Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
14 octobre,
La décision de commencer à tenir ce journal de route, je l'ai prise, je crois, quand j'ai retenu plus sérieusement peut-être que l'année dernière, la proposition que m'a faite Michel Debeauvais, de participer à l'enquête «Transitions » en faisant une recherche «institutionnelle» sur les DEUG (la mise en place des nouvelles formations de premier cycle à Paris VIII). En même temps, je ne joue pas vraiment le jeu de cette commande, qui vient du ministère (avec une petite subvention pour les frais de l'enquête). Si je jouais le jeu, je préparerais déjà un pré-rapport. Je ne ferai rien d'autre que mon Journal. J'ai l'intention de « vendre » au commanditaire ce « Journal des faux DEUG » comme rapport final de recherche sur les institutions de transition», et rien de plus.
Je suis de plus en plus convaincu qu'un journal de route dans les institutions est la forme la plus adéquate d’'inscription de la connaissance sociale dans un texte, en tout cas pour l'analyse institutionnelle. Il est excitant de penser que ça pourrait peut-être servir à installer dans les sciences sociales l'idée du journal tenu, non seulement comme texte d'accompagnement d'une recherche (c'est presque acquis) mais comme rapport de recherche se suffisant à lui-même, comme texte unique d'information, de conclusion sur une expérience qui s'est faite ou qui se fait au jour le jour.
Je suis maintenant « hors-cadre ». Je peux m'offrir le luxe, en fin de carrière, de ne pas travailler dans les cadres des rubriques et conventions universitaires ; d'ailleurs, je ne l'ai jamais fait, probablement parce que je ne savais pas le faire.
L'étude « transitions » est celle d'un processus social dont les « variables » sont pratiquement innombrables. Les seules « hypothèses » qu'on pourrait faire sont des présupposés, des « pré-jugements » et donc des «préjugés ». Il y a cependant quelques idées-forces comme celle de l'abandon des études qu'on voudrait examiner, mais là encore c'est une idée vague concernant un système ouvert comme l'est Paris VIII, où l'on peut indéfiniment se ré-inscrire sans demander à personne une dérogation pour cela.
Le dispositif de la réforme à Paris VIII se construit actuellement « en marchant ». Des problèmes apparaissent au jour le jour et, chemin faisant, on essaie de les traiter quand on peut les identifier.
En essayant de faire l'analyse interne de la réforme dans notre université, je me propose d'étudier un processus dont les « variables » sont pratiquement innombrables. Les seules hypothèses » qu'on pourrait faire sont des présupposés, des « pré-jugés ».
J'ai formulé une sorte d'hypothèse de départ que voici : les abandons seraient, produits par la désinformation ou par le manque d'information des étudiants. L'information passe très mal à Paris VIII ; l'accueil y est défectueux, en particulier pour les étudiants du soir ; les gens qui devraient pouvoir informer (enseignants, notamment) sont eux-mêmes mal informés, ou pas du tout, ou bien ils ont de fausses informations et ils les diffusent...
Comment mettre cette supposition à l'épreuve ? N'est-ce pas un point de vue trop subjectif, trop impliqué, sur le système ? On ne peut éviter l'implication, le caractère subjectif des pré-jugements dans la recherche interne, quelles que soient par ailleurs les méthodes et techniques adoptées. Cette implication n'est pas le fait (et encore moins le «défaut») du seul chercheur «institutionnaliste » ou des ethnologues, même si les ethnologues et les psychosociologues (en particulier institutionnalistes) furent probablement les premiers dans les premiers dans les sciences sociales à travailler la question de l'implication.
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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