Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
23 février
Rêve, ce matin. Je me suis proposé pour faire une conférence. Le moment venu, je ne sais de quoi je vais parler ; je dois alors improviser, je choisis pour thème de cette conférence la présentation de mon UV du jeudi matin. Je fais un peu le pitre pour amuser mon public, le provoquer ; je lui dis que ce qui s'est passé dans cette UV est l'annonce d'un nouveau climat politique et je symbolise la mort du vieux gauchisme en levant le poing, par dérision. Le débat commence et, calmement, un gauchiste de l'auditoire me demande quel est l'intérêt de mon travail avec les radios libres.
Associations, au réveil. Pour les trotskistes, il y a N : peut-être des difficultés avec lui à cause de son UV, supprimée. Puis, la petite querelle, hier, par téléphone, avec A qui a déplacé l'horaire de l'UV d'Odile, d'abord prévue pour le mercredi. J'ai pensé ensuite à mon UV du jeudi matin au premier semestre : elle était particulièrement désagréable. Et puis, hier, non sans hésiter, j'ai ajouté l'indication « radio » sur I’affichage annonçant l'UV de B au second semestre alors que son vrai titre est « Productions sonores», j'ai eu peur ensuite des éventuelles conséquences de mon initiative.
Hier soir après quelques pages d'écriture, j'ai rencontré dans les couloirs une étudiante de PCS. Elle était à la recherche d'un enseignant de cette formation, R, qui devait venir pour des bilans d'orientation, mais qui n'était toujours pas arrivé à l'heure annoncée (à 19h 30). J'ai décidé alors de le remplacer. Je me suis fait ouvrir le secrétariat de PCS, mais je n'ai pas trouvé les dossiers des étudiants. Je faisais cela pour leur rendre service, mais aussi pour tenter d'avancer dans ma recherche actuelle.
Or, ce travail fait, j'avais l'impression de n'avoir rien appris, d'une autre part, et d'autre part de n'avoir pas été utile à ces étudiants. Leur seul désir était visiblement d'obtenir cette signature d'un enseignant pour régulariser leur dossier ; ils ne demandaient pas un conseil d'orientation, ils étaient tous fermement décidés à préparer le DEUG de psychologie, il n'y avait rien à «négocier».
Deux étudiantes de ce groupe n'avaient obtenu aucune UV au 1er semestre. La première avait eu une querelle avec Mme L qui l'avait chassée de son UV (ou bien l'en avait menacée). Elle avait échoué aussi avec A qui avait trouvé son mémoire d'UV, disait-elle, « trop long, trop riche » (c'était un résumé de texte). Travaillant dans un restaurant pour gagner sa vie, elle venait peu à la fac. La seconde était fille d'un travailleur immigré kabyle. Elle avait eu, elle, d'énormes difficultés pour s'inscrire, en juillet, par l'effet d'une grève au service des inscriptions, puis en septembre-octobre pour je ne sais plus exactement quels événements (je les ai notés, mes notes sont là-haut). J'ai écrit pour elle une lettre à l'attention de Michèle L, responsable de PCS. Malgré leurs échecs, elles persistaient dans le choix du DEUG de psycho, alors que j'essayais de les en dissuader, mais sans trop insister, en leur signalant que ce serait un parcours difficile. J'ai d'ailleurs remarqué qu'en général les étudiants n'écoutent pas ce genre de conseils. Ils n'écoutent que s'ils ont eux-mêmes décidé à vous demander conseil sur tel ou tel sujet.
A quoi peut donc servir un « semestre d'orientation » si les étudiants ont déjà décidé qu'ils feront des études de psychologie ? Ils étaient tous bien décidés à foncer tête baissée dans ce DEUG de psychologie, ils n'avaient visiblement pas compris que ce serait difficile.
Je ne désirais pas trop insister là dessus : juste les en avertir un peu. Je n'avais rien à leur dire, rien à leur demander : j'étais en un curieux état de sécheresse.
Mais je ne peux pas tout transcrire, je n'en ai pas le temps. Je peux simplement donner ici l'idée de ce que pourrait être une véritable enquête sur l'entrée des étudiants dans la vie universitaire «rénovée», et c'est pour cela qu'en ce mois de février, j'enquête sur les bilans d'orientation dans les DEUG.
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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