Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Retour aux grandes figures
Le 1/01/2011 1 h 37
Voilà, c'est la nouvelle année, qu'elle nous conserve en bonne santé, qu'elle nous apporte énergie, volonté, réalisation de nos souhaits, de la douceur, de la tendresse et de la sérénité aussi un peu, pas trop.
Je suis un peu perdue, je ne sais plus quoi faire avec ces études, à force de dériver, je ne sais plus où j'en suis. Hier, j'ai lu le reste du cours sur le journal, sans prendre de notes, juste pour voir ce qu'il y avait dedans. J'ai parcouru également les leçons sur l'autodidaxie. J'essaie de trouver, d'éclaircir mon rapport à l'institution universitaire, mon refus de me dépêcher et de répondre à la commande, tout en ayant besoin de ce tiers pour avancer.
En parlant du fantasme de l'autoformation et du mythe du Phénix qui l'illustre, René Kaës dit « Dans cette perspective, la formation n'est pas un engendrement – littéralement inconcevable – ni une genèse, mais une création perpétuelle, sans origine, ni fin, sans rupture, ni commencement. » (1)
Il me faut au moins accepter de tenter de valider une matière à ce premier semestre et ce sera forcément celle des grandes figures de la pédagogie. Pourquoi? A cause du don d'Augustin qui a accepté mon absence de deuxième choix pour l'ouvrage à présenter. Le don appelle le contre don. J'avoue que c'est pour moi une sorte de Potlatch, un don antagonistique.
Nous sommes le 1er et il me reste donc 3 semaines pour tenter de terminer cette matière. Alors je fonce!
Avant de m'attaquer correctement à L'entrée dans la vie, je travaille sur le cours, les figures imposées.
Friedrich Daniel Ernst Schleiermacher (1768-1834)
1) Vie et œuvre (Jusque à # cette partie est la reprise de mes écrits du 4/12/2010)
Il est originaire de Breslau qui était une ville de Prusse (ce sont les accords de Postdam en 1945 qui la rattachèrent à la Pologne sous le nom de Wroclaw).
Ses parents, protestants, étaient particulièrement préoccupés par son éducation et souhaitaient privilégier la formation du cœur plutôt que celle de la raison. A l'âge de 15 ans, il fréquente l'internat de la communauté des Herrenhuter. Ce sont des luthériens, piétistes, poursuivant le mouvement initié par Comenius (1592-1670).
J'ai eu besoin d'aller chercher un peu plus sur ces différents éléments qui caractérisent son parcours. Mes références ne sont pas très universitaires puisqu'elles ont été glanées sur Wikipédia, elles m'éclairent tout de même un peu.
- la Prusse : c'est un territoire conquis par les chevaliers teutoniques et conservé sous leur ordre monastique pendant près de 300 ans. Il devient luthérien en 1525 sous la direction de la famille Hohenzollern (jusqu'en 1918). En 1701, Frédéric 1er se proclame Roi de Prusse. C'est un royaume qui n'a jamais fait partie du Saint Empire Romain Germanique. Schleiermacher naît sous le règne de Frédéric II. La Prusse est alors un royaume puissant qui tendra à s'étendre sur la Pologne. La Prusse a la réputation d'être un royaume guerrier.
- les piétistes : c'est un mouvement luthérien fondé par Philip Jacob Spener (1635-1705). Il s'oppose au formalisme des pratiques religieuses, il est ouvert aux laïques, et laisse les fidèles prendre la parole au cours des cérémonies. Il s'est particulièrement déployé à l'université de Halle où étudie Schleiermacher.
- Comenius : c'est un philosophe, grammairien et pédagogue tchèque (1592-1670). Il prône une réforme de l'éducation en vue de la démocratiser, une éducation tant théorique que pratique, un enseignement basé sur l'éveil de l'intérêt de l'élève.
Schleiermacher se forme donc chez les Herrenhuter de 15 à 19 ans. Il finit ses études de théologie à 22 ans à l'Université piétiste de Halle. Il devient prédicateur à 24 ans et reste à l'université de Halle jusqu'à sa fermeture par Napoléon. Durant cette période il découvre le romantisme et en devient un des hérauts. Avec son ami Friedrich Schlegel, il fonde le cercle romantique d'Iéna. C'est le premier romantisme allemand. Il y a une tentation de réaliser un système complet du savoir humain, une rédemption de l'humanité par la poésie, une écriture par fragments.
A 42 ans, il devient professeur à l'université de théologie fondée par Humboldt, à Berlin. C'est un établissement prestigieux tant par la renommée de ses enseignants que de ses élèves. #
Une des particularités de l’œuvre de Schleiermacher est qu'elle n'a pas été écrite par lui mais qu'elle est le résultat des notes prises par ses étudiants. Il était apparemment un grand orateur qui exerçait une sorte de fascination sur ses auditeurs.
2) Dialectique et herméneutique : les éléments structurels de la pensée de Schleiermacher.
· L'herméneutique : « c'est l'art de la compréhension et de la juste interprétation d'un texte. »(2)
Elle passe par la tentative de connaître tout ce qui a pu engendrer, influencer l'écriture du texte, vie de l'auteur, les concepts et la langue qu'il utilise, les livres qu'il a lu, les personnes qu'il a rencontré. L'herméneutique est une spirale qui aborde les parties pour comprendre le tout.
Schleiermacher donne un exemple de cet exercice dans son introduction aux dialogues de Platon (3).
Le terme d'herméneutique vient du nom d'Hermès, dieu de la mythologie grecque. Dieu du commerce, des voyageurs et des échanges, de la complexité, dépositaire des mystères de l'univers, médiateur entre les divinités et les hommes.
L'herméneutique est une question centrale chez Schleiermacher. Il est l'un des premiers à tenter de la théoriser, de l'enseigner. Cette préoccupation vient au départ de sa volonté d'appréhender le mieux possible les textes sacrés qui pour lui sont des textes qui doivent être analysés comme tous les autres textes. Elle s'étendra, par la suite à un intérêt pour les structures sociales et interpersonnelles de l'existence humaine.
Si l'herméneutique est un processus de compréhension du texte, elle présente également, pour Bernard Reymond, la caractéristique d'en accepter aussi son impénétrabilité. Cette caractéristique serait liée à la culture allemande (contrairement à la culture française qui tente d'expliquer tout).
· La dialectique : Schleiermacher exerce une dialectique selon sa conception originelle à la différence de Hegel et plutôt selon Platon, c'est à dire, l'art du dialogue et de la discussion en vue de la recherche d'une vérité. Cependant, à la différence de Platon, Schleiermacher ne considère pas cette vérité comme préexistante, elle se construit historiquement.
J'ai été tentée de me plonger dans les questions de dialectique, des différentes approches de celle-ci, de lire le livre de Gurvitch qui se tient en permanence sur mon bureau et que chaque jour, je renonce à lire pour travailler sur mes cours. A nouveau je m'abstiens pour avancer et valider cette matière.
Cependant, la lecture du cours m'a quand même permis de découvrir que la dialectique ne fonctionnait pas seulement en « triplette » comme je l'avais vu lors de l'étude de la séquence un du cours sur le journal. Découvert aussi que derrière les différentes approches de celle-ci, se dessinent des conceptions différentes de ce qu'est la vérité.
Je m'interroge aussi sur les liens entre herméneutique et dialectique. Toutes deux sont des méthodes d'approche de la vérité, de prise en compte des parties par rapport à un tout. En quoi consiste leur différence, est-ce que la dialectique ne contient pas en elle une part d'herméneutique ou l'inverse?
3) Schleiermacher théologien : la différence entre agir par religion et agir avec religion.
La conception de la religion de Schleiermacher est inspirée par le romantisme comme réaction à la dictature de la morale du siècle des Lumières. Pour lui, la religion est une vision et un sentiment.
Elle s'exprime dans l'acte lui-même et non simplement sur un plan strictement intellectuel, coupé de la réalité.
4) Les « Cours Magistraux » de pédagogie de l'année 1826
Sa conception de la pédagogie est qu'elle est au service d'un projet politique progressiste. En formant des êtres selon l'idée du bien, ils seront en mesure de participer à l'amélioration de la vie en société. Lorsqu'ils y participeront, l'éducation sera terminée.
Une éducation terminée? Que penser alors de la conception d'une éducation tout au long de la vie? Est-ce une question de définition de terme, éducation ou formation? Une question du rôle ou du statut des enseignants ou éducateurs? Il ne pourrait y avoir d'éducateurs que lorsque l'être humain ne participe pas encore à la vie politique et sociale?
Il accorde une importance primordiale à la pratique, la théorie n'étant utile qu'à l'alimenter ou la comprendre.
Il considère que « L'homme est un être qui trouve en lui-même la raison suffisante de son développement dès le début de la vie et jusqu'au point ultime de son achèvement. » et c'est à partir de là que doit se construire la pratique pédagogique et une réflexion sur l'éducation.
Les principes à retenir : - le soutien de l'idée du Bien exprimée par l'enfant ou l'adolescent, - la protection de la personnalité en laissant faire, - la réaction de l'éducateur quand les actions de l'enfant vont à l'encontre de l'idée du Bien.
Il y a chez Schleiermacher une éthique de la déclôturation ou peut-être un mouvement de va et vient entre le tout et les parties qui permettent de penser la totalité et la complexité. Cet auteur et le romantisme allemand ont à voir avec l'écriture du journal comme le précise Kareen dans son cours et j'aurais aimé approcher cela d'un peu plus près, mais le temps me manque.
Comme pour Rousseau et Montaigne, l'éducation n'a pas un but utilitaire précis mais le développement de l'être humain et sa participation à la société.
(1) René Kaës, Didier Anzieu et al. , Fantasme et Formation, Dunod, Paris, 1997, p16.
(2) Cours d'Augustin Mutuale, page 3.
(3) Notes prises au cours de la lecture de l'ouvrage de Bernard REYMOND, A la découverte de SCHLEIEMACHER, Van Dieren Editeur, Paris, 2008, pp 82-86.
Hélène M.