Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Conclusions et ouvertures (2)
Egalement critique de l'utilisation sans nuances de la notion de crise (Lourau, 1978a), laquelle présuppose une indésirable rupture d'une belle unité qui devrait (pour quel motif ?) être préservée, René Lourau publie en 1981 Les lapsus des intellectuels. Au moyen de l'élaboration d'une généalogie de l'intelligentsia, il dénonce l’acte manqué qui la parcourt tout le long : la méconnaissance des conditions institutionnelles qui président au surgissement des discours érudits. Dans l'introduction du livre, Lourau élabore une typologie de l'intellectualité selon la relation établie avec le mandat social. L'acceptation (consciente ou inconsciente) de ce dernier définit l’intellectuel organique. En revanche, l’intellectuel engagé, critique du status quo, s'oriente vers des positions qu'elles soient progressistes ou conservatrices, mais il ne se pose qu'accessoirement la question du mandat social. Finalement, l'intellectuel impliqué se caractérise par le refus d'un tel mandat. Un exemple contemporain montre l'expérience de la psychiatrie démocratique de Franco Basaglia :
« Alors qu'en France, sous l'influence grandissante du lobby psychanalytique lacanien, la psychothérapie institutionnelle tendait à renforcer le pouvoir médical et l'importance de l'hôpital, et qu'en Angleterre l'antipsychiatrie déchaînée des Laing et Cooper visait plutôt à l'édification d'un secteur parallèle, communautaire et fortement politisé, les futurs adeptes de la « psychiatrie démocratique » à italienne partaient d'une mise en question de ce qui produit et reproduit la maladie mentale : la science médicale et la structure hospitalière » (Lourau, 1981: 271).
S'abstenant d'évaluer technocratiquement l'efficacité des actions italiennes, Lourau préfère remettre au premier plan le mode d'action contre-institutionnel de Basaglia, l'opposant à la lamentable pratique hégémonique de l’intellectualité :
« Les crimes de paix légalisés par les intellectuels du savoir pratique : tel est le diagnostic sur le rôle de l’intelligentsia dans l'institutionnalisation. (...) Sans eux [les « fonctionnaires du consentement »], l'exclusion (...) ne pourrait pas fonctionner. La délinquance, la folie, la révolte ouvrière ou étudiante, ne sont pas seulement les symptômes d'une crise sociale : ce sont aussi et d'abord les produits d'une action spécifique, l'action des intellectuels qui encadrent, contrôlent, évaluent, valident ou invalident -toujours au nom de la science dont l'épistémologie est identifiée à la tératologie institutionnelle » (idem: 276).
Heliana de Barros Conde Rodrigues
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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