Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Vendredi 25 juillet,
Trois points de vue : monumental, antiquaire et critique. Le rapport à l’histoire est ainsi démontré au service de la vie.
« La connaissance du passé, dans tous les temps, n’est souhaitable que lorsqu’elle est au service du passé et du présent, et non point quand elle affaiblit le présent, quand elle déracine les germes vivaces de l’avenir. Tout cela est simple, simple comme la vérité et celui-là même en est persuadé qui n’a pas besoin qu’on lui en fasse la démonstration historique » p 103.
Dans la Naissance de la philosophie… , j’ai constaté que Nietzsche n’utilise pratiquement pas le terme culture, tandis que ce mot revient souvent dans l’ouvrage que je suis en train de lire. Pourquoi ? Par-delà le rapport à l’histoire qui semble être l’objet de ce livre, je remarque que l’auteur construit – au sens de bâtir- une critique de la modernité. Pour ce faire, il s’attaque à la culture moderne basée sur la forme et en premier lieu l’écriture. Il met en cause les historiens et les érudits, leur reprochant une certaine manière de traiter la culture sous l’angle de la matière morte. A leurs yeux, la culture se trouve dans les livres et non pas dans la vie, comme ce fut le cas chez les Grecs.
Encore une attaque en règle contre l’esprit allemand, enfermé dans l’intimité, sans lien avec l’extérieur et distinguant entre la forme et le contenu, privilégiant la première sur le second.
« Et pour ne laisser aucun doute sur la façon dont j’entends cette détresse, cette nécessité, cette compréhension, je veux affirmer ici expressément que c’est l’unité allemande dans ce sens supérieur que nous aspirons à atteindre, avec plus d’ardeur que l’unité politique, l’unité de l’esprit allemand et de la vie allemande, après l’anéantissement des contrastes entre la forme et le contenu, l’être intime et la convention » pp 111-112.
« Toute philosophie moderne est politique ou policière, elle est réduite à une apparence savante par les gouvernements, les églises, les mœurs et les lâchetés des hommes. On s’en tient à un soupir de regret et à la connaissance du passé » p116.
Un petit passage sur la critique sans effet. La critique qui ne débouche pas sur une nouvelle critique et qui n’a aucun effet sur l’action et la vie n’est pas une critique pour Nietzsche ; il dénonce ici la neutralité de l’historien qui ne fait pas l’histoire.
« Donc, c’est l’homme supérieur et expérimenté qui écrit l’histoire. Celui qui n’a pas eu dans sa vie des événements plus grands et plus sublimes que n’en ont eu ses semblables ne sera pas à même d’interpréter ce qu’il y a dans le passé de grand et de sublime. La parole du passé est toujours parole d’oracle. Vous ne l’entendez que si vous êtes les constructeurs de l’avenir et les interprètes du présent » p 131.
« Il faut opposer aux effets de l’histoire les effets de l’art, et c’est seulement quand l’histoire supporte d’être transformée en œuvre d’art, de devenir un produit de l’art, qu’elle peut conserver des instincts et peut-être même éveiller les instincts » p 133.
Peut-on déceler dans les pages 132-141 une esquisse de propos sur l’éducation ? Oui et non. Nietzsche s’attaque d’abord à la science et à son développement très rapide en lien avec le marché et la division du travail. Il décèle une dérive des savoirs et des savants que les adolescents et les jeunes doivent ingurgiter. L’auteur y voit un danger sur les forces de la vie et sur la science soumise à la division du travail et aux besoins utilitaires de la société. Bref, il s’agit pour lui d’un aveuglement.
C’est en évoquant les lois que l’auteur parle des masses, en disant que le diable et les statistiques les emportent. Nietzsche estime que les historiens dissimulent le sublime dans les masses aux envies, besoins, etc. bas. Ce sont les grands hommes, les génies et héros qui font l’histoire et quand une idée se propage dans les masses qui la portent, cela ne signifie pas que la gloire vient de là. Bien au contraire, il donne l’exemple du christianisme combattu d’abord et ensuite repris par des hommes forts, les Romains.
Nietzsche avoue que lui-même a souffert de la tendance historique dominante en Allemagne.
« Et pourtant, j’ai confiance en la puissance inspiratrice qui, à défaut d’un génie, conduit ma barque, j’ai confiance en la jeunesse et je crois qu’elle m’a bien guidé en me poussant maintenant à écrire une protestation contre l’éducation historique que les hommes modernes donnent à la jeunesse » p 168.
« La culture ne peut naître, croître et s’épanouir que dans la vie, tandis que chez les Allemands, on l’épingle comme une fleur de papier, on s’en couvre, comme d’une couche de sucre, ce qui fait qu’elle reste toujours mensongère et inféconde » p 169.
Les dernières pages du livre sont consacrées à l’éducation de son époque à laquelle il est très hostile. C’est une mauvaise éducation qui enrôle les jeunes dans la culture au détriment de la vie. Nietzsche prône l’école de la vie contre la conception pâle de la culture allemande. Cette jeunesse qu’il vénère s’élèvera contre la culture des vieux.
Décidé à poursuivre la lecture de Nietzsche, la chronologie de la parution de ses ouvrages me conduit à Humain trop humain. Je vais chercher ce livre dans ma bibliothèque et si je ne le retrouve pas, je passerai au Gai Savoir pour respecter un tant soit peu la chronologie. Tant pis si j’ai un trou dans la lecture de l’œuvre de Nietzsche, il faut que je me débrouille autrement.
Benyounès Bellagnech
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