Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Mardi 22 juillet
Sur la vie de Démocrite, on ne sait pas grand-chose, affirme Nietzsche. Pourtant, on dit de lui qu’il vécut dans le vagabondage et les déplacements, qu’il riait de tout. Sa pensée reprend celles qui l’ont précédé. Il est le philosophe du mouvement. S’il y a mouvement, il y a du vide et s’il n’y avait pas de vide, les corps ne pourraient pas se mouvoir. L’auteur nous dit que la philosophie de Démocrite reprend l’essentiel d’Héraclite, d’Anaxagore, de Parménide et d’Empédocle.
« De tous les systèmes anciens, celui de Démocrite est le plus logique ; il suppose la plus stricte nécessité partout présente, il n’y a ni interruption brusque ni intervention étrangère dans le cours naturel des choses. Alors seulement la pensée se dégage de toute la conception anthropomorphique du mythe, on a enfin une hypothèse scientifiquement utilisable ; cette hypothèse, le matérialisme, a toujours été de la plus grande utilité » p.130.
Auparavant, Nietzsche soulignait qu’une telle pensée était à la base des sciences physiques ou naturelles.
On remarquera que dans son commentaire, l’auteur utilise souvent le qualificatif matérialiste en évoquant Démocrite. Celui-ci serait, selon Nietzsche, « le premier » matérialiste, naturaliste, rationaliste, etc. L’atomisme est la caractéristique principale de la pensée de Démocrite, qu’il applique aussi bien à l’homme qu’à la nature et sa morale en découle. Il a vécu en poète - savant.
Les Pythagoriciens : Leur point de départ est l’unité. Comment peut-elle être sans le non être ? Même question sur la qualité qui n’est pour eux qu’une somme de quantités. Leurs disciplines sont les mathématiques et la musique.
« Symbolisme des nombres pythagoriciens : un est la raison, deux l’opinion, quatre la justice, cinq le mariage, dix la perfection, etc. ; un est le point, deux est la ligne, trois la surface, quatre le volume. Cosmogonie. L’univers et les planètes sphériques, l’harmonie des sphères ». p.143.
A peine 5 pages consacrées à Socrate, qualifié du dernier sage parmi les philosophes étudiés dans cet ouvrage. En effet, Socrate n’est pas un savant comme ses prédécesseurs, il préfère les artisans aux autres savants. Toutefois, il fonde la morale sur le savoir et la connaissance. Nietzsche dit que Socrate a choisi la mort pour la postérité et pour montrer qu’il était au dessus des instincts des hommes.
Dans le chapitre intitulé Le Philosophe, l’auteur se livre à des explications longues. Il serait inconvenant de résumer ses propos. Je note quelques passages, mais cela est loin de me satisfaire. Je garde l’envie de tout reprendre, ce que je pourrais faire en reprenant la lecture de ce chapitre.
« Quelle est la tâche du philosophe ? Parmi le fourmillement qui grouille autour de lui, poser énergiquement le problème de l’existence, et, en général, les problèmes éternels » p.152.
« Il ne s’agit pas ici de détruire la science, mais de la dominer. En effet, elle est liée dans toutes ses fins et dans toutes ses méthodes à des croyances philosophiques, mais elle l’oublie aisément. D’autre part, il faut que la philosophie dominante se demande jusqu’à quel point la science a le droit de croître ; c’est à la philosophie de fixer les valeurs » p.153.
Grande perplexité : la philosophie est-elle un art ou une science ? C’est un art dans ses fins et dans ses produits. Mais son moyen d’expression, l’exposition au moyen de concepts, lui est commun avec la science. C’est une forme de la poésie. Impossible de la classer. Il nous faudrait inventer et caractériser une catégorie nouvelle.
Description du philosophe : « il connaît en inventant et il invente en connaissant » p.158.
Le philosophe médecin de la civilisation : encore un chapitre semblable au précédent et qui traite du rôle de la philosophie. Une phrase résume bien ce que souhaite Nietzsche : Laissons en paix les tombeaux, mais emparons-nous de ce qui est éternellement vivant. p.168. Cela résume bien le chapitre. C’est un peu exagéré. Il faut le relire en fonction de ce que l’on attend de l’auteur.
Je termine la lecture de l’ouvrage sans aucun commentaire, ni conclusion. Je vais lire un autre livre de Nietzsche sans savoir lequel je vais choisir en premier.
Le choix se fait spontanément. Je regarde la pile des ouvrages de Nietzsche, j’en connais certains pour les avoir feuilletés ou lus ; j’en choisis un qui me semble inconnu ou pas lu. Il est 15h30, je viens de terminer l’introduction et je suis satisfait du choix du livre.
Nietzsche, Das Philosophenbuch, Le livre du philosophe, Bilingue, Ed. Aubier-Flammarion, 1969, Traduction, introduction et notes par Angèle K. Marietti.
Une introduction dense d’une vingtaine de pages. L’auteur tente de justifier la publication de ce livre en allemand et en français. Elle explique que « la naissance de la philosophie à l’époque de la tragédie grecque » est incomplet et qu’il est important de reprendre certains chapitres à même d’éclairer le lecteur, non pas seulement sur une lecture que fait Nietzsche de la philosophie grecque, mais également pour tenter de comprendre sa propre philosophie.
« La partie théorique du « Livre du philosophe » est donc celle que nous présentons ici ; elle n’a été que partiellement traduite par Geneviève Bianquis dans l’édition qu’elle a intitulé : La naissance de la philosophie à l’époque de la tragédie grecque. En effet, les textes sur le Dernier Philosophe… (1872), ainsi que le Philosophe comme médecin de la civilisation (1873) et la Science et la Sagesse en conflit (1875), sont bien loin d’être complets, tels qu’ils figurent dans cette édition française, puisque la traduction cherchait uniquement à regrouper ce qui concernait la philosophie grecque ». p 13.
Si j’applique à cette lecture une règle que j’ai découverte en lisant plusieurs ouvrages et consistant à ce qu’en lisant, nous sommes attirés par ce que nous avons retenu d’une autre lecture, d’un débat ou échange intéressant. C’est la mémoire qui se met en route au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture. La philosophie comme discours, c’est une langue sur les choses et non pas des choses. Il s’agit de la dérive socratique selon Nietzsche qui a fait dévier la pensée socratique liée à la vie, à l’art et la science. Avec Socrate, est né « le sujet » individu cherchant la vérité ou le vrai par la parole.
Ce débat sur la langue est inépuisable, il a connu son apogée avec le structuralisme. Ma lecture me fait revenir à cette problématique de la philosophie comme connaissance ou savoir mort dans la langue, sans lien avec l’instinct de la vie ou les sens tels que Nietzsche en parle dans le livre lu précédemment.
Non loin de cette question de langue, je retiens la question de la force et de la forme. A ce sujet, je pense à Patrice Ville, lecteur de Nietzsche et qui parle souvent de la forme et des forces. Nietzsche évoque cela, probablement pas en ces termes, mais plutôt en terme de langue et de transformation de la pensée avec Socrate de la nature (la physique) à la morale par la discussion et la conviction. « Là où cesse la force, naît la forme. Nietzsche ne peut que dénigrer la forme au bénéfice de la force, jaillissement authentique de la vérité radicale de l’expérience vécue unique » pp 28-29.
Une autre question que je me pose souvent relève du concept. Qu’est ce qu’un concept ? Que signifie t-il ? Quel rapport avec le mot ou encore qu’est ce qui distingue l’un de l’autre ?
« Tout mot devient immédiatement un concept par le fait qu’il ne doit pas servir justement pour l’expérience originale, unique, absolument individualisée, à laquelle il doit sa naissance, c'est-à-dire comme souvenir, mais qu’il doit servir en même temps pour des expériences innombrables, plus ou moins analogues, c'est-à-dire rigoureusement parlés, jamais identiques et il ne doit donc convenir qu’à des cas différents » pp 179-181. Tout concept naît de l’identification du non identique.
Enfin, pour conclure cette introduction, je dois noter quelque chose qui fait partie de mes préoccupations actuelles : je dois écrire un texte sur la pensée du possible. La triade dialectique empruntée à Henri Lefebvre et à René Lourau, m’avait conduit à utiliser le possible, le probable et l’impossible. Je n’ai pas eu l’occasion d’approfondir les deux dernières notions. Cependant je note : « Mais encore, une notion est appelée à jouer un rôle dans le développement de l’humanité, c’est la notion d’impossible, puisque c’est sur l’impossible que l’humanité se perpétue » (136), car il est « le correctif de l’homme » p.176.
« Peut-être l’homme ne peut-il rien oublier » (p.66). J’aurais du écrire cette phrase au début de ce commentaire. Ce n’est pas fait. C’est l’effet aussi de l’écriture de Nietzsche.
Cette lecture très rapide de l’ouvrage Le livre du philosophe me fait penser au fait que je suis en train de faire de la philosophie un moment absolu. Certes, les fragments que je viens de lire ressemblent d’une certaine manière à ce que j’ai lu dans l’ouvrage précédent, mais cela n’empêche que la présentation du texte est très concise, c’est-à-dire que les fragments se suivent, mais traitent du même sujet Art - Science et Philosophie.
Un terme auquel je dois accorder une attention particulière : l’instinct de connaissance.
Benyounès Bellagnech
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