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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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L’analyse institutionnelle au Brésil (42)

 

Entre le marteau du néolibéralisme et l'enclume de l'Etat

 

Quelques réflexions transductives sur des interventions socianalytiques au Brésil (5)

 

 

Récit d'interventions

 

 

Sans être aussi naïf que le gendre de Marx et espérer que la disparition de l'Etat entraîne la clôture de l'inconscient ou vice-versa, ni aussi dogmatique que les marxistes et espérer que l'Etat va disparaître de lui-même après la prise du pouvoir par l'avant-garde éclairée du parti unique, je vais tenter ici d'exposer quelques interventions socianalytiques menées au Brésil, aux formes très variées, allant de la supervision à la formation, des stages et ateliers intensifs à l'intervention classique, toutes faites en intime relation avec les mouvements sociaux instituants.

 

 

1) Avoir un bleu dans l'âme : douleurs et malheurs au Syndicat de la Prévision Sociale - Rio de Janeiro

 

 

Dans les années 90, nous réalisâmes deux expériences de sociodrame institutionnel avec une trentaine de militants d'une importante section syndicale à Rio correspondant à la branche de la Prévision Sociale. Ce secteur, durement éprouvé pendant des années de dictature, fut aussi remis en cause tout dernièrement, lors de l'application des politiques néolibérales par le gouvernement « populaire » de Lula, qui envisage de privatiser ce secteur à court ou moyen terme, suivant les diktats du FMI.

 

 

Le groupe, composé dans sa grande majorité de femmes, arborait une longue expérience de terrain, de grèves et de militance dans les rangs du PT (Parti des Travailleurs). J'évoquerai ici seulement quelques moments forts de la deuxième expérience, où nous avons analysé, à leur demande, la problématique de la santé publique brésilienne.

 

 

Ayant déjà appris quelques techniques sociodramatiques lors de notre séance précédente, le grand groupe plonge au cœur de la situation en montrant les différents acteurs subdivisés en plusieurs sous-groupes : le peuple malade, mourant dans les rues sans attention médicale et criant son désespoir ; les médecins hospitaliers, mal payés, lointains et dédaigneux ; les assistantes sociales, affairées et impuissantes, renvoyant les malades d'un coin à l'autre ; les politiciens, verborragiques et étrangers à la réalité populaire, emplis et déclamant de fausses promesses.

 

 

Une intense dynamique se met en jeu, jusqu'à l'apparition d’un mouvement de résistance, qui profère les mots d'ordre alors en vogue dans tout le pays : «Dehors FHC I (8) Dehors le FMI ! ». Les militants organisent une grosse manif au centre de la capitale pour exiger les droits à la santé. Je leur propose que le FMI et le gouvernement soient aussi représentés dans la situation qu'ils étaient en train de développer ; ce qui fut fait et deux nouveaux groupes prirent place, regard hautain et cartable en main.

 


Avec une grande joie, des cris et des poings en haut, la manif fonce dans la capitale. Tous solidement convaincus de la vérité et de la justice de leurs demandes, marchent et marchent jusqu'au moment où la rencontre avec le groupe FHC-FMI allait se produire. C'est dans ce moment précis de la confrontation finale, que quelqu'un dit, tout simplement : «Bon, c'est l'heure du café... » et la manif et la dramatisation se sont dissoutes...

 

 

La pause-café finie, nous démarrons la deuxième partie du travail, en questionnant et analysant tout ce qui avait été fait et dit. Tous concordent dans les scènes jouées, les moments forts, « c'est ce qui vraiment se passe dans la rue... c'est comme ça que les gens meurent...comment nous devons travailler.. »... et à ce moment, je fais une observation, me référant aux raisons pour lesquelles les deux sous-groupes (FHC et FMI) avaient été soudés en un seul et demandant pourquoi la manif s'était arrêtée au moment de la confrontation. Surprise sur tous les visages : personne ne s'en était rendu compte, c'était si naturel d'aller prendre le café...

 

 

Alors l'autogestion de l'analyse prend son ampleur. S'il était relativement aisé de répondre à la première question (« nous avons un gouvernement agenouillé devant la Banque internationale et c'est pour cela que nos politiques publiques sont si mauvaises et que notre peuple n'a pas une bonne santé »), il a été plus difficile de le faire pour la seconde question, surtout du fait que les participants n'avaient pas repéré le dénouement manqué de leur dramatisation. Peu à peu apparaît le vrai motif : au fond d'elles-mêmes [de la grande majorité des participantes], apparaît la terreur de l'Etat, la torture, la disparition des militants, les traces de la dictature militaire enfouies dans leurs inconscients, mais encore fraîches et agissantes ... les regards changent, les tons de la voix aussi... les souvenirs remontent vite, les angoisses aussi... Si, du point de vue de la dramatisation syndicale, le final avait été un acte manqué de confrontation au pouvoir, du point de vue de l'inconscient politique, c'était une totale réussite de la «raison d'Etat ».

 

 

(8)  Sigles de Fernando Henrique Carduso, alors du président du pays.

 

 

 

 

Alfredo Martin

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

 

voir aussi : http://journalcommun.overblog.com 

 

 

 

 

 

et : http://lesanalyseurs.over-blog.org

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