Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
8 h 28
Le jour se lève, il pleut, les températures remontent, la neige fond. Si je ne peux aller marcher, j'irai à la piscine, vers midi quand il y a moins de monde.
J'ai imprimé mon journal de formation. 56 pages! J’essaierais de le relire durant la semaine pour voir ce qui va et ce qui ne va pas.
Passons à la psychosociologie et à la lecture de Lapassade.
Groupes, Organisations, Institutions
Chapitre III : Les organisations et le problème de la bureaucratie. P 65-161
« J'appelais donc organisation sociale une collectivité instituée en vue d'objectifs définis tels que la production, la distribution de biens, la formation des hommes. » (1)
L'étude des organisations est plus récente que celle des groupes et elle s'est centrée surtout sur le phénomène de la bureaucratisation. Or, pour l'auteur cette approche masque le problème politique que présentent les organisations.
1) Un problème politique (p 66-99)
Cette partie commence par évoquer l’État de Hegel. En fait, c'est à partir de ses positions que les autres penseurs se différencieront.
Hegel, dialectique, rejet de Montaigne de la dialectique, Schleiermacher, Henri Lefebvre, la théorie des moments, le journal.....et là, je me dis « attention, danger, risque de dispersion ! ». Je ne peux m'empêcher d'aller chercher un peu ce que dit Hegel de l’État. J'ai recours au livre de Jeanne Hersch, l'étonnement philosophique. Une Histoire de la philosophie. (2)
Toute l’oeuvre de Hegel s'appuie sur la dialectique et ses exposés fonctionnent par triade. L’État est la synthèse de la partie qui traite de la réalité morale et sociale composée de la famille (thèse), la société des citoyens (antithèse). « Pour Hegel, l'Etat est l'aboutissement du développement historique tout entier. Il a la conviction que c'est l'Etat qui garantit que l'histoire universelle accomplira sa vocation finale, à savoir l'actualisation de la liberté. » (3)
Je m'arrête là sur Hegel et la dialectique sinon je vais encore me laisser aspirer. Retour à Lapassade.
L’État est l'aboutissement de la maturation politique, c'est en quelque sorte la fin de l'Histoire (j'espère ne pas commettre d'erreur). L’État, c'est la société bureaucratique, celle qui concilie les opposés, une nouvelle aube destinée à s'étendre.
14 h 33
- Marx
Marx analyse la bureaucratie à partir de 3 niveaux : la position d'Hegel, l'analyse des bureaucraties asiatiques, l'analyse de la bureaucratie industrielle.
→ Marx prend le contrepied de Hegel dans sa présentation de la bureaucratie. Il dit que sur ce sujet, ce n'est pas une présentation philosophique mais sociologique, qui part de l'observation de la réalité.
De plus c'est une sociologie pro-bureaucratique. Lapassade présente cette position (4) comme hégélienne dans le sens où Marx oppose une non-philosophie à la philosophie et donc comme sa négation. C'est le 2ème élément de la triade dialectique.
Marx part de la description que fait Hegel de la bureaucratie d’État : des bureaucrates, recrutés par examens, salariés de l’État et qui forment une classe moyenne. Une classe qui est l'intermédiaire entre la société civile et l’État.
Marx, lui présente cette bureaucratie comme une forme, alors que la société civile est réelle. Il se moque de Hegel en disant que sa bureaucratie c'est le Christ envoyé par Dieu/le prince.
Marx dit que la société civile possède sa propre bureaucratie qui sont les corporations. Parfois l’État, lorsqu'il veut se faire sa place, lutte contre les corporations, mais lorsqu'il est installé, il les défend, car leur esprit est aussi le sien. C'est la bureaucratie. Les corporations sont des bureaucraties inachevées, L’État, lui, est achevé.
Alors que Hegel pense que l’État est l'avènement de la rationalité, Marx dit que le réel montre le contraire et que deux logiques coexistent, celle de la bureaucratie et celle de la réalité. A l'intérieur même de la bureaucratie, il y une contradiction entre le spiritualisme vide et le matérialisme des fonctionnaires dans leur course carriériste.
Marx critique les protections illusoires élaborées par Hegel contre les défauts de la bureaucratisation. De l'analyse hégélienne, il ne retient qu'une chose : « le véritable esprit de la bureaucratie, c'est la routine administrative » (5), c'est le contraire de la raison.
16 h 04
Ce chapitre est d'une lecture difficile. On rentre dans la pensée de Marx et sa critique de Hegel.
D'un autre côté, c'est très stimulant. J'y retrouve des questions que je me posais par rapport à l’État. Dans les mouvements militants auxquels j'ai participé beaucoup sont pour la défense des services publics et certains, souvent communistes, pour le service des grands services publics étatiques. Or c'est une position qui m'a toujours effrayée. D'une part car j'ai toujours ressenti l’État comme une machine qui use de la violence et qui, on le voit maintenant avec une clarté redoutable, sert les dominants. D'autre part, j'aime cette idée du service public comme non soumis aux intérêts marchands. Ce passage m'a permis de me poser la question aussi de la tendance actuelle de notre société. L’État est en train clairement de casser sa fonction publique, sa bureaucratie. Tout en développant sa puissance, il se coupe de son principal outil. J'y vois là comme une contradiction. Alors que la gauche, celle qui se revendique encore de Marx, s'alarme du rétrécissement de sa bureaucratie, c'est la droite qui la détruit. Cela me fait penser à un événement qui s'était déroulé durant la campagne contre le TCE. Les socialistes avaient organisé un vaste meeting et ils étaient particulièrement heureux d'annoncer la participation de Tony Negri qu'on ne pouvait accuser d'être un « social traître ». Tony Negri avait donc exprimé sa position à la tribune en faveur du TCE, position basée sur le fait que le TCE signait l'arrêt de mort des États. Son speach c'était terminé par un « A mort l’État » qui avait laissé le public plus que stupéfait. J'en ris encore.
Quand je pense que Negri, Lapassade, Lourau enseignaient à Paris 8 dans les années 80 alors que moi, je faisais mes études de droit à Paris 13, je mesure tout ce que j'ai raté !
(1) P 65
(2) Jeanne HERSCH, L'étonnement philosophique. Une histoire de la philosophie. Folio, essais, Gallimard, Paris, 1993, 460 pages. Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770- 1831) p 258-279.
(3) P 275.
(4) C'est en fait le point de vue, repris par Lapassade (page 68) de Handshut et Mayer, éditeurs des oeuvres de jeunesse de Marx.
(5) p 70.
Hélène M.