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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Comment produire notre livre sur le journal d'intervention : entretien avec Remi Hess (3)

Comment produire notre livre sur le journal d’intervention ?

Entretien avec Remi Hess (3)

 

 

L’expérience de Reims

 

Entre 1990 et 1994, il y a mon activité à Reims. Je suis nommé professeur d’université à Reims, à la rentrée de septembre 1990, avec la mission de participer à la création de l’IUFM expérimental. Parallèlement à mon travail pour fonder l’IUFM, j’assure un service à l’université : j’ai 700 étudiants dans mon amphi. Je fais un cours magistral, et je propose le journal de lecture comme mode de validation. Je recrute 20 chargés de cours, pour lire les journaux des étudiants, parce que je ne peux pas lire 700 journaux. On pourrait dire que cette aventure relève des journaux de lecture, mais ça relève aussi de l’intervention, car cette pratique était entièrement nouvelle : elle fut analyseur ; c’était une intervention sur l’Université de Reims.

 

Ce cours était un carrefour. J’y recevais tous les étudiants de toutes les formations, de toutes les disciplines : c’était un cours optionnel qui pouvait rentrer dans tous les DEUG. Tous les étudiants s’étaient mis à suivre mon cours, parce qu’ils s’étaient donné le mot : c’est un prof cool ! Il faut dire que l’université de Reims était alors très rigide, et que mon expérience de Paris 8 me faisait construire une relation pédagogique différente. Les étudiants occupaient en permanence mon bureau ! J’avais distribué une bibliographie de 40 livres, et je disais aux étudiants de lire 2 ou 3 livres, pendant le semestre et c’était bien. Je n’avais jamais fait ça, à cette échelle, et j’étais stupéfait du nombre de pages produites. Quand j’ai vu arriver plusieurs mètres cube de journaux, je me suis dit que j’étais fou, que je ne maîtrisais plus le dispositif, et j’ai recruté les chargés de cours. Notre équipe a tout lu, et on a commenté les journaux en petits groupes. C’était intéressant. Cette forme de travail collectif pouvait être décrite comme une intervention sur l’Université.

 

On peut peut-être faire un interlude sur ça. C’est une période où le journal était pratiqué par 700 personnes à Reims !

 

A travers ces différents moments, on peut prendre conscience que le journal est un moment : un truc qui va et vient, apparaît puis disparaît. On pourrait montrer aux Italiens que le journal d’intervention, c’est une forme de continuum d’une forme d’ethnographie institutionnelle, spécifique à l’école de Vincennes qui peut déboucher sur des formes variées d’intervention.  

 

Description, analyse, compréhension 

 

Dans un journal, il y a de la description, de l’analyse et de la compréhension. La description, c’est l’ethnographie ; l’analyse, c’est l’analyse institutionnelle, c’est-à-dire qu’on est attentif aux analyseurs ; et la compréhension, c’est de dire qu’on n’a pas envie de faire la guerre, mais qu’on utilise l’injonction pour faire une œuvre. Il y a intervention, lorsqu’il y a une crise institutionnelle et qu’on utilise le journal pour la travailler.

 

Ces jours-ci, un étudiant à qui j’ai montré mes journaux m’a dit que j’étais un bourgeois, parce qu’un étudiant comme lui n’avait pas le temps de tenir un journal. Il lui fallait assurer sa survie ! Partant de son énonciation que j’avais envie de discuter, j’ai commencé à tenir un journal : Suis-je un bourgeois ? La question m’a semblé intéressante : c’est quoi la culture bourgeoise ? Je fais une enquête auprès des étudiants : suis-je un bourgeois ? Et les étudiants me répondent : non ou alors oui, que c’est une évidence ! Quelle est leur définition du bourgeois ? Pourquoi me perçoivent-ils comme bourgeois ? Ils me disent que c’est parce que j’ai du temps, que je peux écrire mon journal, alors qu’eux sont dans la survie quotidienne, et qu’ils n’ont pas le temps de tenir un journal.

 

Cette idée du journal vient à Marc-Antoine Jullien quand il se pose la question de former les jeunes qui ne vont plus à l’école. Le journal doit leur permettre de se construire, en tenant un journal dans une situation de déconstruction de l’institution, où les profs ne peuvent plus faire cours, où les étudiants ne peuvent plus venir. Il veut donner forme à l’éducation informelle. Selon lui, la seule solution pour se former dans ces conditions, c’est le journal, parce que tu arrives à transformer des situations invivables en aventure ; c’est génial de pouvoir faire une œuvre avec le chaos !

 

Dans les années 2002-2009, il y a les irrAiductibles : le mouvement de l’autogestion pédagogique qui est réactivé. Il faut relire attentivement les 830 pages de la thèse de Benyounès Bellagnech, publiées en deux tomes. C’est une illustration de l’utilisation du journal que l’on fait durant toute cette période. Ce travail a été soutenu en 2008. Il fait le bilan d’une pratique collective. Il y a un retour au collectif.

 

Il faut aussi revoir le travail de Kareen Illiade, avec l’entrée dans l’enseignement en ligne, les blogs… La thèse qu’elle vient de soutenir, Le journal pédagogique, une éducation tout au long de la vie, a un sous-titre «L’université qui change». Ces nouvelles expériences pourraient entrer dans l’explicitation du continuum.

 

 

Entretien avec Remi Hess réalisé par Anne-Claire Cormery

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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