Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Comment produire notre livre sur le journal d’intervention ?
Entretien avec Remi Hess
Ce texte est un décryptage, par Anne-Claire Cormery, d’un entretien du 30 octobre 2009, qui a été relu et légèrement amplifié par R. Hess le 27 novembre 2009.
Le 30 Octobre, j’ai passé l’après-midi avec Remi, dans le cadre d’un projet éditorial. Renato Curcio a fait une commande à Remi d’un livre sur le journal d’intervention pour Sensibili Alle Foglie, la maison d’édition italienne qu’il dirige. Remi a écrit environ 150 pages, dans lesquelles, notamment, il veut construire le continuum du journal d’intervention. Il revisite précisément le n°9 de Pratiques de formation sur ce thème paru en 1985, et qu’il considère comme une sorte de Manifeste de l’Ecole de Vincennes, sur le journal de formation et d’intervention. En plus, de cette relecture de textes anciens émanant de G. Lapassade, R. Lourau…, Remi a produit quelques dialogues sur le journal à partir d’échanges récents qu’il a pu avoir avec différentes personnes sur cette question du journal (interludes). Dans ces interludes, il a utilisé encore un texte que je lui avais donné… Il n’est pas satisfait par ce travail qu’il voudrait donner à lire comme la production d’un collectif... Il ne voit pas bien comment mettre en forme finale cette présentation. Il me sollicite pour finaliser cet écrit. J’ai lu cet écrit. Nous regardons à nouveau ensemble ce texte écrit en juin 2009.
Lorsque je branche le dictaphone, nous sommes dans le bureau de l’appartement de Remi, lui, devant son ordinateur, et moi, devant son texte imprimé.
Anne-Claire Cormery : Pour l’instant, tu as fait trois parties, la première où tu détailles l’intervention avant Vincennes, avant les années 1980, la deuxième sur les années 1980 et pour la troisième, tu as précisé qu’il s’agissait de différentes dimensions du journal d’intervention. Tu aimerais faire une partie sur ce qui se passe aujourd’hui ?
Remi Hess : La troisième partie regroupe des chutes. J’avais envie de montrer l’importance des quasi-journaux, la correspondance par exemple. J’ai mis le numéro de Cultures et Sociétés en annexe pour puiser des trucs dedans. J’aurai dû relire tout ça avant de te recevoir. J’ai honte : je te fais perdre ton temps.
Anne-Claire : Non, pas du tout, cela me permet de voir comment tu retravailles tes écrits.
Remi : Alors, regardons !… Il n’y a rien sur G. Lapassade et son livre De Vincennes à Saint Denis.
A.C : Non. Je n’ai rien vu sur ce travail.
R : On l’a oublié.
A.C : Je ne crois pas non plus que tu te sois cité. Je n’ai rien vu sur Le lycée au jour le jour.
R : Oui, dans la chronologie, l’écriture, elle s’arrête à J. Bizet et P. Boumard (1985).
A.C : Oui, nous n’avons pas la même pagination, mais l’écriture complète s’arrête après le troisième interlude. C’est toute la troisième partie, en fait, qui n’est pas écrite… à partir de la question des quasi journaux.
R : Ouais je me suis arrêté : avant c’est bon !
A.C : Avant en fait, il y a l’interlude 3 et d’ailleurs je crois que…
R : C’est un texte de toi.
A.C: Oui, c’est un extrait de ma note de recherche de M2.
R : Bon, maintenant, je vois où nous en sommes. On est dans la merde ! On a encore beaucoup de travail ! As-tu le n° 9 de Pratiques de formation dans ta bibliothèque ?
A.C : Non.
R : Ce n’est pas possible! C’est le plus grand numéro sur le journal. Il date de 1985, et n’est plus réédité. Il faut qu’on le réédite sous cette nouvelle forme. Il ne faut pas écarter des gens qui étaient dedans. C’est très important pour moi de faire cette chronologie, parce que je ne l’ai pas fait dans La pratique du journal : personne de ta génération ne peut savoir comment ce mouvement est né, comment notre école s’est agencée. Ce livre-là est donc intéressant pour ça : faire cette genèse est très intéressante. On a déjà 400 000 caractères. C’est déjà un très gros livre. Il faut que le retravailler autrement. On va aller discuter ailleurs, on n’y arrivera pas sinon.
Je te propose de passer dans le salon, pour parler de ta lecture de ce texte, et de la manière dont on va reprendre tout cela, pour construire un livre qui ne rentre pas en concurrence par rapport aux autres bouquins en cours.
Ce qui est original dans ce livre, c’est de dire que le numéro 9 de Pratiques de formation date de 24 ans, qu’il est introuvable, mais en même temps indispensable, car si on veut faire exister l’école de Vincennes, il faut savoir d’où elle vient.
Le journal d’intervention est demandé par les Italiens. J’ai essayé de contourner l’idée, car j’étais ennuyé, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas grand-chose à dire à dire sur cette question. Dans un livre sur le journal, on aurait pu faire un chapitre sur le journal d’intervention, mais en dehors de toi, d’Olivier Baué, d’Augustin Mutuale, enfin dans des circonstances très particulières, de G. Lapassade… sur 30 ans, il n’y a pas eu tellement de gens qui ont réussi à faire lire leur journal en situation d’intervention, de façon systématique.
Le journal d’intervention, bien qu’il existe depuis 1982-83, me semble être une pratique vraiment marginale par rapport à d’autres pratiques, comme le journal de lecture ou de recherche.
Lui, Renato Curcio est vraiment dans l’intervention : il veut reprendre l’analyse institutionnelle et construire la socianalyse. C’est un disciple enragé de G. Lapassade ; il dépense beaucoup d’énergie là-dedans, donc on doit l’aider à expliciter la place du journal dans le projet d’intervention institutionnelle.
Anne-Claire : Alors, comment faire ce livre ?
R : Dans La pratique du journal (1998), je ne signale même pas le Numéro 9 de Pratiques de Formation.
Dominique Hussaud, une étudiante de maîtrise plus jeune que toi (elle avait 24 ans en 1985), et qui était d’Orléans, avait créé une association pour diffuser les journaux institutionnels, et ça marchait bien. Ce fait me semble intéressant de montrer : en 2009, il y a 10 travailleurs sociaux en France qui savent ce que c’est que le journal et l’utilisent dans une perspective d’analyse institutionnelle. Ces dix personnes ont vraiment travaillé la question. Ils ont entre 25 et 40 ans, mais ce type de groupe existait déjà il y a 10 ans, il y a 20 ans. Ce type de groupe de base (des amis) a toujours été un peu marginal à l’université, mais, ils publiaient quand même des articles. Si on faisait une enquête bibliographique, on s’apercevrait qu’en 1985, il y avait déjà un groupe fort actif, puis en 1987, il y en avait un autre… En 1990-94, il y a un fort groupe à Reims. Vers 1996, à Paris 8, il en y a d’autres encore, avec G. Coïc… Ainsi, il y a un continuum du journal institutionnel ou du journal d’intervention, sous la forme d’une pratique constituant un groupe de base. On parle aujourd’hui de communauté de référence. Ce continuum n’a jamais été dégagé. Il faut s’y attacher en montrant la permanence et en même temps les différences qui apparaissent en fonction des époques.
Une différence peut apparaître dans le choix de l’appellation que l’on donne au journal. Toi, dans ton mémoire, tu introduis la notion de journal professionnel. Ce que je vois, c’est qu’il y a plusieurs appellations, mais, quel que soit le nom du journal, il n’y a pas tant de différences, dans les pratiques. Globalement, on peut distinguer deux sortes de journaux : le journal intime ou le journal extime. Le journal d’intervention, et donc ce qui caractérise le collectif virtuel qui travaille dans ce que nous pouvons nommer l’Ecole de Vincennes, c’est le journal extime. On l’écrit pour l’autre. Dans un premier temps, on donne à lire un journal à des gens proches, on propose une intérité, c’est un journal d’intérité, avec une communauté de référence.
Entretien avec Remi Hess réalisé par Anne-Claire Cormery
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