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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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L’analyse institutionnelle au Brésil (41)

 

Entre le marteau du néolibéralisme et l'enclume de l'Etat

 

Quelques réflexions transductives sur des interventions socianalytiques au Brésil (4)

 

 

 

Le trou noir de l'Etat inconscient

 

 

 

b) Un génocide invisible et quotidien en train de se/nous consommer (suite)

 


 

Donc, génocides silencieux, invisibles, prés de nous, en nous...perpétrés par les Etats et l'Etat inconscient...

 

 

 

Partons de la toute première définition du génocide, celle du tribunal de Nuremberg (rés. 96 du 11/12/46) : «Le génocide est le refus du droit à l'existence de groupes humains entiers... » ; enchaînons avec l'un des derniers rapports de l'ONU sur le sujet : « ...atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres d'un groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe, transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe...»(6)


Nous retrouvons là une signification plus large, subtile et complexe du mot génocide. Le juriste Lenkin, qui avait créé ce concept pour signifier l'holocauste juif par l'Etat nazi, n'a pas développé un aspect essentiel : en pareil cas, c'est l'Etat lui même qui liquide les groupes constitués par ses propres citoyens (7). Cette remarque de Temon, que nous faisons nôtre, peut nous permettre à la fois de mieux comprendre la reproduction du génocide en différentes sociétés et d'identifier plus clairement les responsables.

 

 

Ce n'est pas parce qu'on ne voit pas les victimes, les cadavres entassés ou la fumée des crématoires, que le génocide n'existe pas. Il n'est pire génocide que celui qu'on ne veut pas voir : depuis les indigènes de l'Amazonie, les 40.000 morts de faim dans les hôpitaux psychiatriques français pendant l'occupation nazie, en passant par les 30.000 disparus d'Argentine, jusqu'aux milliers de civils déplacés ou assassinés en Bosnie ou ceux d'Algérie ou d'Irak ; faut-il rappeler les victimes des irradiations atomiques de Tchernobyl, les campagnes de stérilisation massive dans le Tiers-Monde, la prolifération des transgéniques ou les massacres des enfants des rues au Brésil ?

 

 

Ce n'est pas une question de quantité de victimes, ni de techniques meurtrières utilisées : c'est bien une question de logique étatique, politique et économique, qui a le pouvoir d'exclure, de condamner à l'inexistence sociale, à la subsistance précaire, et, dans son paroxysme, à l'extermination physique totale.

 

 

Dans cet éventail de l'horreur, il y a des figures intermédiaires, plus proches de nous, que l'on n'a pas l'habitude de penser comme faisant partie du génocide, tels l'échec scolaire progressif (au Brésil, en 2002, 67,7% des citoyens ne comprennent pas ce qu'ils lisent...), le chômage irréversible, le déficit chronique des logements, la criminalité des enfants, la consommation massive de drogues, les catastrophes écologiques...Comme dans tout éventail, sous la diversité des scénarios, on trouve le même dessein, la même poigne.

 

 

Presque systématiquement, nous avons le même réflexe: c'est la faute au mauvais élève, au fainéant, au SDF, aux jeunes de banlieue, aux étrangers, etc. On attribue la causalité du phénomène à celui qui porte les symptômes et subit les conséquences de cette stigmatisation. C'est la logique de la terreur d'Etat, de l'Etat terroriste, la logique même des tortionnaires (si je te torture, c'est de ta faute, disaient les geôliers argentins), des bureaucrates (ce n'est pas de ma faute, je n'ai fait qu'obéir aux ordres), des complices (je ne savais rien, je n'ai rien vu) et des commanditaires (je ne regrette rien, je l'ai fait pour une cause supérieure). Qui parle là ? L'Inquisition ou la Saint Barthélémy ou l'empire ottoman, ou Hitler, Eichmann et Barbie, ou Massu et Aussaresses, ou Pinochet et Videla, ou Karadzic et Mladic, ou... Nixon et Bush ou ... quelqu'un d'entre nous, ou quelqu'un en nous, à travers nous ?

 

 

Peut-on empêcher la répétition des génocides ? Peut-on se défaire de cette machine-à-exclure aux multiples vitesses et visages ?

 

 

 

(6) Rapport Benjamin Whitaker du 2678/85, art. II. In Yves Temon, op.cit. p.44. Rapport Benjamin Whitaker du 26/8/85, art. II. In Yves Temon, op.cit. p.44.

 

 

(7) Bettelheim rappelle que « légalement, la création des camps de concentration s'appuyait indirectement sur la Constitution qui, dans son article 48, paragraphe 2, accordait au président les pleins pouvoirs en cas d'urgence. Von Hindenburg y recourut en 1933 pour promulguer une loi permettant les arrestations préventives. », op. cité, p. 62.

 

 

 

Alfredo Martin

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

 

voir aussi : http://journalcommun.overblog.com 

 

 

 

 

et : http://lesanalyseurs.over-blog.org

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