Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
La Fac ici et maintenant (Extraits d'un journal de route) (suite)
Je n'ai pas lu suffisamment Harold Garfinkel et je ne trouve plus le temps pour le lire. J'ai reçu ce matin la brochure consacrée aux « Arguments ethnométhodologiques » que déjà, samedi soir, Yves Lecerf m'avait apportée dans mon île. J'ai eu seulement le temps de parcourir quelques articles, surtout ceux de Louis Quéré, de Patrick Pharo, de Renaud Dulong et de Bernard Conein, tous excellents.
C'est une lecture difficile. Elle demande une capacité de réflexion intense qui me manque en temps ordinaire, et surtout à la fac. En même temps, j'ai l'impression que mon activisme, ma façon de pratiquer l'analyse institutionnelle et d'en faire un journal, est à contre-courant de ce nouveau formalisme. C'est surtout la déconstruction de la sociologie traditionnelle par les ethnométhodologues qui m'intéresse. Mais je vois bien qu'on ne peut pas s'emparer facilement de notions centrales comme celle de l'indexicalité, sans se changer soi-même par cette ascèse intellectuelle que Garfinkel, après Husserl, semble exiger de ses lecteurs. (...)
Comme chaque jour, j'ai beaucoup de mal aujourd'hui à trouver le temps d'écrire mon journal. Dès que j'arrive à la fac, je suis happé par les activités du jour.
A 11 heures, j'étais dans l'antichambre de Frioux où, à ma grande surprise, Elsa m'annonçait que je pourrais le rencontrer immédiatement, sans rendez-vous. En attendant d'être reçu. J'ai rencontré L., maître-assistant au département d'économie, et qui fait tout son service, en ce moment, dans la formation du «monde européen». II est un exemple de ceux pour qui « la réorganisation de la fac », comme il disait lui-même, est l'occasion de trouver une interdépendance, d'aller enseigner là où ils le souhaitent, avec des gens ou des équipes qui leur conviennent. Il s'est spécialisé dans l'histoire des faits économiques ; son vrai milieu universitaire, dit-il, est celui des historiens. La réforme lui donne l'occasion de les rejoindre.
Je venais parler à Frioux de la situation dans la formation P.C.S., sans projet bien précis, simplement pour lui rappeler que la situation n'est pas très bonne depuis la démission de Mme Bourguignon (avant sa démission, d'ailleurs, ça n'allait guère mieux, le climat était très tendu, le travail d'équipe était impossible). J'ai dit à Frioux qu'après avoir souhaité que cette formation P.C.S. soit dirigée par un enseignant de psychologie, j'en suis venu maintenant à la conviction que ce n'est pas la bonne solution : que si on confie à nouveau la direction de P.C.S. à un psychologue, il va, presque inévitablement, transformer P.C.S. en DEUG de psychologie « ancien régime », géré par le département de psychologie. Ce sera alors un retour à l'ancien système, même avec, en contre-feu, une « sortie DEUG de sociologie » après les deux années de formation (et pas seulement le DEUG de psychologie).
J'ai proposé alors qu'Alain Coulon soit nommé Directeur de cette formation. Mais Alain refuse et me renvoie la balle. Frioux dit qu'on ne peut pas « décharger » Alain, comme je le proposais, de ses tâches plus centrales, et qu'il doit avoir aussi du temps pour travailler à sa thèse... Tous deux pensent que je pourrais diriger P.C.S. Comme d'habitude, je n'en suis pas convaincu : dans ces cas là, je suis toujours retenu par un sentiment très fort, mais probablement peu, apparent, « d'infériorité » ou « d'indignité ». (...)
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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