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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (23)

4.   L'université est-elle toujours un « enjeu politique » ?

 

 

Avant 1968, les problèmes de l'école et de l'Université n’étaient pas considérés comme des problèmes politiques. La pédagogie, - en tant qu'elle définit des rapports sociaux institués et traversés par la structure générale de la société –était la parente pauvre, et même dans les réunions syndicales des enseignants, les congrès où on ne jugeait pas utile d'en parler.

 

 

Les colloques universitaires célèbres comme ceux de Caen ou d'Amiens étaient essentiellement techniques : on s’étonnait quand un groupe d'assistants venait dire que des problèmes politiques se posaient aussi à l'université. L'UNEF avait un rôle politique important lorsqu'elle intervenait dans la guerre d'Algérie ; elle entrait dans le temps du déclin, ensuite, quand elle devait se replier sur les problèmes de l'Université,

 

 

En 1968, la situation se renverse.

 

 

On considère alors que l'Université peut être un lieu important d'explosion sociale. Mais assez vite après, l'intérêt retombe.

 

 

Il reste simplement un fait politique probablement irréversible, mais situé à un tout autre niveau. L'Université reste « politisée » après 1968 dans le sens que signalent, en le dénonçant les signataires d'un «Appel aux Universitaires » publié dans le Monde du 20 mai 1973 :

 

« L'Université est devenue un théâtre d'affrontements. Les plus graves ne sont pas les désordres épisodiques. L'Université vit une campagne électorale permanente aux dépens de l'enseignement et de la recherche. Engagée dans cette lutte, les différents syndicats sont souvent amenés à durcir leurs positions en sens opposés et l'on risque de voir l'intransigeance partisane triompher au sein d'une Université naguère libérale et tolérante... ».

 

 

Il y aurait beaucoup à dire sur ce texte très « politique » et qui voudrait entretenir des illusions sur le «libéralisme» d'autrefois.

 

 

Mais ce n'est pas ici le lieu de le discuter.

 

 

On le cite simplement pour souligner une fois encore que l'expérience de Vincennes, - pourtant considérée à l'extérieur comme l'Université «ultra-politique» - ne correspond pas du tout à cette description.

 

 

Mis à part les moments de crises appelés dans ce texte: « désordres épisodiques » et encore les affrontements y sont très relatifs : on ne voit guère se manifester les effets de cette « campagne électorale permanente », qu'on déplore tant ici et là. En période électorale, à Vincennes, on ne voit rien du tout, mise à part la traditionnelle distribution de tracts de l'UNEF qui ne provoque même pas de réaction et qui tombe dans l'indifférence.

 

 

Il est possible qu'ailleurs cela se passe différemment. Au fond, pourquoi ne pas l'envisager ? Vincennes pourrait bien être une université assez a-politique.

 

 

On le voit même à l'occasion des grands « désordres épisodiques » : Vincennes s'y raccroche toujours avec retard, et comme sans conviction. Il suffit de consulter les journaux dans ces moments-là : L'Université de Paris VIII est loin d'y figurer à la tête des établissements les plus combatifs.

 

Hypothèse : peut-être cela vient-il du fait que :

a)  Vincennes est en avance sur le dépérissement général de l'institution universitaire.

b)  Mais surtout, la clientèle étudiante de Vincennes -étrangers, travailleurs - a ses enjeux politiques ailleurs.

c)  Enfin, l'électoralisme universitaire n'est pas la préoccupation dominante...

 

 

Comme le Snes-Sup est seul à se préoccuper des élections, à les organiser sans rencontrer depuis longtemps la moindre opposition, ces élections, qui ont lieu tous les deux ans, ne sont pratiquement pas remarquées, passent en fait inaperçues, ne donnent lieu à aucune campagne, à aucun affrontement.

 

 

C'est probablement aussi un effet de ghetto. Avec son statut dérogatoire, sa clientèle spécifique et atypique par rapport à l'ensemble du système universitaire français, Vincennes semble suivre un chemin qui la place hors des conflits dénoncés par l'Appel.

 

 

Bien sûr, on finit par rejoindre le mouvement en temps de crise ; mais, on le fait mi-avril, avec beaucoup d'hésitations quand d'autres ont commencé à la mi-janvier, puis en février, en mars.

 

 

Aucune ressemblance par ailleurs, quoiqu'on puisse imaginer avec le Nanterre des années 1967-1968.

 

 

Reprenons l'hypothèse que les appartenances politiques des Vincennois sont ailleurs; on en a vu la confirmation, déjà signalée, dans le cortège du 1er mai 1976 : presque personne derrière la banderole « Vincennes » ; mais des Vincennois ailleurs, derrière les banderoles de la CGT, du Snes-Sup, très peu également, ou du SGEN, du MLF, du GLH et des travailleurs immigrés. La politique traverse Vincennes sans y prendre une forme spécifique, sans y prendre corps.

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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