Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
3 octobre 1984,
J'ai une façon assez particulière d'intervenir dans la vie de la fac, en « excentrique ». Hier soir, quand j'ai appris par hasard, à 20h, qu'il y avait une réunion de la formation « monde européen » (un faux « nouveau DEUG ») j'ai décidé d'y aller. J'en avais besoin pour ma recherche actuelle sur la mise en place des premiers cycles dans notre université.
D'abord j'ai écouté, pour m'informer, et puis, à la fin, quand les gens allaient partir, je suis intervenu pour dire que « monde européen » n'est pas un DEUG, mais une formation qui conduit à des DEUG. C. m'a demandé pourquoi je prenais tellement à cœur « cet aspect juridique » des choses. Je ne savais que répondre. C'est pourtant la question principale : qu'est-ce qui me fait donc courir dans cette affaire des DEUG ? Depuis plusieurs années, depuis le déménagement à St Denis, depuis que je ne m'occupais plus de l'AES, la vie institutionnelle de la fac m'intéressait moins et les gens m'en faisaient parfois la remarque. Et voilà que ça me reprend, avec cette idée d'enquêter sur le « dispositif de transition » entre le bac et la fac, et de faire là-dessus un rapport en forme de journal, de proposer mon « Journal des DEUG » comme rapport de recherche.
En 1980, au colloque de février où je lançai le programme sur le thème de l'intervention interne, je voulais élaborer un modèle d'intervention aussi structuré, si possible, que notre modèle d'intervention externe, avec l'analyse de la commande et d'autres règles qui, d'ailleurs, n'ont jamais réellement fonctionné, Je n'y suis pas arrivé vraiment. Ma formation de psychosociologue institutionnaliste a pour effet, non pas de m'aider à produire un modèle nouveau d'analyse interne, mais seulement de m'en donner l'idée, de faire que je m'intéresse aux processus d'organisation dans la fac, aux rapports entre le système et les étudiants. Je suis curieux de savoir comment les étudiants vivent leur entrée à l'université.
Je donne à lire quelques fois mes « notes » sur les DEUG (j'en ai produit 3 ou 4 déjà depuis le 11 septembre). Elles sont tirées en peu d'exemplaires, à la hâte. Elles ne sont probablement pas lues par les personnes qui les reçoivent. Je tiens mon Journal, avec un vague projet de publication.
Je suis allé au forum de l'ECA ; on avait déjà commencé, mais j'ai dû intervenir assez vite pour préciser encore une fois la question des DEUG... Et naturellement, le même scénario s'est reproduit. M. étant là, j'ai pu signaler qu'il était l'auteur du dernier « tableau de concordance » entre les formations nouvelles de premier cycle et les DEUG (ancien régime) et qu'il pouvait par conséquent donner à ses voisines, enseignantes de psychologie, confirmation de ce que j'avançais : que la formation PCS déboucherait sur le DEUG de psychologie. C. a fini par faire un assez long discours. Il a dit tout, sauf ce que je lui demandais de confirmer pour les enseignantes de psychologie participant à ce forum.
Ce genre de « lapsus », joint au fait que les questions des étudiants dans ces forums concernent leur avenir et, par conséquent, les diplômes nationaux, semble bien indiquer que mon insistance sur cette question des concordances n'est pas ma nouvelle obsession, encore moins une façon d'agiter les groupes, mais bien au contraire, probablement, l'indication de quelque chose mal identifiée encore dans la dynamique enclenchée actuellement autour des premiers cycles.
Le soir, après dîner, comme ce soir, je transcris l'essentiel de la journée. Je ne pourrai pas tout transcrire, je ferai forcément des choix, mais, sans en connaître la règle (pourquoi on retient et pourquoi on élimine, je ne sais) ; cette fragilité du souvenir et de sa transcription tend à me décourager et à me faire renoncer.
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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