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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Remi Hess : L'homme total (Méditations non cartésiennes (suite)) 13

Plus tard

 

Ces derniers temps, j’ai suivi les débats sur le CPE. Cela donne des discussions en chaîne sur des sujets variés, comme « université et emploi ». Dans ces discussions, j’ai eu parfois l’impression que certains collègues (de gauche, chez les Verts, notamment) pensaient l’université comme ayant une seule mission : celle de préparer les jeunes à entrer sur le marché du travail.

Je me suis aperçu que j’étais en désaccord complet avec cette position. Un collègue disant que le nombre des étudiants de psychologie était exagéré par rapport aux « emplois » ouverts dans le secteur, j’ai pris le temps de rédiger un texte où j’ai dit que les jeunes qui s’orientaient en psychologie n’avaient pas une demande d’« employabilité ». Beaucoup de jeunes ont été maltraités dans leur enfance, et leur adolescence : leur demande vis-à-vis de l’université n’est pas une demande de formation professionnelle, mais une demande d’outils à s’approprier pour se reconstruire.

Je rapportais cette idée à Barbara Michel, professeur de sociologie à l’université de Grenoble. Celle-ci me répondit :

-Pareil pour les sociologues !

Et elle a raison. Je n’y ai pas pensé sur le moment, mais ma propre démarche a été d’utiliser l’université, pour me construire une personnalité. J’ai fait de la sociologie, conscient que beaucoup de choses, qui allaient m’être nécessaires pour vivre, ne m’avaient pas été transmises par ma famille (et encore moins par l’école).

Ces dernières années, dans mes journaux, je parle davantage de philosophie que de sociologie. J’ai pu expliciter ma demande vis-à-vis de la philosophie, comme une quête d’outil de réflexivité pour me construire une méthode pour penser. Je n’ai jamais eu l’idée de trouver des débouchés professionnels en philosophie. Il n’y en a pas. Par contre, je savais intuitivement qu’acquérir une « maturité » au niveau de mon rapport aux concepts me serait indispensable.

Avant ma licence en philosophie, j’ai reçu une solide formation de sociologue. Mon désir de sociologie était une volonté de comprendre le hiatus entre ce dont j’avais pu hériter sur le plan de l’éducation familiale et la réalité sociale : faire de la sociologie à Nanterre en 1967-68 était une bien meilleure formation personnelle que de suivre les cours d’une grande école. Normale supérieure était bien fade à côté de Nanterre. H. Lefebvre était plus grand qu’Althusser. H. Lefebvre apprenait à penser, Althusser à réciter. P. Ricœur n’avait pas d’équivalent à Normale supérieure. J’ai trouvé à l’université des maîtres qui dominaient l’époque. J’ai trouvé à Nanterre davantage que ce que je pouvais imaginer : la sociologie m’a offert un outil sans pareil pour analyser mes problèmes. Seule l’analyse institutionnelle pouvait m’aider à sortir par le haut, du chaos dans lequel j’avais jusqu’alors vécu l’école, institution traumatisante pour moi, s’il en fut.

H. Lefebvre, J. Baudrillard, R. Lourau me donnèrent les éléments de réponse à mes questions. Si j’avais échoué dans le secondaire, ce n’était pas parce que j’étais hors-sujet, mais parce que l’école elle-même était hors-sujet. « Quand un jury t’invalide, ce n’est pas toi qu’il invalide : il se contente d’affirmer son incompétence à te reconnaître », disait R. Lourau en 1968-1969 !

J’ai poursuivi cette analyse en invalidant les professeurs qui m’avaient invalidé. Je les posais comme nuls. Et je reconnais alors comme maîtres, ces professeurs qui prenaient au sérieux mes efforts pour me construire. Mes progrès furent rapides, et la réussite remplaça l’échec, à partir du moment où je compris la machine à sélectionner qu’était l’école. Il manquait à ma tradition familiale la culture marxiste, qui m’était absolument nécessaire. De même avec la psychanalyse. Ma famille m’avait transmis une bonne compétence pratique en dynamique de groupes, et la transmission de l’écriture diaire (le journal).

Ma rencontre avec Edgar Morin, avec G. Lapassade, avec R. Fonvielle aussi, me montra que la pratique du journal n’était pas un « art moyen », mais une méthode, une technique de recherche, et une philosophie de la vie. Paul Hess, Claire (ma mère) étaient de (très) grands diaristes. Ils avaient leur place à côté de Malinovski et quelques autres, mais moi seul le savait. Ni les gens de ma famille, ni le monde de la sociologie, ne pouvaient avoir conscience de ces choses, que je finis par exploiter, en pratiquant moi-même une forme de journal, particulièrement instituante.

L’université sût réconcilier mon héritage familial et le rapport au savoir. L’éducation secondaire, reposant sur le postulat que le jeune ne sait rien quand il arrive au lycée, ne pouvait me convenir. Je savais déjà tellement à 6, 8 ans ou 12 ans ! La seule chose que j’ignorais : m’exprimer dans la forme scolaire. J’aurais dû passer du CM2 en première année de fac. J’aurais gagné beaucoup de temps. Le rapport secondaire au savoir est anti-scientifique. Il repose sur un postulat de départ, erroné.

Gaby a conscience de ma nature d’enfant auto-déterminé. Les gosses dont elle s’est occupée dans sa classe de surdoués vivaient des expériences comparables à la mienne. Je lui dois beaucoup. Alors que Martine Lani-Bayle m’a présenté comme un bavard, Gaby m’a fait reproche un jour de ne pas écrire suffisamment :

- Si tu m’écrivais davantage, je lirais davantage dans ta langue, et mon français s’améliorerait.

J’écris mes journaux pour Gaby.

Gaby est davantage encore qu’une lectrice nécessaire. Elle lit tout ce que je lui envoie et réagit toujours, ce qui me fait rebondir.

Ce matin, les qualificatifs de « profond et léger » ont été en résonance avec ma méditation. Je prenais conscience que la forme de mes journaux était une recherche de formulation d’une méditation (non-cartésienne) qui se donne un sujet (un objet ?), mais qui accepte aussi le hors-sujet, donnant au lecteur schizophrène (comme moi) le loisir de profiter (de temps en temps) de mes digressions (mot péjoratif pour parler de mes transductions).

Ce matin, je disais à Gaby que j’allais emporter avec moi le cahier jaune où j’écris son histoire de vie.

- Oui ! ce sera bien de rédiger des chapitres aux antipodes !

- Après le Brésil, on se fera la Chine. Tu sais que La valse est parue en chinois !

- Oui. Tu sais qu’aller au Brésil est pour moi une aventure me dit-elle. Je suis attirée, et en même temps, ce n’est pas du tout évident. J’ai l’impression de vivre quelque chose de totalement nouveau.

- Écris ces impressions, car dans un mois, l’idée d’aller au Brésil te sera évidente, et tu oublieras toutes ces appréhensions, ambivalences, sentiments de transgression. Il reste en toi un moment de la petite paysanne rousseauiste bavaroise, mais en même temps, tu es une grande prof de fac, qui doit à ses étudiants de s’affirmer au niveau mondial !

Pour stimuler Gaby à écrire son journal, j’ai trouvé un argument fort :

- La lecture de W. Dilthey m’a confirmé dans le fait que le journal, la biographie était le fondement de toute pensée de l’expérience, et la condition de toute compréhension historique, psychologique et sociale. Mais la grande différence entre W. Dilthey et nous, c’est notre désir de congruence. W. Dilthey dit que les méthodes biographiques sont essentielles aux sciences de l’homme, et en même temps il n’écrit pas d’autobiographie personnelle, de journal. Notre mission est d’explorer ce que donnerait une pensée dilthéenne congruente !

- Tu as raison !, me dit Gaby.

- À Nantes, j’ai éprouvé ce sentiment de la coupure entre ceux qui disent qu’il faut tenir un journal, et ceux qui le font. Tu ne peux pas imaginer le fossé intellectuel que j’ai ressenti entre ce qu’ils disaient, et ce que je sais par ma pratique.

 

Je m’arrête. Je ne peux pas souffrir d’une crampe de l’écrivain.

 

Remi Hess

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

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B
<br /> Je remercie M. Remi Hess pour ce diary journal!<br /> j'ai appris beaucoup de choses sur la personnalité de M. Rémi HESS. Au prochain journal àprès un repos bien mérité!<br /> Saluations<br /> <br /> <br />
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