Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (6)
De plus en plus d'espaces de liberté (2)
En 1975, le psychiatre marocain Mony Elkaim convoque une réunion à Bruxelles pour mettre en place un Réseau international d'alternatives à la psychiatrie, auquel Guattari souscrit sans hésitation. La trame de ce réseau prétend s'opposer à une autre chose qui se trame aussi en réseau : la sectorisation-miniaturisation du contrôle social, les murs diaphanes d'une psychiatrie dépourvue de frontières visibles. A l'époque, quelques expériences de résistance étaient entreprises aussi bien par Elkaim - South Bronx (New-York) et à Bruxelles - que par Giovanni Gervis - à Reggio Emilia (Italie) -, au moyen de travaux caractérisés par une ligne transversaliste, autonomiste et autogestionnaire. Selon ce que dit Guattari (1981 : 125), « on essaie de faire en sorte que les choses bougent à partir des intéressés eux-mêmes» pour qu'ils se dé-sectorisent en lançant des millions et des millions de révolutions moléculaires.
En parlant de réseaux de production de subjectivité, rien de mieux que d'évaluer le mode d'information dominante. Dans la France d'alors, la médiatocratie propage le remords libéral avec son insidieuse statique proto-fasciste. Fin analyste de la parenté fascisme-nationalisme, Guattari devient italien, fasciné par quelques expériences innovatrices du pays voisin. On sait dans quelle mesure dans les années 1970, les gauchismes passent par un processus de spécialisation, chacun (fou, homosexuel, femme, prisonnier, immigrant, etc.) a sa place ou son ghetto. Néanmoins, une radio comme Alice (fondée à Bologne, 1974) a du succès en transversalisant renonciation de multiples autonomies - dénomination italienne pour les minorités -, dépassant le caractère purement sociologique des radios indépendantes qui prolifèrent après la fin du monopole de l'Etat sur les communications.
Le mouvement Alice conteste toutes les séparations hiérarchisantes au point de s'inventer et de pratiquer une économie singulière : il répudie le travail discipliné, encourage l'absentéisme, met en scène l'auto-réduction de l'exploitation capitaliste (par l'échange des étiquettes de prix et/ou le vol de produits dans le commerce). Comme Bologne est traditionnellement un fief communiste, son maire n'admet pas de perdre le contrôle d'une aussi précieuse infrastructure : il accuse les Aliciens de conspirer et donne l'ordre d'occuper la ville par les blindés. Alice répond : « Conspirer, c'est respirer ensemble, et c'est ce dont on nous accuse ; ils veulent nous empêcher de respirer... » (Guattari, 1981a : 59).
Heliana de Barros Conde Rodrigues
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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