Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
À ce moment-là, Georges s´impose comme l'interviewer – ce n’était pas moi - celui qui vit son interview à la fois comme une contribution possible à l’histoire mais aussi comme la praxis particulière d’un individu défini par son aventure historique et personnelle au sein d’une histoire qu´il insiste à faire.
Georges raconte que ces activités ethnologiques sont sur le terrain de la macumba. Son séjour à Rio est décrit dans le livre Les Chevaux du Diable (Lapassade, 1974). En 1970, il écrit avec le sociologue Marco Aurélio Luz, O segredo da macumba. C´était de l'ethnographie des rites de possession.
Au Brésil, à ce moment, un travail en cours indiquait déjà les grandes lignes de la cartographie institutionnaliste. Je me réfère aux travaux de Célio Garcia, de Belo Horizonte, de Chaim Katz et de Marco Aurélio Luz, de Rio de Janeiro.
A cette époque-là nous étions au Brésil au moment de la dictature. Dans la décennie 70, au Brésil, on trouvait aussi bien des mouvements qui essayaient d’institutionnaliser la violence institutionnelle, par la torture et les exécutions, que des mouvements instituants, avec l’entrée en scène, comme le dit Eder Sader, de personnages qui s`efforçaient de forger de nouveaux espaces de liberté. Parmi ces forces de la non-conformité, je cite la Théologie de la Libération et la pédagogie libertaire de Paulo Freire (1974 ; 1976), ainsi que les mouvements des favelas contre une idéologie ségrégationniste qui cherche jusqu’à nos jours à criminaliser la pauvreté (L.Ozorio, 2001).
Georges savait qu’il y avait une dictature. Mais, comme il a dit « ... je ne me contrôlais pas du tout. À Bahia, il y avait Guy Palmade et Jacqueline Palmade qui sont des psychosociologues français. À Bahia, ils étaient là avec moi. Je me souviens d’un rituel d’une femme en transe. Elle avait plumé vivant un pigeon et elle l’a dévoré cru et vivant. Palmade a été dégoûté par ce spectacle. Je savais qu’il y avait la torture, mais je n’avais pas peur. Il y avait beaucoup de crimes. Des journaux grand public rapportaient notamment l’assassinat d’un homosexuel. Il y avait un rapport avec la mort. J’ai écrit un journal de mon rapport un peu terrorisé à la société en général, à l’ambivalence de l’époque. Je me croyais, moi-même, envoûté de quelque chose comme ça. J’avais des maladies bizarres. Je ne pouvais pas m’en sortir. J’avais l’impression d’être fiévreux» (Ozório, 2005 :29).
Une grande partie de son cauchemar, comme il définit ces expériences, font partie, de son livre-roman Le Bordel Andalou (Lapassade, 1971). Il regrette de l´avoir publié comme un journal d’ethnologue. Comme il explique « Le Bordel Andalou était au départ une histoire maghrébine. Mais comme la partie Maghreb ne suffisait pas pour constituer un volume entier, j’ai ajouté la partie la plus importante qui était mon journal de Rio, en 1970, avec la transcription de mon exclusion à ce moment-là, vers octobre, du Living Théâtre. Ils m’ont accusé d’être un psychosociologue, voyeur, qui n’était pas vraiment intégré au groupe, et qui était là seulement pour l’observer. À mon avis, cela n’a pas été le cas. (Ozório, 2005 : 29).
Georges parle de la douleur de cette exclusion, de sa solitude à Rio. Il a continué à fréquenter les « terreiros » où il consommait la maconha-marijuana et aussi la cachaça. « Je me souviens d’un jour, dans une favela, où je suis allé dans un centre d’umbanda, animé par quelqu’un qui se présentait comme Exu Mangueira, le « pai de santo » local. Je suis tombé, j’ai perdu pied, je me suis effondré, j’ai eu un évanouissement très bref, dû aussi à la consommation de maconha et de cachaça ». (Ozório, 2005 :30)
Georges se réfère à une « maladie » dont il a souffert à Rio, en rapport avec son expérience de la macumba. D’ailleurs, les titres des différentes parties du journal qui figurent dans le Bordel Andalou sont Exu, Abaluaê. Abaluaê est une entité religieuse du panthéon de l’umbanda qui a un rapport avec le cimetière …Il raconte que le jour des morts, on sentait une odeur de cimetière dans les « terreiros » de l´umbanda qu´il fréquentait. Cela il l’a écrit dans ce journal.
Ces états étranges qu´il a expérimenté, étaient la manière radicale de faire l´expérience de plusieurs mondes qui le traversaient. Ce funambule, comme l'appelait René Lourau, était en équilibre toujours provisoire. Ces approches ethnologiques au Brésil montraient que s’impliquer sur un terrain, c’est aussi se dissocier. Un monde transite (la transe) par une multiplicité des mondes qui se présente transductivement devant nos yeux, ceux qui nous habitent et ceux qui habitent le monde. Devant la perte des repères et des références, de la fin de certitudes, le moment dissociatif vécu montre d´une manière frappante le mystère de la diversité de mondes (Lapassade, 1998 ; Garfinkel, 1967).
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Transmis par Lucia Ozorio
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