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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (89)

26 mai

 

 

Venant ici, ce matin, je réfléchissais à mon travail, en même temps qu'à celui d'Odile et d'Abdelatif, sur les écrits de leurs étudiants. C'est une recherche de forme assez classique, finalement : elle s'appuie sur les textes écrits pendant une UV d'expression écrite et orale, avec un « guide », inspiré d'un plan de recherche qui figure quelque part dans mon Journal sous la forme de propositions pour un numéro des Pratiques de formation. Je proposais d'étudier la « carrière » des étudiants de premier cycle à partir de leur décision d'entrer à l'Université Paris VIII : pourquoi ce choix, puis le premier contact avec l'institution, l'inscription, les premiers semestres, le bilan d'orientation...

 


Le projet de recherche,- qui s'accompagnait d'une autre proposition, pour analyser la mise en place du dispositif des DEUGS rénovés -, je ne l'ai pas mis en œuvre moi-même : j'ai pu conseiller, parfois, Abdelatif et Odile dans leur travail, mais pendant ce temps j'ai fait autre chose : j'ai écrit un Journal que j'intitule « Journal de recherche » comme s'il accompagnait une « recherche » faite par ailleurs, comme le journal de route de l'ethnologue est un complément du travail qu'il fait sur le terrain.

 

 

Mon Journal « de recherche » n'est que la chronique très subjective d'une histoire, celle d'une année à l'Université Paris VIII, avec ma propre histoire dans cette institution. Une idée sous-jacente est qu'il n'est pas possible d'éviter la subjectivité de « l’observateur », surtout quand il est presque continuellement un « acteur ».

 

 

L'autre jour, après notre réunion de l'équipe «Transitions», nous sommes partis à la recherche d'une «marguerite de corps 15 » nécessaire au tirage de ce journal. Celle que nous avons trouvée, finalement, avait un petit défaut à la lettre J :


- C'est plutôt gênant, m'a dit Colette à ce moment là, je suppose que c'est la lettre la plus fréquente dans ton journal !

 

 

En effet ! Mais comment l'éviter, si le parti pris, proche d'une certaine posture phénoménologique est d'écrire à partir d'une expérience de la conscience dans le monde?

 

 

A ce parti pris de subjectivité s'en ajoute un autre, qui le complète et l'exaspère en même temps : je considère que la « transe » est un moyen de connaissance. Le mot « transe » est employé pour désigner l'ensemble des «états modifiés de conscience». Par exemple :


 

-  Celui qui écrit (son journal, ou tout autre texte), est dans un état modifié de conscience, mal connu, assez peu étudié ;

 

 

-  J'utilise mes rêves comme des indicateurs d'implication, (expression que je forme ici pour la nécessité de l'exposé) : le travail du jour ne s'arrête pas quand je m'endors, il continue, et le rêve parle, en un langage plus libre, de mes implications et préoccupations de la veille. C'est pourquoi j'analyse souvent mes rêves pour surveiller mon activité de recherche.

 

 

-    Dans la journée, souvent, et en particulier quand l'assiste à des réunions, il m'arrive de pratiquer la règle psychanalytique de « l'attention flottante » : c'est-à-dire une forme d'écoute qui est une « transe » ;

 

 

-    Certaines de mes interventions s'adressent à la vie imaginaire des gens ;

 

 

-    Je suis persuadé que les groupes, et surtout les assemblées sont des « foules », au sens freudien du terme, avec des processus collectifs d'altération de la conscience. C'était d'ailleurs l'idée centrale du célèbre livre de Le Bon sur la psychologie des foules.

 

 

La psychanalyse influence ma méthode; mais je lis Freud et je l'utilise en fonction de la théorie des états modifiés de conscience : je laisse « flotter » mon attention pour mieux voir ce qui se passe; je pratique continuellement les associations libres ; j'essaie de parvenir à des insight qui sont des transes, comme je l'ai fait lorsque j'ai proposé, après trois heures de travail en groupe, une solution pour découper Paris VIII en nouvelles UFR à partir des premiers cycles.

 

 

Quand on aboutit ainsi à une « idée » après un travail en commun, cela suppose un bref et brusque changement d'état de conscience qui n'est pas voulu, qui est probablement  induit par des effets de groupe et qui est nécessaire à l'élaboration d'une proposition.

 

 

 

Georges Lapassade

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

 

 

 

Lien vers le nouveau blog :http://journalcommun.overblog.com/

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