Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (4)
Y aurait-il des motifs de regrets ? (3)
Les processus politiques en cours continuent à leur fournir de bonnes (?!?) causes : la gauche (militaire) portugaise ne tarde pas à devenir une déception ; les Vietnamiens deviennent des boat-people ;la révolution iranienne crée un vent de panique en commençant les arrestations et les exécutions. Dans de telles circonstances, la victoire des sandinistes au Nicaragua (1979) n'arrive même pas à redonner un brin d'espérance à ces héritiers du tiers-mondisme. Et pour parachever l'ensemble, à la fin de cette même année, les Soviétiques interviennent en Afghanistan.
Pendant que des périodiques, sympathisants de gauche, comme Espritet Les Temps Moderness'amendent d'éventuelles fautes, en dénonçant les phénomènes du totalitarisme et de la dissidence ou en s'unissant aux libéraux dans la défense de populations immolées, la droite aspire à transformer le passé à la façon du 1984d'Orwell : les chambres à gaz nazies, eh bien...elles n'ont jamais existées ! En 1978, R. Faurisson déclare, d'abord dans Le Matinet ensuite dans Le Mondequ'il n'y a jamais eu de chambres à gaz dans les camps de concentration allemands. C'est là que commence l’Affaire Faurissonqui mobilise des historiens antirévisionnistes (P. Vidal-Naquet, M. Perrot, J. le Goff, etc.) pour lesquels l'extermination sur le papierreprésente une nouvelle tentative de rendre invisible l'extermination réelle.
L'argument utilisé par ceux qui nient l'existence des chambres à gaz - absence de preuve empirique -nous invite à évoquer des détails précis de la configuration intellectuelle de l'époque. Dosse, par exemple, fait coïncider le déclin du structuralisme d'alors avec les illusions perdues de la gauche :
« Ce que révèle l'effet Goulag, c'est qu'il suffit d'entendre, de lire, de voir pour comprendre, à l'inverse d'une certaine spéculation conceptuelle à prétention scientifique qui avait joué le rôle d'écran de fumée, et empêche de saisir les vrais enjeux de la tragédie en cours, et la complicité objective de ceux qui soutenaient les tortionnaires » (Dosse, 1992 : 341).
Nous ne doutons pas que le thème ait contribué à un tracé des régimes de vérité de cette période : au lieu de penser sans sujet pour accéder à la science, nombreux sont ceux qui maintenant veulent partir du sujet pour sauver une éthique humanitaire. La question des chambres à gaz, cependant, indique que cet ingénu (?!) empirisme est plus complexe que veulent bien nous le faire croire les repentis post-goulag. Assurément, il y a lumière et l'on voit quelque chose ; sans pouvoir le nier, il y a un langage, on parle, on entend ou on lit. Mais à chaque instant, le visible et l’énonçable passent par une construction d'expériences et de savoirs dont il faut sans faute entreprendre l'analyse.
Heliana de Barros Conde Rodrigues
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
voir aussi : http://journalcommun.overblog.com
et : http://lesanalyseurs.over-blog.org