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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Révolté

 

Révolté

 

Dans la nuit du 12 au 13 juillet j'ai été appelé par l'hôpital pour une greffe de rein. Depuis cette date mon absence sur les réseaux sociaux et sur mon blog a probablement été remarquée et je pense à mes posts quotidiens sur les prisonniers politiques au Maroc. Une semaine après l'opération et les soins intensifs, j'ai été en capacité de reprendre mon suivi quotidien de la situation au Maroc . Je tente de me connecter pour avoir des nouvelles notamment des manifestations du 12 du 21 et 29 juillet me disant que l'hospitalisation ne va pas m'empêcher de rester en contact avec le monde extérieur.

 

J'ouvre la page sur Facebook et lis les messages provenant du Maroc, Que des mauvaises nouvelles. Les arrestations et les condamnations des militants se poursuivent, les drames humains se multiplient sur tout le territoire. Au moment où je tombe sur l'information de la condamnation de deux médecins connus pour leur professionnalisme et leur dévouement au service des malades, mes yeux commencent à m'alerter. Dois-je verser des larmes pour me soulager et poursuivre la quête de ce type d'informations ou me déconnecter pour tenter de comprendr'unee ce qui m'arrive. Finalement, devant la confusion d'une telle situation, je décide de me déconnecter complètement et me donner le temps de réfléchir en me promettant d'écrire après ma sortie de l'hôpital.

 

La condamnation des deux médecins est le déclencheur de cette réflexion. Me trouvant à l’hôpital, après une opération importante attendue depuis des années, après 12 ans d'insuffisance rénale chronique et trois années de dialyse trois fois par semaine, je rentre dans la phase après greffe que je découvre au jour le jour. On ne s'habitue pas à ce type de longue maladie chronique mais on apprend à vivre avec, c'est une lutte à mort quotidienne contre un ennemi qui vous habite ou qui cohabite avec vous. J'ai trouvé une expression pour répondre à ceux qui me demandent ce que je fais en ce moment, je réponds que je suis malade à plein temps. En tant que dialecticien convaincu, on vit la maladie comme une forme de vie avec des souffrances parfois mais aussi avec des satisfactions lorsque l'une des batailles est gagnée.

 

Mon propos ne concerne pas seulement ma maladie, car j'ai de la chance, j'écris un journal au jour le jour et j'envisage d'en publier bientôt quelques extraits. Dans la lutte contre la maladie il y a un élément déterminant dans le dispositif qui permet à ceux qui ont la chance de vivre dans un pays comme la France de combattre la maladie et de mieux vivre pendant et après la guérison. Avec un camarade et ami de longue date - la maladie nous a rapproché, lui depuis 1995 et moi depuis 2006-, à chaque rencontre notamment en dialyse, nous parlons des souffrances de nos compatriotes au Maroc et nous disons que nous avons la chance de vivre en France. En effet, les dispositifs mis en place par La République n'ont qu'un seul objectif, le bien être et le bien vivre du citoyen. Tout est mis en œuvre pour garantir la prise en charge de la maladie sur tous les plans, matériel, psychologique, familial, etc. Des établissements publiques et privés sont mis à contribution pour garantir les soins nécessaires. Pour l'anecdote, je fais référence à la photo diffusée par M6 après son opération en début d'année à la clinique Ambroise Parée à Neuilly ; bien que cette clinique soit privée elle est accessible en cas de nécessité pour tout citoyen, J'ai été opéré quatre fois dans cette clinique. Il s'agissait d'opérations ambulatoires pour la dilatation des veines de la fistule. Le roi M6, le premier voleur de l'argent des marocains ne peut pas envisager de construire des hôpitaux et des cliniques dignes de ce nom, pour prodiguer des soins aux millions de gens qui souffrent au Maroc. Sa politique criminelle consiste à faire souffrir davantage les citoyens qui souffrent de maladies diverses. Nous avons assisté récemment au traitement réservé aux Rifains qui ont réclamé un hôpital pour soigner les cancers très répandus au Rif : enlèvements, tortures, viols et enfin condamnations à de lourdes peines pour des centaines de jeunes, des enfants et violence contre les femmes. La répression ne suffisant pas, la monarchie criminelle ajoute des souffrances aux familles des détenus en éloignant les prisonniers de leur ville, ainsi des parents souffrant de cancer et d'autres maladies, pas soignées, trouvent la mort suite aux arrestations de leurs enfants. Pour d'autres, les déplacements pour rendre visite aux prisonniers les fatiguent davantage et aggravent leur maladie, c'est le cas de la mère de Nasser Zafzafi entre autres.

 

D'où me vient cette confusion des sentiments lors de la connexion citée ci-dessus ? Je suis d'abord impressionné par le traitement du personnel hospitalier. Ils sont des dizaines mobilisés 24 sur 24 pour répondre à toute demande ou attente, des médecins de spécialité différentes, des médecins internes, des infirmiers et infirmières, des aides soignantes, travaillent en équipe et veillent sur le patient en prodiguant des soins, faire des prélèvements, des échographies, expliquer ce qu'ils font et pourquoi, donner les traitements nécessaires ou la dialyse dans mon cas à 3 heures du matin, le médecin est disponible tout le temps, à n'importe quelle alerte l'infirmier l'appelle, cela m'est arrivé une fois tard le soir, j'avais des douleurs le médecin est venu m'a prescrit un traitement et le lendemain matin la douleur a disparu.

 

Mis à part la première semaine après l'opération pendant laquelle ma conscience a été altérée et concentrée sur le corps et les transformations survenues, les trois semaines suivantes de mon hospitalisation se sont très bien passées. Je n'ai qu'une chose à faire me reposer et pourtant en dehors des heures des repas, des prélèvements et des visites des médecins, je passe la majorité du temps à lire. J'ai lu plusieurs ouvrages et j'ai même entamé un journal malgré le tremblement dû aux effets secondaires de certains médicaments. Bref, j'en arrive à la conclusion suivante : dans cet Hôpital, ce n'est pas le client qui est roi mais c'est le patient qui est roi. On peut résumer le système de santé en France dans les termes suivants : moyens, compétences, personnels bien formé, écoute, sympathie, gentillesse, prise en charge globale du malade avec la mise à disposition de tout ce qui peut permettre la guérison et une vie meilleure après l'épreuve de la maladie. Toutefois, en tant qu'institutionnaliste, je ne cherche pas à idéaliser ce système de santé. Mes observations dépassent un peu ce stade, mais l'instituant de l'intérieur de l'institution hospitalière est à l’œuvre pour critiquer ce qui doit être critiqué et proposer des solutions pour améliorer et corriger ce qui ne va pas.

 

Pourquoi les larmes refusent de sortir ? Probablement parce que je me sens bien à l'hôpital ou parce qu'elles se heurtent aux larmes de tristesse au moment où ma pensée s'est orientée vers le Maroc. Qui peut prétendre qu'il est à même d'effacer les images et les vidéos filmées dans certains hôpitaux marocains ? Qui peut oublier ces gens dans la rue rongés par des vers de terre ou souffrant des maladies graves. Qui peut oublier ces femmes qui accouchent dans la rue à proximité de l'hôpital. Qui peut oublier cette jeune fille collégienne diabétique qui succombe à sa première crise. Qui peut oublier le jeune Abdelmoula écrasé à Jerada par un véhicule des forces auxiliaires, à la manière des terroristes, hospitalisé à Oujda où il a subit deux opérations qui ont échoué et se trouve actuellement à Casablanca, paralysé sans espoir de guérison, diagnostic confirmé par les médecins, sauf s'il part à l'étranger. Ce père de famille qui transporte sa fille à l'hôpital vivante et on la lui rend sans vie, il cherche à comprendre ce qui s'est passé et résultat il est condamné à de la prison ferme. Cette jeune maman d'une vingtaine d'années qui accouche à l'hôpital, rentre chez elle, 24 heures plus tard elle meurt. Ce ne sont là que des cas médiatisés par les réseaux sociaux. Je suppose que des millions de marocains doivent vivre ce type de tragédies au jour le jour compte tenu de l'état lamentable du système de santé.

 

En effet, je fais partie de ces marocains touchés dans leur chair par cette tragédie. Originaire du Rif, mes parents ont émigré de leur village natal Ibaquouien vers Boubeker où mon père trouve du travail dans les mines de Zellija. Par la suite en 69 nous avons émigré vers Meknès. Mes parents sont morts l'un du cancer et l'autre du diabète. Lorsque j'ai quitté le Maroc en 1983, la famille avait l'air d'être en bonne santé. Quelques années plus tard, je suis informé de la mort de ma sœur à l’âge de 60 ans. Elle habitait dans la région de Casablanca. J'ai tenté de savoir de quoi elle est morte, j'ai eu beaucoup de mal à avoir l'information. Finalement on me dit qu'elle sentait l'envie de dormir et c'est comme cela qu'elle est partie. La réalité est qu'elle est tombée dans un coma diabétique. J'ai connu cela en 2009 ; j'ai eu un coma diabétique, transporté en urgence à l'hôpital, j'ai passé 5 jours en réanimation et deux semaines d'hospitalisation dans le service de diabétologie. Le diabète est une pathologie silencieuse qui peut tuer dès son apparition. Selon mon expérience, au moment où je rentrais dans le coma, je ne sentais rien du tout, pas de douleur, je n'avais que l'envie de dormir et je ne me levais que pour boire. Je me sentais très apaisé avec un sentiment de vide autour de moi. Je me souviens, c'était un dimanche. Je suis resté au lit toute la journée et j'ai continué à dormir la nuit. Le lendemain matin, mon épouse a eu le réflexe de me prendre la tension qui était très basse et a appelé les secours. Arrivé à l'hôpital, j'ai perdu conscience et je ne me souviens de rien jusqu'au réveil dans la salle de réanimation où je suis resté 5 jours avant d'être hospitalisé pendant 15 jours où j'ai appris que je suis diabétique. La mort de ma sœur aînée est donc due d'une part au manque d'information de son entourage, mais aussi à la non prise en charge sérieuse par les services de santé de ce type de maladie. Une perte d'un être cher, L’aînée d'une famille nombreuse et je vous laisse deviner le rôle important qu'elle a joué dans ma vie et celle de toute la famille. Elle est partie, victime de l'état de la santé au Maroc.

 

En ce début d'année 2018, mon frère plus jeune que moi, diabétique, mal suivi, est atteint d'une insuffisance rénale aiguë. Transporté pour une dialyse, il fait sa première dialyse, rentre chez lui plus souffrant qu'avant la dialyse et décède dans les heures qui suivent. J'ai eu beaucoup de mal à accepter ce destin tragique qui touche notre famille et notre entourage originaire du Rif. Cette région ne connaît pas seulement le taux le plus élevé des cancers mais aussi d'autres maladies qui sont aussi mortelles que le cancer, notamment s'ils ne sont pas pris en charge par des services spécialisés dotés de moyens pour les traiter.

 

Le hirak du Rif a le mérite de lever le voile sur la réalité de la santé dans cette région, notamment en mettant l'accent sur la guerre chimique menée contre la révolution rifaine dirigée par Abdelkrim Al Khattabi 1921-1927. Des générations et des générations risquent de subir les conséquences de ce crime contre l'humanité.

 

Mes larmes retenues ou transformées en un ruisseau de mots témoignant à la fois des bons côtés d'une situation vécue et annonçant ma colère et ma révolte contre le premier responsable de la situation de la santé au Maroc. Étant chef suprême de tout selon la constitution, je tiens M6 pour responsable de ces crimes quotidiens perpétrés contre les populations de différentes régions du Maroc et j'appelle toutes les consciences humaines à se mobiliser pour soutenir le peuple marocain dans sa lutte contre ce gang alaouite qui est en train de transformer l'un des beaux pays au monde en enfer, en souffrances que l'humain ne peut pas supporter. On comprend maintenant pourquoi 80 % des marocains souhaitent quitter ce pays. 

 

Benyounès Bellagnech

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