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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Thèse : intervention d'Augustin Mutuale, membre du jury

 

Jury soutenance thèse de Marie-Willye Attely

Titre «Le corps de l’infirmière. Paradoxes et non-dits d’un corps à corps»


Lundi 14 décembre 2009. Université Paris 13

 

Membres du jury

Christine Delory-Momberger (Directeur de thèse)

Jean Arlaud ( Pré-rapporteur): Professeur en ethnologie, Université Paris 7

Danis Bois (Pré-rapporteur): Professeur en psycho-pédagogie, Université Fernado Pessoa de Porto, Portugal

Augustin Mutuale: Docteur en philosophie et en sciences de l’éducation

Christophe Niewiadomski: Maître de conférences en sciences de l’éducation, Université de Lille 3

Jean-Jacques Schaller (Président du jury): Maître de conférences en sciences de l’éducation, Université Paris 13/Nord

 

 

Cette thèse nous convoque à regarder, à voir un corps qui se fait verbe. La biographie est ici, où la parole s’essaye à rendre compte de son passé présent, de son présent ouvert et est prise ici à son point de contention de voir de ce dont on parle. C’est une histoire qui se donne à voir et non seulement à conter. Nous sommes dans la mise en scène du corps aussi bien de l’impétrante que des sujets de sa recherche. Cette histoire du corps se donne à voir à la fois dans sa visibilité et son invisibilité.

 


Madame Marie-Willye Attely s’est essayée à l’historisation «dans les perceptions sociales et culturelles du corps de la femme au Moyen Age» page 171. Faisons une parenthèse et entrons dans l’atmosphère temporelle de l’historicité du corps bien avant le Moyen-Age ou l’Antiquité, bien avant que la raison fasse exiler les dieux dans les contrées exotiques de la pensée.

 


A l’Elysée comme sur terre, l’infidélité de Zeus était notoire. Il trompait sa femme la déesse Hera avec Leda, Danaï et surtout Alcmène qui lui faisait monter au septième ciel, lui Zeus.

Un jour, il alla même jusqu’à se servir de ses pouvoirs discrétionnaires qui ne devaient être utilisés que dans les situations extrêmes, pour prolonger le temps de leurs ébats. Les dieux ayant goûté aux corps n’arrivèrent plus à rester sur leur trône. Le drame de Hera fut que Zeus goûta à la fille de l’homme et de la femme, c’est-à-dire à l’être humain qu’il a créé. Les dieux abandonnèrent alors leurs épouses et foncèrent sur la terre afin de séduire et si nécessaire même violer les femmes. La beauté des femmes rendit fous les dieux! Les corps entrèrent dans l’histoire et Athènes magnifia les beaux corps des dieux, des demi-dieux et des hommes et des femmes…

 


La beauté prit tant d’importance à l’Elysée que la déesse de la discorde «Eris» jeta dans la salle où se déroulait un festin une pomme sur laquelle figurait l’inscription «A la plus belle». Quelques-unes s’éliminèrent d’emblée dans cette élection de miss céleste. Il fallut arbitrer entre Hera, Aphrodite et Pallas Athéna. Zeus dans sa courageuse sagesse, offrit cet honneur à un simple humain, Paris appelé aussi Alexandre, qui choisit Aphrodite qui lui avait promis de lui offrir la plus belle femme du monde.

 


Nous connaissons la suite. Ce fut Hélène, fille de Zeus et de Léda, femme de Ménélas, frère d’Agamemnon tous deux enfants d’Athréee qui avait fait manger à son frère Thyeste ses propres enfants bouillis dans une grosse marmite assaisonnée. Il s’était vengé ainsi de la trahison de son frère qui avait couché avec sa femme! Une histoire des corps, corps mangé, corps désiré, corps séduit, corps violé…

 


Revenons sur terre au temps que convoque Marie-Willye Attely, le Moyen Age avec Hypatie d’Alexandrie qui rendait un culte à Athénée Poilas. Elle était entourée par les regards de ces hommes et de ces quelques femmes qui accouraient l’écouter à l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. Mais il ne fallait pas la toucher. Belle et intelligente, la fille du grand philosophe mathématicien, Théon d’Alexandrie, dernier directeur du musée d’Alexandrie fut initiée à la philosophie, à l’astrologie et aux mathématiques, mais choisit de se faire consacrer vierge.

Grande oratrice dialecticienne pour les uns, grande sorcière pour les autres il ne reste d’elle aucune œuvre. Seulement des souvenirs qui s’inscrivent sur un corps vierge, déshabillé, lapidé à coups de tessons, traîné derrière un char et brûlé en haut du cinarôn.


Triste et dramatique paix des lâches autour de la fumée du corps d’une femme. En effet, le préfet Oreste et l’évêque Cyrille pouvaient alors pactiser en 415 de notre ère.


Quelles cicatrices et quelles blessures béantes s’inscrivent dans l’humanité à travers les corps mutilés, niés, anéantis d’hier et d’aujourd’hui dans les camps de l’horreur et dans la réalité banale quotidienne?


Viol d’un corps qui se projette sur le visage comme dans cette toile de René Magritte où le visage est fait d’un sexe meurtri. Le corps, toujours le corps.

 


Et nous sommes aujourd’hui ici réunis avec nos corps pour parler des corps.


Ici nous ne sommes pas dans le débat actuel entre les créationnistes et les darwininiens, posant la question de la descendance, depuis la découverte des ossements d’Ardi (Ardipithécus Ramidus), qui nous révèle qu’il y a plus de 5 millions d’années que la femme marchait sur ces deux jambes. Si l’homme ne descend plus du chimpanzé, est-ce le chimpanzé qui descend de l’homme ou bien s’agit-il d’un lointain cousin? De qui descend alors le petit d’homme et de la femme?

 


Cette thèse n’aborde pas cette question qui secoue le monde scientifique et les penseurs. Voici la question de Marie-Willye Attely, nous la citons page 141 «Poser comme centrale la question de la représentation du corps et par la même du sens à donner au métier de la femme soignante entre historicité et temps présent».

 


Non l’impétrante a choisi d’aborder une question qui ne fait pas la couverture de magazines «Elle» ou «Play boy». Une question abordée avec discrétion car le sujet n’est pas vendeur surtout à l’approche de Noël! C’est la question des rencontres des corps en souffrances. Des corps se présentant bien portants faces aux corps en perdition.

 


Entrons dans la thèse: Si la thèse tient techniquement comme l’affirment chaleureusement les pré rapports, nous pouvons aussi à la suite de ces pré rapports mentionner l’audace de son écriture en elle-même et ce par la manipulation de son objet. Cette thèse ne pouvait trouver qu’un soutien enthousiaste de la part de la directrice de cette recherche dont nous connaissons le goût du risque, celui d’oser, comme le suggère Foucault s’aventurer sur les terres autres.

 


La thèse se veut herméneutique à la manière de Delory-Momberger, Ricoeur ou Dilthey à la suite de Schleiermacher. Etant dans une période de lecteur nécessaire de ce théologien philosophe romantique, nous pouvons souligner l’importance de cette filiation avec Schleiermacher qui pense la question de l’intelligibilité d’une œuvre dans un projet éthique. L’herméneutique, qui est l’un des concepts clés de Schleiermacher, est un art qui se donne comme objectif la compréhension et la juste interprétation d’un texte, qu’il s’agisse d’un discours, d’un écrit ou d’une œuvre d’art.


Mais, l’herméneutique ne se réduit pas seulement à la méthode et s’ouvre à la critique. D’où une herméneutique descriptive et critique qui participe au dévoilement de l’esprit pensant se découvrant peu à peu lui-même.

 

Comme il le souligne dans Les discours de la religion : «Il faut donc avant toute chose mettre fin à l’esclavage dans lequel on maintient le sens des hommes en vue d’exercices de l’entendement qui n’exercent rien du tout, d’explications qui n’éclaircissent rien, d’analyses qui ne résolvent rien». La communication chez Schleiermacher fait lien d’interaction entre l’individu et la communauté, pour la qualité d’un bien vivre ensemble par une bonne communication.

 


La thèse de Marie-Willye Attely nous plonge tout au long de ces presque mille pages dans la compréhension d’un métier devenu une profession. Cette recherche des corps à corps exige d’avoir aussi bien des informations sur le contexte généalogique de l’écrit que sur le public auquel elle s’est adressée.


Marie-Willye Attely a mené avec sérieux et une écriture relevée cet exercice herméneutique verticalement et horizontalement c’est-à-dire; maîtrise de la langue, historicité de la profession, contexte généalogique et évolutif, les influences multiples, etc. La perspicacité d’analyse. De Marie-Willye Attely dans la profession qui est la sienne, l’écriture faite en s’auto biographiant nous amène à affirmer une compréhension parfaite qui s’ouvre au passé non encore actualisé et au présent non encore réapproprié.


La reprise qui est faite dans la 3ème partie, dans un banquet invitant un nombre impressionnant de philosophes et de penseurs, met en lumière que le fait de «comprendre» dans cette thèse n’est plus une action qui s’effectue en une fois, c’est un processus continu qui se complexifie au fur et à mesure que sont introduites des différenciations dans ce qui est déjà compris mais aussi du fait de son historisation: recherche de la vérité ouverte au présent et à l’avenir qui est le souci de l’éthique

 


Cette recherche insatiable de la vérité donne une direction à l’herméneutique et la canalise, afin qu’elle ne se perde pas dans la multiplicité des sens, se pense dans un autre concept clé de Schleiermacher: «La dialectique». Le texte Marie-Willye Attely est un vrai dialogue dans le sens platonicien du terme. Et là aussi nous retrouvons Monsieur Schleiermacher chez Madame Attely,


Schleiermacher conçoit la dialectique dans son essence originelle, à la manière platonicienne; comme dialogue ou entretien. Il ne s’agit pas d’un «monologue intérieur», mais d’une recherche commune de la vérité. Affirmer des arguments, les réfuter, afin de parvenir de cette manière, au gré d’une conversation quasiment infinie, à des vérités provisoires en tant qu’«étapes dans le processus de compréhension».

 


Comme nous le savons, la méthode dialectique chez Hegel, est ternaire. C’est une marche dialectique qui démarre par une thèse croise une antithèse et se repose dans une synthèse. À l’aide d’une méthode de pensée qui se développe à partir de son noyau, l’individu peut, selon Hegel, non seulement parvenir au progrès de sa propre connaissance, mais encore comprendre de la même manière les grands contextes historiques et l’histoire de la pensée. C’est une présentation de l’autodéploiement du concept. La recherche de Madame Attely ne se laisse pas réduire dans la dialectique historique mais s’ouvre à l’historicité qui apporte avec elle le biographique.

 


Madame Attely, qui se place dans cette posture, pense alors plus en termes de réponses qu’en termes de solutions.Ces observations et ces entretiens n’ont pas pour objectif de trouver les vérités générales et nécessaires qui mettent fin à l’interrogation en tendant vers l’universalisation et l’intemporalité. Elle est bien dans le dialogue comme écoute de l’écoute de l’autre qu’elle nous fait entendre en nous décrivant «la dynamique de l’entretien» et «le rythme de l’entretien» autour de cette thématique qui se décline à la page 608 en trois caractéristiques. Nous citons: «le corps perçu, le corps selon soi, le corps par rapport à la profession».

 


Il fallait bien du tact pour faire parler à ces professionnels du corps de l’autre, de leurs propres corps. Il en fallait assurément afin que l’autre assume avec sa réponse: la subjectivité, la temporalité et la localisation, c’est-à-dire sa partialité et l’inextricable pourquoi dans cette parole biographique qui accepte l’incertitude et s’ouvre même à cela.


C’est dans cet esprit que doit se fonder toute critique existentielle reconnaissant la position individuelle dans la recherche de l’universel. Si Marie-Willye Attely se donne ainsi comme mission de traquer les faux accords et les malentendus parasitant ou freinant ce savoir visé mais jamais fixé, le choix qu’elle effectue de se situer dans cette relativité historique la protège de tout intégrisme intellectuel.

 


Car Marie-Willye Attely n’observe pas seulement l’autre mais s’observe en observant. Elle est d’abord son propre anthropologue. Ecoutons ou plutôt voyons son corps en mouvement le temps d’un extrait de la page 408 «Je me gare à proximité des marches de perron, je prends ma sacoche, franchis les marches, je déboule dans le grand hall chichement éclairé, j’avance à grands pas, je croise des blouses blanches, des personnes qui se disent «à bientôt», d’autres «à demain», j’arrive en un temps record devant la porte de réanimation, j’appuie d’une main impatiente sur la sonnette à picots rouges doté de son interphone «Oui…c’est pour quoi?» je reprends mon souffle «C’est Madame Attely…il est prévu que je vienne aujourd’hui pour continuer mes observations», un silence , «ah j’arrive».


Nous soufflons avec elle! C’est un vrai script de film! Ce sens du détail est-il féminin? Ce détail qui fait retenir à une femme qu’elle a perdu 670 grammes et lui fait rendre la journée radieuse ou dans le cas contraire de voir son corps grossir à vue d’œil? Un homme aurait-il pu écrire une pareille thèse avec «je reprends mon souffle …»?


En tout cas l’herméneutique et la dialectique, chez Schleiermacher comme chez Attely ne sont pas uniquement des méthodes pour penser mais bien une éthique de la «déclôturation» de la pensée dans les doctrines ou autres préceptes ainsi que dans une certaine paresse interprétative de la parole de l’autre qui fausse la connaissance et la communication.


Ces réflexions terminées, qui font aussi l’éloge de cette thèse sans présumer d’autres éloges nous nous donnons encore la parole dans le déploiement de la thèse dans ces réponses plus ou moins heureuses et nous demandons à l’impétrante quelques précisions.


Madame Attely a beaucoup lu. Cette culture impressionnante de l’impétrante la fait voyager et s’appuyer sur de très remarquables références qui donnent une puissance d’évocation et de mise hors de soi de ces mots qui auraient pu s’endormir dans un subjectivisme nombriliste compte tenu de l’atmosphère de sa recherche.


Moins heureuses peut-être et pouvant être évitables, sont la contribution des auteurs philosophiques requis académiquement par l’objet de la thèse. Quelques raccourcis auraient pu être évités sans que la thèse perde de son autorité.


Par exemple, bien qu’en notre temps, nous ayons suivi Derrida dans sa critique du Potlatch ou du don selon Mauss, celui-ci est réduit ici qu’à une forme de violence sacrificielle ou humiliante. Quand un auteur est cité dans une situation d’écriture conflictuelle, il y a une nécessité éthique de le remettre dans le contexte et le déploiement de l’écriture. Nous ne pouvons pas nous réfugier dans la longueur du texte car les notes de bas de pages peuvent servir à cela.


Nous aurions peut-être souhaité que l’impétrante convoque Nietzsche ou Pascal autrement que dans ce sens un peu littéraire de palper l’idée. Ces auteurs qui ont écrit avec des corps malades auraient pu être mis en mots dans un discours biographique.


Ces remarques peuvent être aussi entendues comme des demandes de précisions.


En ce qui concerne la présentation de son concept de l’autre tel qu’il est fait à la page 53. Une définition par la notion de manque et d’absence. Cette notion s’appuie-t-elle sur un paradigme socratique de la faute par l’inconnaissance? Mais alors que fait-elle de la volonté comme connaissance prise par les émotions ou les projets du Moi?


Notre demande peut se révéler encore provocatrice après un travail aussi riche, mais elle trouve sa place dans le paradigme de l’impétrante d’une historicité qui s’actualise dans la conscience du présent. A la fin de cette recherche, à quels corps sommes-nous convoqués? A quels corps sommes-nous invités? Comme aimait le demander Alexis Philonenko à l’impétrant: A quoi sert aujourd’hui votre thèse?


Bien entendu, mes demandes n’ont pas d’autres sources que les indications qui les soutiennent dans votre recherche. Elles ne constituent pas des objections mais des interrogations qui sont à porter au crédit de cette thèse riche en appétit des mots et de l’autre.

Terminons l’éloge de cette thèse avec les mots de ce beau métier, pris entre le médecin et l’aide-soignante. Ces paroles «d’un médecin au rabais» (p.111). Notre chère Régine ancienne aide–soignante devenue infirmière, écoutons-là ««Ah… alors» Pourquoi parce que…l’infirmière on va avoir à dire parce que j’ai fait trois ans d’études pour comprendre pourquoi tel médicament et qu’est-ce qu’il va faire comme effet mais quelque part y a pas besoin de trois ans d’infirmière pour donner un médicament à une personne puisque vous pouvez le faire sur vos enfants vous allez à la pharmacie je donne mon ordonnance et je vais le faire…donc je dis que oui tout le monde peut être une infirmière à la seule condition c’est d’aimer euh…soigner celui qui est malade parce que il faut accepter de côtoyer toute sa vie de soignant…que de la personne malade». Elle pouvait dire côtoyer toute sa vie avec son propre corps dans le désir d’aider un corps malade.


Je suis d’une famille où la médecine est présente tant par mon père ayant fait partie des cadres hospitaliers, que par mes deux sœurs respectueusement aide-soignante et infirmière en gérontologie.


Je remercie donc Marie-Willye Attelye d’avoir le temps d’une recherche fait se rencontrer les miens et les autres dans ce travail herméneutique et dialectique d’anthropologie d’une très grande qualité et je lui laisse le soin de réagir.


Augustin Mutuale
http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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