Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

Publicité

Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (78)

21 mars (suite)

 

 

Actuellement, les conflits autour de cette radio imaginaire sont toujours aigus, en particulier à propos de l'antenne qui demeure installée sur nos toits, comme un défi. Elle me fait penser quelquefois à ces voies ferrées inachevées et rouillées que Claude Lévi-Strauss observa en Amazonie. Cette grande antenne, sur le toit de l'université, avec en bas un studio maintenant silencieux et inutile, ressemble au minaret sans mosquée dont nous parlait le conteur de Beaubourg.

 

 

Au Service audio-oral de notre Université, on a mis en place un bureau de la radio avec une belle plaque sur la porte et à l'intérieur des plannings bien établis : ce service gère scrupuleusement notre fantasme radiophonique. A partir de ce bureau d'accueil, on peut suivre un parcours fléché qui vous conduit en tournant jusqu'au studio radio. Il m'arrive encore de le visiter quelquefois et de m'informer sur la situation. On me répond alors que « ça avance ! ». Mais nos jeunes animateurs sont maintenant convaincus qu'il n'y aura plus de radio. Mais même si l'on pouvait lever les obstacles bureaucratiques, on ne trouverait plus personne, dans notre université, pour faire des émissions.

 

 

Aux USA, on compte plus de 1100 radios dans les Universités et les collèges et nous avons pu voir au cours d'une émission des Enfants du rock un reportage sur une station de radio libre à l'Université de Los Angeles ; financée par l'Université et par des dons, animée par des étudiants et spécialisée dans le rock, ce qui ne me paraît pas constituer un mauvais choix, bien que notre projet pour Paris VIII ait été plus ambitieux. Ce projet était inspiré, pour ce qui me concerne, par les quelques bruits qui circulaient sur les radios de campus. Ils n'étaient pas très précis et d'ailleurs, aujourd'hui encore, je n'en sais pas davantage. Il y avait un obstacle à la réalisation de ce projet : la Haute Autorité exigeait que la demande de dérogation soit présentée par une Association. On aurait pu tourner l'obstacle par Multimédia, sans alliance avec l'autre association. Mais la Haute Autorité exigea le « regroupement ». On a maintenant l'impression que de toute manière, il n'y avait pas « dans la fac » les ressources nécessaires pour faire vivre une radio libre dans et de l'Université.

 

 

Je me suis lassé, très vite, de mes propres activités radiophoniques : j'avais assuré pendant quelque temps, en 1982, une émission sur la musique populaire maghrébine jusqu'au moment où je suis arrivé au bout de mes ressources ; je n'avais plus de musique à passer.

 

 

J'avais en même temps l'impression que je ne m'adressais à personne, que cette radio installée dans la fac avec un émetteur faible n'avait pas d'auditeurs.

 

 

Je parvenais quelquefois à y traîner quelque collègue musicologue à ses heures de cours, mais on voyait bien que c'était pour me faire plaisir, une fois : ce collègue auquel je pense préférait, et on le comprend, passer à France-Musique.

 

 

J'ai quitté, puis j'ai essayé de revenir. En 1984, j'ai eu l'idée de faire connaître par la radio (faute d'accès à la presse) le centenaire d'une découverte : celle de l'induction du somnambulisme artificiel, en 1784, par le Marquis de Puysegur. J'ai pu le faire, non à notre radio, mais à France-Inter.

 

 

Chez nous, c'était impossible : on prenait rendez-vous au studio et quand j'étais là, le studio était fermé. L'animateur qui aurait dû m'attendre avait été empêché au dernier moment, il y avait toujours quelque chose qui ne marchait pas.

 

 

Pour mon UV de radio du jeudi matin, elle a produit, outre des émissions qui dorment dans leurs cassettes, une analyse institutionnelle interne, dont j'ai été, peut-être le seul bénéficiaire, mais ça n'est pas sûr : il y a eu dans le même temps des réunions du bureau de conseil où la question a été évoquée, mais sans trouver de solution. J'avais compté sur le nouveau DEUG des communications, mais j'ai fini comprendre, - mais là, j'ai encore un doute -, qu'il ne sera pas un outil magique pour démarrer enfin cette radio. Il y avait enfin les contraintes administratives et j'avais l'impression que si j'insistais trop, j'allais au devant de conflits très forts. On dirait alors que je cherchais ces conflits, que j'y trouvais quelque satisfaction obscure. Finalement, en février 85, ayant considéré tout cela, j'ai décidé de ne plus m'en occuper.

 

 

 

Georges Lapassade

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

Lien vers le nouveau blog :http://journalcommun.overblog.com/

 

Si vous voulez recevoir automatiquement les nouveaux textes, dès leurs mises en ligne, abonnez-vous directement au flux RSS (colonne de droite)

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article