Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Augustin Mutuale, Guy Berger
Conversation sur l'éducation: S'autoriser à éduquer
L'Harmattan, coll "Educations et sociétés", Paris, 2012.
Prologues
Penser « les confidences éducatives »
Remontées fragmentaires
J'écrivais « quelque part ailleurs » que le récit de vie était un discours sur soi pour l'autre (1). Je continue à penser qu'il y a dans tout récit une part importante de phrases élaborées, travaillées, capitalisées par la répétition qui nous situent dans un rapport et non pas dans une relation à notre histoire. Il y a des choses de nous qui se présentent en nous comme un vieux disque écouté et réécouté. Selon les moments de notre écoute, il nous émeut mais « nous connaissons la chanson ».
Dans ce « quelque part ailleurs », j'indiquais aussi qu'il y avait trois mouvements discursifs qui ne sont ni chronologiques, ni linéaires : l'explication, l'explicitation et la résonance qui se prolonge ou se répète dans l'engagement. La résonance peut se penser comme le saut de la pensée de l'extériorité vers l'intériorité. Le narrateur se met à distance de la démonstration (l'explication) et de l'explication à soi devant l'autre (l'explicitation) pour un verbe qui se dit au présent de son présent ou de son passé.
L'autre n'est plus une présence à séduire ou à convaincre. Il devient le témoin d'un dialogue de soi à soi, d'une écoute de la révélation, de ce qui s'est tu jusque-là, faute d'une oreille délicate et d'une présence invitante. Le visage du passé devient présence vivante qui se met à se recueillir pour s'accueillir comme présence nouvelle dans la vie qui rend présente à la vie du monde.
La résonance est un renouvellement du sens profond de son histoire. C'est dans cet instant que dansent l'avenir et le possible. Le récit de vie s'exprime alors dans un nouveau savoir fécondé par l'appel dans l'instant. Kierkegaard a dit de ce lieu que le futur est vaincu dans l'instant et que l'engagement est la décision.
Dans ce « quelque part ailleurs », je postulais que la résonance est rendue possible en face de l'autre par une connivence. C'est dans le connivere que les yeux se ferment parce que « c'est lui parce que c'est moi » après un cheminement qui fait passer de la connaissance à la rencontre. La connivence est ici complicité se distanciant de son versant négatif qui serait être de mèche pour détruire. Dans mon expérience biographique avec Guy, j'ai touché du doigt ou de l'oreille la concrétion de la connivence sous la forme de la confidence.
(1) Augustin Mutuale, Birte Egloff, « Discours sur soi pour l'autre. Le récit de vie comme démarche formative» postface à André Toulouse, De Puymmtrin à Roissy-en-France. Enfin ensemble, Récit de vie recueilli par Augustin MUTUALF. et Caroline AlCHELLE, Louveciennes, Kaïros, 2010.
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