéré, doublement ou triplement hérétique (fidéiste, janséniste, gallican, adversaire de l’infaillibilité du pape, etc. (H. Lefebvre, 1949b, pp. 7-8) ».

 

(19) « La présente étude échappe complètement à cette ambiance singulière, d’un autre âge, entretenue facticement par l’activité intéressée des apologistes et par les universitaires timorés. Aussi objectivement que possible - bien que prenant nettement position et parti dans les débats - elle tente de considérer le jansénisme, l’oeuvre de Pascal, et le Christianisme lui-même, comme des faits historiques dont il est possible dès maintenant d’arrêter les contours (H. Lefebvre, 1949b, pp. 8-9) ».

 

(20) « Dans le cadre de la vie sociale du XVIIe siècle, une première partie s’efforcera donc de définir les diverses tendances idéologiques, et notamment d’esquisser l’histoire politique jansénisme. Chemins faisant, elle amènera au jour les conflits cachés et profonds du « grand siècle », et décèlera l’influence de ses contradictions inavouées sur le style de cette époque, sur le « classicisme », sur la pensée et l’oeuvre de Pascal lui-même (H. Lefebvre, 1949b, p. 9)».

 

(21) « Ensuite, après avoir brièvement résumé la vie de Pascal et analysé en lui la conscience malheureuse, la conscience tragique de son époque, les autres parties de cette étude examineront son oeuvre scientifique, son oeuvre polémique, son oeuvre métaphysique, de façon à retrouver les détours de sa pensée et à montrer les raisons de son échec final (H. Lefebvre, 1949b, p. 9) ».

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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