Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
2.1 Les différentes phases de cette méthode
2.1.1. La phase régressive
Production de l'homme : mouvement
----------------------------------------------------→
fin/deb fin/deb fin/deb
↓ ↓ ↓
( ...) -------------------------------------------------------- ( ...)
[ moment]
↑ ↑
[ période ] [ période ]
←---------------------------------------------------------
Historicité
2.1.1.1. L’historicité
L’histoire doit avoir un sens en rapport aux champs de l’économie, de la politique, de la religion, et de la technique. Le passé se lit car les faits ne peuvent plus être vécus. Donc, H. Lefebvre, se donne les moyens en allant à la rencontre de ces philosophes. À partir de leurs textes, il reconstitue la réalité des faits, en tenant compte du processus du mouvement social de l’homme pour aller vers une pensée plus significative. L’aliénation des hommes par les doctrines de l’époque augmente la difficulté de saisir chaque mode de raisonnement, et complexifie davantage la lecture du passé. C’est donc le moyen le plus sûr, car c’est dans les traces que l'expérience du vécu se situe. En effet, Henri Lefebvre se méfie de l’interprétation des historiens. Elle semble faussée par leur conscience personnelle des faits.
C’est pourquoi Henri Lefebvre attache une grande importance à l’historicité, à son rétablissement lors de la phase régressive. Le schéma (ci-dessus) représente les moments inscrits dans une période. Il globalise l’ensemble des particularités, d’une société à une époque donnée. Cependant, lorsque l’historicité se lit et s’étudie, c’est en rapport à un fait particulier, un moment précis. De la fin d’un moment, au début d’un autre, chacun d’eux se reproduit dans leur forme : de la naissance à leur mort. Comme l’exprime Nietzsche dans « le retour éternel : Que serait-ce si, de jour ou de nuit, un démon te suivait une fois dans la plus solitaire de tes solitudes et te disait : - Cette vie, telle que tu la vis actuellement, telle que tu l’as vécue, il faudra que tu la revives encore une fois, et une quantité innombrable de fois ; et il n’y aura en elle rien de nouveau, au contraire ! Il faut que chaque douleur et chaque joie, chaque pensée et chaque soupir, tout cela dans la même suite et le même ordre - et aussi cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et cet instant et moi-même. L’éternel sablier de l’existence sera retourné toujours à nouveau - et toi avec lui, poussière des poussières ! (H. Lefebvre, 1939², p. 182) ».
Plusieurs philosophes présentent l’historicité de différentes manières. Selon Hegel, le concept représente d’une part la finitude. C’est-à-dire « détermination et limitation des processus, bornes inhérentes aux conditions de ce qui naît dans le mouvement»; la finalité comme « orientation, sens (double objectif et/ou subjectif), destination ou destin annoncé, devenir prévisible et cependant surprenant, en bref intelligibilité sur le regard du superficiel » ; la finition qui est « achèvement perfection selon le modèle de l’art (achèvement et perfection conforme à la « nature » ou à l’«essence » de la chose donc forme adéquate à son contenu (H. Lefebvre, 1970²c, p. 114) ». Pour Marx, l’historicité est l’histoire de l’évolution de l’homme, car l’homme construit son histoire par sa production. Ainsi, « l’histoire est l’histoire naturelle de l’homme », dit Marx, mais cette naissance est un dépassement, et un dépassement de plus en plus conscient. L’homme actif modifie la nature - autour de lui et en lui-même. Il crée sa propre nature en agissant sur la nature. Il se dépasse en la nature et la dépasse en lui. En la façonnant à ses besoins il se modifie dans son activité et se crée de nouveaux besoins. Il se forme et se saisit comme puissance en créant des objets, des « produits » ; Il progresse en résolvant activement les problèmes posés par sa propre action (H. Lefebvre, 19407, p. 114) ».
La production de l’homme crée le mouvement. Les changements s’inscrivent dans une contradiction, c’est le mouvement dialectique. Si l’on observe le concept d’historicité sous ces deux expressions, l’une crée le mouvement et l’autre la fixité. L’une exprime le cadre, la période, l’autre l’évolution. Cependant, en rapprochant cette observation de la phase régressive de la méthode, Henri Lefebvre donne une part de raison à ces deux philosophes : Hegel et Marx, car l’historicité, c’est des moments qui sont en mouvement.
Sandrine Deulceux