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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Le boycott de la parodie de justice

Le boycott de la parodie de justice

 

Ceux qui suivent les événements au Maroc peuvent constater que le pays connaît un mouvement social sans précédent et ce depuis octobre 2016, avec le début du Hirak du Rif au lendemain de l'assassinat de Mohsine Fikri, écrasé dans une benne à ordures, en passant par 7 mois de contestations et des manifestations dans toute la région du Rif. Ce mouvement est durement réprimé par les forces du Makhzen, des centaines d'activistes sont arrêtés, torturés et violés dans les locaux des autorités de l’État makhzenien, avant d'être traduits devant les tribunaux et écoper de un à 20 ans de prison. La majorité de ces détenus est transféré dans différents prisons du Maroc loin de leur lieux de résidence et de leurs familles. Une cinquantaine de détenus sont transférés dans la prison de Oukacha à Casablanca et présentés à la justice dans cette même ville. Le procès de Casablanca et ses suites est le sujet de mon propos.

A l'heure où la répression du Hirak du Rif se poursuit toujours, un autre mouvement est parti de Jerada, c'est le hirak de Jerada. Au bout de quatre mois de manifestations pacifiques, le Makhzen fait intervenir ses forces de répression et procède à l'arrestation et au jugement d'une centaine d'entre eux.

D'autres mouvements de contestations signalés à Zagoura, Imider, Rachidia, Taroudent...Bref, presque tout le pays est en ébullition. La réponse des autorités makhzeniennes à ces mouvements de contestations, qui ont les mêmes revendications basiques de la vie dans la dignité, travail, logement, santé et éducation, est la répression : enlèvement, arrestation, torture, et pour certains ils sont traduits devant la justice et condamnés à des peines lourdes.

Face à cette répression massive et systématique, le peuple marocain ne manque pas d'imagination pour poursuivre la lutte contre le pouvoir makhzenien, il invente une autre méthode dans la lutte qui se traduit par un appel au boycott des produits de certains symboles du capitalisme sauvage qui dominent le marché de production, de distribution et de consommation. Boycott de la centarle laitière, Afriquia, et Sidi Ali, successivement Les sociétés qui monopolisent le marché des produits laitiers, des hydrocarbures et de l'eau minérale. Récemment, la campagne du boycott est lancée contre le festival Magazine, très coûteux et organisé sous l'autorité du roi M6. Face à cette campagne populaire pacifique, le pouvoir makhzenien est dos au mur. La répression ne marche pas et les autres méthodes des appareils idéologiques de l’État makhzenien (médias, parlement, religion et enfin le foot) ne marchent pas non plus et le pouvoir est en crise sans issue et les institutions élues ou non perdent leur crédibilité aux yeux de la population.

En ce qui me concerne, j'essaie de loin de suivre l'évolution de la situation, en consacrant beaucoup de temps à l'information et en écrivant un journal au jour le jour. Je participe peu aux discussions sur les réseaux sociaux. Dès le début du hirak du Rif, J'ai décelé une nouveauté dans le fond et la forme du mouvement populaire montant, contrairement à beaucoup de commentateurs qui ne voyaient dans ce mouvement qu'un dossier social parmi d'autres qui peut être résolu facilement.

Ce qui me conduit aujourd'hui à intervenir à chaud dans l'événement c'est le tournant que connaît le hirak par la décision des prisonniers politiques incarcérés à la prison Oukacha à Casablanca de boycotter les séances du procès qui dure depuis des mois au tribunal de Casablanca.

Face au silence des médias et au brouillage de certains discours à propos de ce procès de Casablanca, les familles des détenus politiques et des activistes qui soutiennent les prisonniers politiques tentent, au fur et à mesure du déroulement de ce procès, de nous informer au jour le jour du déroulement du procès. La séance, au cours de la quelle Nasser Zafzafi lit le communiqué rédigé collectivement et signé par 49 détenus, nous est rapporté dans les détails par les activistes casaouis dans une vidéo diffusée sur Facebook. Les témoignages de ces militants qui ont assisté à la séance ne laissent pas indifférents. Beaucoup d'émotion ressentie après avoir vu cette vidéo et le comble est venu après avoir écouté la voix de Nasser Zafzafi lisant le communiqué des détenus sur un enregistrement diffusé le lendemain. Le texte du communiqué marque un tournant pas seulement dans la suite du hirak du Rif mais aussi dans le contexte rappelé ci-dessus. La position, tant attendue et que personnellement me paraissaient juste dès le début de la vague de répression, est en fin prise : Le boycott de la justice qui rejoint les autres formes du boycott des autres institutions économiques politiques et idéologiques de l’État Makhzenien. C'est un nouveau pas qui vient d'être franchi dans le processus de la révolution marocaine.  

 

 

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