Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Entre le marteau du néolibéralisme et l'enclume de l'Etat
Quelques réflexions transductives sur des interventions socianalytiques au Brésil (2)
Le trou noir de l'Etat inconscient
a) Les exclus, citoyens de nulle part.... ou le syndrome des oiseaux d'Hiroshima
Ce que nous avons vécu, lors des réalisations du Forum Social Mondial à Porto Alegre, est que la situation internationale sous l'égide du FMI et de ses acolytes, devient de plus en plus génocidaire. Dans les labyrinthes des langues, cultures et mouvements, il n'y avait pas, cependant, de confusion babelique : nous tous, avions le même sentiment de ne plus pouvoir tolérer l'exploitation, la misère, l'exclusion, d'être dans la limite et de vouloir en finir avec les coups de marteaux du néolibéralisme.
Quand la situation sociale devient situation-limite, au sens de Bettelheim (4), vous êtes (vous vous sentez) poussés vers le vide. Rien de ce qui était votre vie jusqu'alors ne tient debout ; tout s'écroule, plus ou moins vite : boulot, santé, famille, logement, amis...Vous vous retournez dans tous les sens, et il n'y rien à faire : c'est le néant qui vous engloutit. Tout comme les oiseaux japonais après la bombe d'Hiroshima, vous ne trouvez plus d'arbre où poser votre nid. Le plus terrible est que maintenant :
Les oiseaux sont des millions, de toutes les couleurs, de toutes les tailles et de toutes les « citoyennetés » ;
Leur nombre est en train d'augmenter en progression géométrique, à un rythme vertigineux et irréversible ; les arbres, par contre, deviennent de plus en plus rares ;
Il est fort probable que, faute de nids, on assistera à la disparition de l'espèce, dans un délai indéterminable ;
On n'arrive pas à mettre la main sur le pilote du bombardier, ni sur le fabricant de bombes et encore moins sur les commanditaires des bombardements. Chose étonnante, ceux-ci, - par l'intermédiaire de ventriloques divers et variés (certains parlent toujours à 20 heures dans le petit carré abêtissant et idiotisant, d'autres utilisent la langue de feu avant les élections et la langue de bois après, ou font la sourde oreille ou dévient ailleurs leurs regards)-, ont l'habilité de nous faire croire que cette disparition programmée est ... de la faute des oiseaux!
La ventriloquisation médiatisée, renforcée par l'institution scolaire, religieuse et autres, finit par installer le ventriloque de la pensée unique néolibérale... bien au-dedans de nous, dans notre désir, dans notre sur-moi, cette infime parcelle de l'Etat inconscient...
Ce processus de culpabilisation massive, par lequel (implicitement ou explicitement), on attribue la faute à la victime, aux porteurs des symptômes, est l'un des premiers mécanismes excluants de l'Etat inconscient, dont nous essaierons, dans cet article, d'analyser quelques dimensions de sa logique.
(4) Bruno Bettelheim, Survivre, éd. Robert Laffont, Paris, 1979.
Alfredo Martin
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
voir aussi : http://journalcommun.overblog.com
et : http://lesanalyseurs.over-blog.org