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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Journal d'Hélène M., un exemple de journal de formation pour la licence en Sciences de l'éducation à l'IED de Paris 8 (61)

De la dérive en formation

 

17 h 48 Schubert, Piano trio

 

La souris qui habite ma maison (s'il n'y en a qu'une) est une espèce résistante aux produits anti-souris. Elle grignote et se moque de moi. Il faudra bien un jour que je lui donne un nom si nous continuons à cohabiter ainsi.

 

Beaucoup de questions à la lecture de cette séquence dans laquelle je me suis plongée avec plaisir.

 

Avant d'y revenir, je voulais noter une de mes pensées sur ces études qui m'était venue pendant mon trajet de retour du travail. Comme à mon habitude, mon esprit vagabondait entre les Romantiques dont la pratique du journal des moments s'inspire, Schleiemacher (sur lequel je me suis arrêtée de travailler car, justement, je n'avais pas assez d'informations à ma disposition sur le romantisme, le protestantisme), la psychosociologie, les groupes.... Je me suis rendue compte que pour moi, tous ces sujets faisaient sens, se liaient entre eux pour rejoindre mes appétits, mes besoins pratiques. Alors je dérive entre eux, sans me soucier des exigences du temps de validation, j'avance sur un chemin qui est le mien, que j'invente à chaque instant. J'ai repensé à la théorie de la dérive de Guy Debord mais qui s'appliquait à un mode d'exploration géographique, urbain. J'ai le sentiment que cette attitude est celle que j'utilise dans mon accès au savoir et de mon rapport à cette plateforme à l'intérieur je dérive régulièrement en allant par exemple sur les anciens forums. Il dit :

« Entre les divers procédés situationnistes, la dérive se définit comme une technique du passage hâtif à travers des ambiances variées. Le concept de dérive est indissolublement lié à la reconnaissance d’effets de nature psychogéographique, et à l’affirmation d’un comportement ludique-constructif, ce qui l’oppose en tous points aux notions classiques de voyage et de promenade. » (1)

 

J'ai deux ou trois fois relu mon journal de formation et effectivement, je dérive tout en gardant des points de fixation qui ne doivent rien au hasard.

 

Il y a des matières qui m'intéressent. Discours et construction du sens en est une. En plus l'enseignement est vraiment de qualité. Mais je n'arrive pas à me concentrer dessus car il est hors de ma dérive actuelle.

 

Temporalité chez l'enfant et l'adolescent est une erreur de choix à corriger l'année prochaine.

 

Questions sur l'éducation est une dérive à elle toute seule, je m'y consacrerai totalement l'année prochaine.

 

Reste qu'une dérive doit avoir un début et une fin et j'ai été stupéfaite par la manière dont E. a pu mettre fin à son journal des images aujourd'hui. Elle dit : « Comme dans les débats télévisés, je trouve la fin meilleure lorsqu'elle est un peu abrupte et qu'elle laisse la porte ouverte » et aussi « Je déclare donc ce journal fini en remerciant tous ceux qui m'ont lue.

Salut ! »

Je n'arrive pas à concevoir cela, j'hésite entre l'admiration et la révolte mais je ne sais encore pourquoi. Peut-être le saurais-je lorsque j'aurais fini L'entrée dans la vie....

 

Elle écrit aussi quelque chose de très intéressant sur le transfert : « Ce n'est pas le lieu et je n'ai pas les moyens de le faire, mais, dans la suite de ce lien avec la psychanalyse, la question du "transfert" s'est posée pour moi dans la rédaction du journal. C'est une question qui m'avait déjà fortement intéressée pendant ma formation d'éducatrice spécialisée : le transfert (ou l'affect) dans la relation éducative asymétrique, très en lien avec les images je trouve. Plus que les forums du cours des images, le fait de pouvoir partager régulièrement les pages de ce journal avec le petit groupe de l'EC Journal et d'en recevoir des retours m'a permise de ne pas être dans une relation unique au lecteur enseignant, cela m'a beaucoup facilitée l'écriture et le "lâchage"… »

 

Je ne m'y connais pas assez en matière de psychanalyse mais il est vrai que je ressens ce journal destiné à être lu comme un dispositif permettant l'émergence de la parole, comme l'est le divan, ou en référence à Lapassade, les « analyseurs » libérateurs de la parole sociale. Mais le journal est-il le dispositif à lui tout seul ou est-ce que la plateforme et notamment ce groupe de pratique du journal n'est-il pas là pour le compléter? Le journal serait le divan et la plateforme l'analyste?

 

Je prends maintenant conscience que ce groupe de journal va s'éteindre et ça me rend triste. Pas seulement triste. Je trouve que c'est un bon dispositif pour les matières dont l'outil de validation est le journal. Il faudrait que cet espace existe en permanence, avec des groupes qui durent sur une année.

 

Revenons à cette séquence 4.

 

Des questions donc :

- ou classer le journal que j'écris pour cette formation? C'est un journal de lecture mais ce n'est pas que ça. Il y a un lien avec le journal d'itinérance pas tant dans la méthode en 3 phases mais dans l'esprit du journal brouillon où tout se note. C'est aussi un journal intime car il est révélateur de mon rapport au savoir, il révèle l'intimité de mon parcours formatif. C'est un peu un journal institutionnel dans les passages rédigés sur les enseignements, les retards administratifs.

 

- l'intimité : qu'est-ce qui relève de l'intime? J'ai commencé à regarder dans le dictionnaire et dans le Vocabulaire technique et critique de la philosophie (2) mais je ne m'y suis pas réellement penchée. C'est à travailler. Dans les forums reviennent en permanence cette question, « mes écrits sont-ils trop intimes? ». Est-ce une notion précise? Est-ce que l'intime n'est pas tout simplement ce que le considère comme tel? Il y a un lien avec le caché aussi, dans cette notion d'intimité. Parler de sexualité, de sa sexualité peut être considéré comme de l'intime pour certains et non pour d'autres et je pense aux combats ou revendications des mouvements homosexuels.

 

- le romantisme, Schleiemacher, la théorie des moments : c'est pour moi comme un horizon. C'est loin mais mon regard s'y fixe. Je m'en rapprocherai, à mon rythme.

 

- la dissociation : elle est évoquée dans la partie sur le journal des moments. Au début de mes études, j'ai dissocié mes journaux intimes mais je viens de décider de les regrouper. Autant j'estime que ma formation, mon travail ou mon militantisme puissent avoir leurs propres lieux, autant en ce qui concerne le reste de ma vie, mes amis, mes amours, ma famille, mon jardin, ma maison, mon corps et mon fils sont des éléments indissociables. Écrire de manière séparée en ce qui les concernait me coûtait, je n'avais plus de plaisir à écrire, c'était devenu une contrainte que je m'imposais. Il me faudra analyser cela, mais pas maintenant. Là, juste, je suis fatiguée, j'arrête!

 

(1) Guy Debord, Théorie de la dérive,  http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article38

(2) André Lalande, Puf, Paris, 2006.

 

Hélène M.

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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