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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Journal d'Hélène M., un exemple de journal de formation pour la licence en Sciences de l'éducation à l'IED de Paris 8 (13)

L'entrée dans le journal appliqué

 

Message posté sur le forum :

Je suis Hélène M., 48 ans, un fils de 24 ans et je vis en province. Professionnellement, je suis assistante sociale dans un hôpital psychiatrique.

Mon premier contact avec le journal a été avec celui de ma grand-mère qui avait eu besoin d'écrire durant l'exode de la Seconde Guerre mondiale. C'était sur un cahier à lignes, couvert d'une écriture vive et penchée comme les écritures "d'avant". Je n'ai jamais réussi à tout déchiffrer. Des fois je le sors, l'ouvre comme un objet précieux en me disant qu'il faut absolument que je ne le perde pas.

Alors je lui trouve une super cachette et je peux, un ou deux ans après, passer des heures à le chercher en me maudissant.

Je tiens un journal depuis 2002. Commencé pour pouvoir mettre à distance, observer et conserver mes moments de vie. Je n'ai pas beaucoup de mémoire, alors ça me sert beaucoup. Je le tiens sur ordinateur.

Militante dans l'éducation populaire, j'avais commencé en 2005 à tenir "un petit journal de campagne" lors de la campagne contre le Traité Constitutionnel. Mais l'hyper activité de cette période ne m'avait pas permise de le continuer.

Il y a deux ou trois ans, je suis tombée sur l'ouvrage de Remi Hess (il faudrait que j'aille voir dans mon journal comment ;-) ) et j'ai eu l'impression d'avoir trouvé ma famille. Dans la vie, il y a des moments magiques. On est dans le quotidien, la vie s'écoule, comme ça, sans qu'on y prenne garde et puis, une petite lumière s'allume et on découvre qu'il y avait des pans entiers de la pièce où on se trouvait et qu'on n'avait pas vu. Et d'un seul coup, le monde est plus grand mais aussi plus accessible. Une fenêtre s'est définitivement ouverte.

J'ai alors commencé par tenir plus consciencieusement mon journal et depuis 2 ans, j'ouvre d'autres journaux. Un second sur un échange e-mailien tenu avec un ami, qui s'avère être aussi un journal de lecture puisque s'y trouvaient des comptes-rendus d'ouvrages allant du "Nietzsche" de Deleuze à "Le délire et le deuil " de Jacqueline de Segonzac (le journal d'une personne atteinte d'une psychose maniaco-dépressive) en passant entre autre, par "Ecriture et folie" de Monique Plazza et "la souffrance à distance" de Luc Boltanski. A cette occasion, et en travaillant plus particulièrement sur le chapitre de la topique esthétique, Boltanski, en évoquant le dandy Beaudelerien dit "que c'est celui qui se regarde voir", et j'ai trouvé que c'était une jolie formule qui pouvait aussi s'appliquer à ce que je faisais dans mon journal. C'est un journal écrit à la main, avec des collages qui peu à peu s'y sont incrustés, des mails collés, des reproductions de tableaux ou de statuts de Dionysos ou de la vierge (on est passé par là aussi). Bref, au fur et à mesure, j'ai développé ma petite technique.

Cette année, j'ai ouvert un journal quand a débuté la campagne contre la réforme des retraites que j'ai tenu jusqu'à maintenant. C'est un journal écrit à la main, car j'y prends mes notes de réunions, y colle des articles de presse, des dessins du Canard ou de Charlie, mes réflexions sur ce qui s'est passé et peu à peu les problèmes ou les questions de tenue du journal de campagne. Tout ça doit bien peser deux kilos, et mes collègues du collectif se marrent quand je le sors, certains m'envoient des articles à y coller. C'est un journal populaire. Des fois, quand on prépare des actions un peu à la limite de la légalité, ils me disent "ah non, ça tu ne le marques pas dans ton journal" Mes journaux ne sont peut-être pas très fouillés intellectuellement, mais ce sont des jolis objets qui pèsent dans la main. J'imagine déjà, mes arrières petits enfants, les trouvant dans un grenier poussiéreux, riant de mes bêtises mais peut-être aussi émus de ce petit moment d'histoire dont ils sont la continuation.

Une amie, nouvelle doctorante à Paris 8, m'a, il y a 15 jours, prêtée "Poser le sac" de Christian Verrier (1), et là, je me suis effondrée devant sa qualité. Je ne l'ai pas encore fini, pour cause de militantisme forcené et de début de L3, et d'emploi salarié et de jardin (mon pauvre jardin) mais, il est là, en bonne place.

Par contre, au fur et à mesure, je m'aperçois d'absence totale de méthodologie, j'ai pas d'index ou de mots clés, et l'absence de vis-à-vis me bloque dans mon évolution.

Si je me suis inscrite à Paris 8, c'est à cause du journal. Je voudrais tenter de développer des journaux militants, qui ont apparemment déjà existé, pour que les savoirs militants ne se perdent pas. Ils sont d'une telle richesse, toutes ces expériences qui s'en vont comme ça, dans le néant. Et puis les journaux militants sont des journaux de lieux. C'est l'histoire, à un endroit.

Je suis trop longue, veuillez m'en excuser, mais je suis tellement contente de commencer que je n'ai pas pu m'en empêcher.

À très bientôt,

Hélène

 

(1)  Christian VERRIER, Poser le Sac, journal de grève 1995, Presses Universitaires de Sainte Gemme, 2006

 

Hélène M.

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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