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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Grandeur et misère de Georges Lapassade (16)

CONCLUSION

 

 

Il ne faut pas seulement parler des exclusions de Lapassade, comme le fait Vincent de Gaulejac, mais aussi de sa popularité. Les deux sont aussi grandes l’une que l’autre.

 

Lapassade est un beau cas pour étudier le succès quasiment oratoire de quelqu’un. Qu’est ce qui lui assurait ce succès ?

 

La réponse est claire : l’intensité de son engagement dans la voie qu’il a choisie, qui peut se résumer en quelques points faciles à repérer.

 

Il y a la Faculté de Vincennes à Saint-Denis. Il y vit presque en permanence. Il y couche. Après sa mise à la retraite, qui a été pour lui une vraie catastrophe, il vit dans une maison qu’il a achetée face à la Fac. Il est à la Fac tous les jours. Les étudiants donc le voient sans cesse, sont habitués à le voir. Son franc-parler leur permet d’aborder avec lui n’importe quel sujet. Il y a ses disciples et amis, qui l’adorent littéralement et qui lui pardonnent les rebuffades, qu’il leur fait subir sans cesse. Sans le vouloir explicitement, il instaure une sorte de vie communautaire, dans laquelle sont englobés non seulement des Français mais des Maghrébins, vers lesquels il se sent attiré. De plus il fréquente beaucoup les milieux dirigeants de la Fac, ce qui lui assure une sorte de pouvoir occulte, que redoutent ceux qui s’opposent à lui. Enfin, il s’occupe des jeunes de la ville de Saint-Denis, s’intéresse au Rap, à la Techno, etc. Tout ceci lui confère une surface sociale considérable.

 

Ses intérêts intellectuels ne sont pas pour rien dans sa popularité. Les phénomènes de transe, le chamanisme, l’hypnose deviennent sa préoccupation constante et contribuent à créer autour de lui une aura de mystère, qu’il entretient avec plaisir. Il voyage, se taille une audience en Italie. Ce personnage hors du commun, qui semble rejeter toutes les valeurs ambiantes, ce qui est une illusion, fait converger vers lui toutes les déviances et toutes les révoltes.

 

Au fond, il est exactement le contraire de ce que pourrait nous faire espérer l’analyse institutionnelle, c’est-à-dire quelqu’un de totalement centré sur la vie institutionnelle, son organisation et son fonctionnement. Profondément, il se moque de l’institution, qui a fait ses «choux gras» pendant longtemps et assuré sa réussite universitaire. Quand le Laboratoire de Changement social veut l’interviewer, il souhaite surtout qu’il parle de l’«analyse institutionnelle». La déception est grande, quand il refuse de le faire.

 

Peut-être, derrière cela, y a –t-il quelque chose de comparable à ce qu’a réalisé Pierre Bourdieu, lui aussi d’origine béarnaise et populaire. Il faut se faire reconnaître par l’intelligentzia et quoi de mieux pour y arriver que de lui déclarer la guerre ? L’analyse institutionnelle est une machine de guerre, censée débusquer derrière toute vie institutionnelle des machinations secrètes. Cela mène au Collège de France et à la reconnaissance par ceux qui représentent la « Sociologie » et qui vous proposent un entretien solennel. C’est un bon tour joué à cette société.

 

Mais cela permet aussi d’exister. Bourdieu, qui considérait la culture comme l’arme des riches, a pu écrire des livres entiers sur elle et par exemple sur Pascal, ce qui l’a nourri. Lapassade laisse l’« analyse institutionnelle » à ses disciples les plus appliqués et lui-même s’ébat dans une Fac où il fait ce qu’il veut. Il réalise finalement ce qui était un des buts du mouvement de l’émergence du sujet : vivre librement et selon son inspiration.

 

 

Michel Lobrot

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

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