Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Un détour : les cours sauvages
Il faut ici revenir un peu en arrière et évoquer brièvement une crise antérieure : la crise des cours sauvages, à Vincennes, en novembre-décembre 1975.
C'était une crise déclenchée par le conseil de l'Université. L'opposition (gauchiste) là encore, était montée dans un train en marche, et l'examen de ce processus devrait nous permettre, par un détour, de mieux comprendre les stratégies dans la seconde crise, celle qui commence un peu partout en février-mars, et à Vincennes en avril.
A la rentrée d'octobre 75, il y a 32 000 étudiants inscrits à Vincennes. L'établissement a été prévu pour en recevoir 7000. D'année en année, la population de Vincennes augmente et il n'y a pas de raison que cela s'arrête. Pour stopper cette progression rapide, il faudrait, entre autres mesures, ouvrir d'autres universités, largement, aux non-bacheliers. On devait le faire. Faute de crédits, cela n'a pas pu être fait. Une agitation sur les locaux, éléments de la base matérielle, aura donc une fonction double :
-essayer d'obtenir, pour Vincennes, plus d'espace dans l'immédiat,
-alerter l'opinion sur une partie défavorisée dans la population, et réclamer pour elle, réellement, le droit aux études.
On comprend aisément que ceci entre parfaitement dans la politique générale du conseil de l'université qui est de gauche et syndicaliste. Mais dès qu'il a lancé l'agitation ; dès qu'il décide, par exemple, une occupation des locaux militaires, ceux qui s'opposent au conseil emboîtent le pas et montent aux premières lignes. Quelque temps plus tard, ils essayeront, sans beaucoup de vigueur, de donner d'autres objectifs à cette lutte. On dira alors : oui des locaux et du matériel, d'accord, mais pour quoi faire ? Thème connu, qui a sa force, mais qui ne se renouvelle pas. En cette affaire, le Conseil de l'université a l'initiative, et il la garde.
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org