Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
De l'individualisme compétitif à la coopération solidaire
Le coopérativisme comme alternative dans le monde du travail (8)
Carte de Travail signée : mythe ou facteur prépondérant d’insertion sociale ? (2)
Le coopérativisme populaire semble jouer un rôle important dans la formation de la citoyenneté, dans la prise de conscience du besoin de participation sociale, du pouvoir croissant du travailleur. « Dans l'entreprise /les directeurs/ ont une formation, ils possèdent de bonnes connaissances théoriques. Mais à la coopérative, on n'a pas de théorie, on maîtrise la pratique. C'est pas mal parce qu'on se sent quelqu'un». (Saul). Les discours ont tendance à mettre en valeur la participation dans les coopératives, en tant qu'espace de prise de conscience du lieu social de chacun et d'une appropriation de sa propre force de travail et, par conséquent, de l'action, en s'assimilant en tant qu'acteur social. La découverte de la potentialité, la croissance de l'auto-estime, surtout en ce qui concerne les coopératives formées par des femmes, anciennes ouvrières d'usine ou maîtresses de maison, se manifestent à travers leurs discours : m ...depuis que I. est entrée dans la coopérative, toute discrète, elle s’'est mise à participer et à libérer toute sa potentialité » (Raquel), « Tu vois des gens se découvrir à travers le travail, des gens qui ne sortaient pas avant, ne faisaient rien. », ...«A partir de notre groupe, les femmes s'organisent davantage. » (Fernanda).
Il est curieux que la même liberté signalée comme la grande conquête du coopérativisme populaire apparaisse en montrant son autre côté, c'est à dire la responsabilité qui en découle : « ...dans une coopérative tu n'es pas employé, tu es patron, alors tu as toute une charge qui n'existait pas avant... même la question du gaspillage, parce que nous avons cette habitude atroce, quand tu travailles pour les autres, tu gaspilles ». Cela nous renvoie une fois de plus aux difficultés et aux conflits inhérents à l'exercice de l'autogestion analysées par Lourau.
Outre les difficultés subjectives, des questions extérieures s'imposent, telles que la bureaucratie pour la légalisation des coopératives et les difficultés financières pour l'achat d'équipements et d'installations physiques et matérielles. A cela, vient s'ajouter le manque d'argent des adhérents concernant les contributions au capital social : « Le problème c'est l'argent. Quand on en parle, tout le monde baisse la tête, on est déjà au chômage, on a des comptes à payer et en plus il faut placer de l'argent, alors là, ça se complique » (André). Ces facteurs empêcheraient l'institutionnalisation des coopératives populaires en tant qu'organisations sociales aptes à exister de manière affirmative sur le marché du travail brésilien.
Malgré toutes ces difficultés, la doctrine coopérativiste est soutenue par les adhérents et est représentée comme une juste division du travail et de la rente : «Le coopérativisme est venu essayer d'atténuer le décalage entre celui qui ne travaille pas et qui a plus et celui qui travaille et a moins ... c'est la division de la rente. » (Raquel,), « ... coopérative c'est un peu le socialisme, n'est-ce pas, c'est une société où tout le monde participe... tout est fait au clair» (Luiz Claudio). La doctrine coopérativiste est représentée aussi par les sentiments de coopération, de solidarité, de communication et d'objectif commun : « ...c'est aider, coopérer, être solidaire, c'est l'union, c'est tout partager à parties égales » (Antonia), mais cela représente aussi des changements dans la relation avec le travail : «...c'est ne pas avoir de patron (Juliana) »... comme adhérent, ton travail ne tient qu'à toi» (Mariana).
Le discours des adhérents révèle l'apprentissage personnel et la motivation pour l'action collective, présents surtout par la conscience qu'ils ont de la construction sociale de leur lieu dans les relations instituées et naturalisées dans le monde du travail. Le changement personnel se reflète encore dans l'auto-estime croissante, dans la manifestation d'attitudes de solidarité et dans l'acceptation de la différence.
Ces changements, aussi bien que la conscience de leur potentialité inaperçue jusque-là, re-si tuent le travailleur face à lui-même, à sa famille, au groupe, à la société et indiquent la construction d'un nouveau citoyen.
Jacyara Carrijo Rochael-Nasciutti
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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