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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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L’analyse institutionnelle au Brésil (8)

Entretien avec Georges Lapassade

 

 

 

Lucia : Peux-tu me parler de tes séjours au Brésil ?

 

 

Georges : J'ai effectué plusieurs séjours au Brésil avec des motifs, des bases institutionnelles, et des bases financières différentes, Je n'ai pas payé pour le premier voyage. Je me suis arrêté à Rio au retour du Congrès Mondial de Psychodrame, en 1970, à Buenos Aires, dans lequel il y avait aussi Jacques Ardoino et Michel Lobrot. Ce voyage a été payé par Olivetti, une entreprise. J'ai fait un retour en bus, en passant par l'Uruguay pour voir le Brésil. Je suis allé jusqu'à Sâo Paulo d'abord et ensuite à Rio. A Sâo Paulo, je me suis arrêté longtemps parce que j'ai participé au travail du groupe Living Théâtre qui travaillait avec le Teatro Oficina, qui était de tendance tropicaliste.

 

 

Ensuite, je suis allé à Rio, où je me suis occupé de la macumba. En fait, mon activité n'était pas institutionnaliste. Elle était essentiellement ethnologique. Mon séjour à Rio est décrit dans le livre Les Chevaux du Diable. J'allais souvent dans les favelas pour observer les activités de « macumbeiros », d'umbanda, de candomblé. Donc, c'était hors de l'analyse institutionnelle. C'était de l’ethnographie des rites de possession. C'est à partir de cette expérience que j'ai écrit en 1970, avec Marco Aurélio Luz, le livre O Segredo da Macumba, publié en portugais. De tout cela, je n'ai retenu aucun épisode concernant l'analyse institutionnelle, bien que je sache qu'il y en a. Mais ce n'était pas facile parce que je n'avais pas vraiment de commandes, sauf une, qui émanait de la société Freinet qui m'avait proposé d'y aller.

 

 

Quand je suis allé à Buenos Aires, en venant de Paris, j'ai fait une petite escale d'abord à Lisbonne et de là à Bahia, où je me suis intéressé au candomblé.

 

 

En 1972, je suis revenu au Brésil, c'est à dire deux ans après, à Belo Horizonte, en remplacement de René Lourau, invité par un psychanalyste, professeur à l'université de Belo Horizonte, qui s'appelle Celio Garcia. J'y ai passé entre trois et six mois.

 

 

Lucia : N'as-tu pas retenu un épisode concernant l'analyse institutionnelle? La revue Vozes n° 4, de 1973, de Rio de Janeiro, publie quelques articles sur ton séjour au Brésil. C'est intéressant parce que c'est un collectif qui assume les textes comportant des analyses critiques des pratiques en cours. Il y a par exemple un texte qui porte le titre de : « Uma noite de loucuras, Une nuit de folie ». L'histoire se déroule dans un vieil hôpital psychiatrique de Rio où tu as été invité à donner une conférence sur l'anti-psychiatrie.


Georges : Je venais quelque temps auparavant, en 1970, de produire un livre L'Arpenteur, qui racontait mon intervention longue au Québec, à Montréal. Et là, c'était une chose claire. J'étais invité par le recteur Dozais de la nouvelle université de Québec, où j'ai passé plus de trois mois. J'ai raconté tout ça dans L'Arpenteur. C'était une intervention classique, parmi nous, du courant institutionnaliste. Par contre, quand je suis allé au Brésil, j'aurais aimé refaire L'Arpenteur. Etre l'arpenteur au Brésil et écrire un récit brésilien, deuxième aventure, disons, de L'Arpenteur. Mais il n'y avait pas ce type de client pour me retenir au moins six semaines. J'ai un souvenir un peu délayé. J'ai peu de souvenirs de ce qui s'est passé à Rio. C'est une partie de ma vie que j'ai oubliée. Pour moi, c'est un brouillard de la mémoire.

 

 

Lucia : D'ailleurs, René Lourau, dans son article de 1977, «Petite histoire des institutionnalistes », t'appelle l'acrobate, celui qui dans la pratique, dévoile la dimension institutionnelle dans les rapports sociaux.

 

 

Georges : Il le disait quelquefois. Effectivement, il m'appelait le funambule : c'est quelqu'un qui marche sur un fil. C'est une variété d'acrobate. Parce que peut-être, il voulait dire que, dans ma façon de faire, j'étais toujours au bord du gouffre, je pourrais tomber, je devrais me tenir en équilibre difficile sur cette corde qui traverse le cirque.

 

Lucia : A cette époque-là, au Brésil, nous étions dans une période dure de la dictature. Les assassinats, la torture...

 

 

Georges : Je savais qu'il y avait une dictature. Mais, moi, je ne me contrôlais pas de tout. A Bahia, il y avait Guy Palmade et Jacqueline Palmade qui sont des psychosociologues français. A Bahia ils étaient là avec moi. Je me souviens d'un rituel d'une femme en transe. Elle avait plumé vivant un pigeon et elle l'a dévoré cru et vivant. Palmade a été dégoûté par ce spectacle. Je savais qu'il y avait la torture, mais je n'avais pas peur. Il y avait beaucoup decrimes. Des journaux  grand  public  rapportaient notamment l’assassinat d'un homosexuel. Il y avait un rapport avec la mort. J'ai écrit un journal de mon rapport un peu terrorisé à la société en général, à l'ambivalence de l'époque. Je me croyais, moi-même, envoûté de quelque chose comme ça. J'avais des maladies bizarres. Je ne pouvais pas m'en sortir. J'avais l'impression d'être fiévreux. J'ai écrit le journal de ce cauchemar. Il fait partie, au moins pour la moitié, du mon livre-roman Le Bordel Andalou. Je regrette maintenant d'avoir publié à cet endroit-là, ce journal pour compléter la partie plus romancée, plus imaginaire de ce livre. J'aurais dû le publier comme un journal d'ethnologue. Mais je l'ai transformé un peu en changeant les noms ... pour en faire un roman. Il m'arrive quelquefois de regretter d'avoir fait ce choix.

 

 

Le Bordel Andalou était au départ une histoire maghrébine. Mais comme la partie Maghreb ne suffisait pas pour constituer un volume entier, j'ai ajouté la partie la plus importante qui était mon journal de Rio, en 1970, avec la transcription de mon exclusion à ce moment-là, vers octobre, du Living Théâtre. Ils m'ont accusé d'être psychosociologue, voyeur, qui n'était pas vraiment intégré au groupe et qui était là seulement pour l'observer. A mon avis, cela n'a pas été le cas. La première impression des dirigeants du groupe, du couple qui dirigeait le Living Théâtre, Julien Beck et Judith Malina, - en fait, ce ne sont pas eux qui ont eu cette impression, mais un Suisse de leur compagnie. C'est lui qui m'a dit un jour : - « Tu viens ce soir à la réunion ; elle est pour toi ». Je me suis rendu à cette réunion, c'était mon exclusion. Cela se passait à Rio, à Ipanema. J'ai publié la transcription, presque mot à mot, de cette séance. Evidemment, j'ai changé les noms... par exemple, Judith, je l'appelle Sarah. J'ai écrit essentiellement à partir du jour où j'ai été exclu du Living Théâtre et donc, seul à Rio, où je consommais à ce moment-là la maconha-marijuana, et aussi la cachaça. J'en ai consommé notamment au moment où j'allais dans les « terreiros ». Je me souviens d'un jour, dans une tavela, où je suis allé dans un centre d'umbanda, animé par quelqu'un qui se présentait comme Exu Mangueira, le « pai de santo » local. Je suis tombé, j'ai perdu pied, je me suis effondré, j'ai eu un évanouissement très bref, dû aussi à la consommation de maçonna et de cachaça.

 

 

La « maladie » dont j'ai souffert à Rio, était donc en rapport avec mon expérience de la macumba. D'ailleurs, les titres des différentes parties de ce journal qui figurent dans le Bordel Andalou sont Exu, Abaluaê. Abaluaê, une entité religieuse du panthéon de l’umbanda qui a un rapport avec le cimetière... Cn disait que le jour de morts, on sentait une odeur de cimetière dans les «terreiros» de l'umbanda que je fréquentais. Cela, je l'ai écrit dans ce journal.

 

 

Lucia : Etais-tu en transe ?

 

 

Georges : Non, je ne crois pas. Peut-être que je l'étais lorsque je me suis rendu un jour dans la chambre des dirigeants du Living Théâtre. Malina m'a dit ensuite que je suis tombé, que j'ai beaucoup parlé avec une voix très emphatique, très dramatique. C'était peut-être une transe.

 

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

 

voir aussi : http://journalcommun.overblog.com

 

et : http://lesanalyseurs.over-blog.org

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